Le premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant s’est ouvert le lundi 6 juillet 2026 à Yaoundé. Face à un boom démographique sans précédent, gouvernements, statisticiens et experts se mobilisent pour sortir les femmes et les enfants de l’invisibilité des chiffres, condition sine qua non pour cibler efficacement les investissements en santé, éducation et nutrition.
Une urgence démographique et sanitaire se joue à Yaoundé. Depuis lundi dernier, la capitale camerounaise accueille le tout premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant. Le constat de départ, partagé par l’UNICEF et ses partenaires (BAD, Union Africaine, CEA, ONU Femmes), donne le vertige : l’Afrique compte aujourd’hui 691 millions d’enfants de moins de 18 ans, soit près de la moitié de sa population globale. D’ici 2050, un enfant sur deux dans le monde vivra sur le continent africain. Derrière ce gigantisme démographique se cachent de profondes disparités de développement et de santé publique que seule une cartographie précise par les données permettra de résoudre. Comme le rappelle Ramou Ndure, Directrice régionale adjointe de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre : « Lorsque les enfants sont invisibles dans les données, ils le sont souvent aussi dans les politiques, les budgets et les services. »

Des urgences sanitaires et éducatives criantes
Les statistiques actuelles, compilées dans les récents rapports de 2025 et 2026, tirent la sonnette d’alarme. En Afrique de l’Ouest, la mortalité des moins de cinq ans atteint le triste record de 94 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 21 pour 1 000 en Afrique du Nord. Côté développement intellectuel, la « pauvreté des apprentissages » dépasse les 90 % dans plusieurs pays d’Afrique centrale, de l’Est et de l’Ouest.

Au niveau mondial, le constat n’est guère plus reluisant : plus de 410 millions d’enfants croupissent dans l’extrême pauvreté monétaire, et un nombre équivalent souffre de privations graves dans au moins deux dimensions vitales, incluant la santé, le logement, la nutrition, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.

Sortir les plus vulnérables de l’ombre
Jusqu’au 10 juillet, les participants au forum de Yaoundé vont plancher sur les moyens de combler les graves lacunes statistiques qui persistent sur le continent. Les discussions cibleront des thématiques cruciales : les violences faites aux femmes et aux enfants, l’accès à la justice, la justice climatique, mais aussi la situation critique des groupes marginalisés comme les mineurs en situation de handicap ou déplacés par les conflits.

Pour le secteur de la santé et du social, l’enjeu est d’obtenir des données fiables, désagrégées et interopérables. Sans ces indicateurs précis, impossible de savoir quelles communautés isolées manquent de vaccins, quels districts souffrent de malnutrition sévère ou quelles filles n’ont pas accès à l’hygiène menstruelle.

L’UNICEF, qui soutient activement les instituts nationaux de statistique à travers ses enquêtes par grappes à indicateurs multiples (MICS), exhorte les États africains à investir massivement dans la modernisation de leurs systèmes de collecte. L’objectif est clair : transformer les chiffres en budgets concrets, en centres de santé de proximité et en infrastructures d’assainissement pour qu’enfin, plus aucun enfant africain ne soit laissé pour compte.
Panisse Istral Fotso










