« Une sueur froide me parcourut de la tête aux pieds » : Les révélations de Sadou Daoudou sur la démission d’Ahidjo

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Le 4 novembre 1982, le président Ahmadou Ahidjo surprenait le Cameroun en annonçant sa démission. Quarante-quatre ans plus tard, plongez au cœur de cette journée historique à travers le témoignage poignant et intime de Sadou Daoudou. Fidèle parmi les fidèles et ministre des Forces armées pendant près de vingt ans, il raconte de l’intérieur la stupeur, les larmes du comité central et l’échec des ultimes négociations menées par Paul Biya pour faire fléchir le « Père de la nation ». Une plongée exclusive dans les secrets du palais de l’Unité.

Sadou Daoudou proche collaborateur de Ahidjo et ministre des forces armées pendant près de 20 ans, raconte la démission de Ahidjo.« La première personne à qui le président Ahidjo a annoncé la nouvelle de sa démission était Éboua. Après lui, il me fit appeler. En allant le voir, je croise Eboua qui avait une tête d’enterrement. Rien qu’à le voir, j’ai compris qu’il y avait quelque chose de grave dans l’air. Je l’interroge : « Qu’est-ce qui se passe ? » lui demandai-je. « Le Président vient de me faire savoir qu’il va démissionner aujourd’hui de ses fonctions de président de la République. J’ai essayé de l’en dissuader mais il n’a pas voulu revenir sur sa décision. Vas essayer toi aussi ».

Une sueur froide me parcourut de la tête aux pieds. J’étais comme foudroyé. Je continuai ma route et j’entrai dans le bureau du Président. Je lui trouvai aussi l’air grave, les traits tirés.

 « Tu as vu Éboua » ? Me lance-t-il. « Oui, Monsieur le Président » « Il t’a certainement dit pourquoi je t’appelle ? » « Oui, Monsieur le Président. Mais quelles sont les raisons de cette décision ? » « Je suis malade et fatigué, je ne peux plus continuer à exercer mes fonctions. »

 « Mais, Monsieur le Président, Bourguiba est votre père. Quand il tombe malade ou se sent fatigué, il prend quelques mois de congés ; il se rend en France ou aux États-Unis pour se faire soigner et se reposer. Une fois rétabli, il revient reprendre ses activités. Faites comme lui, prenez quelques mois de congés pour aller vous soigner et vous reposer. Nous sommes là pour assurer la bonne marche des affaires jusqu’à votre retour.» « Oui, mais je ne suis pas Bourguiba. Tu peux disposer ».

Une fois dehors, des idées noires m’envahissent et je me mets à me poser des questions. Et s’il était sincère ? Peut-être qu’il n’en a plus pour longtemps, peut-être que ses jours sont comptés, qui sait ? Je me suis alors mis à pleurer jusque dans mon bureau où j’ai continué de pleurer.

À 17 h 50, l’aide de camp me téléphone et me demande de me rendre dans la salle des conseils ministériels où doit se tenir une réunion du comité central du parti.

En y arrivant, je constate que tous les autres membres étaient déjà là. À 18 h, le Président fait son entrée. Une fois assis, il prend la parole el, d’une voix ferme il déclare : « Mesdames, Messieurs, je vous ai appelés pour vous dire que je démissionne de mes fonctions de président de la République.

Mon état de santé ne me permet plus de continuer. Cette décision prend effet à compter du samedi 6 novembre 1982 à 10 h. Je remercie chacune et chacun de vous du concours qu’il m’a apporté pour la bonne marche du parti ».

Le président se lève et regagne son bureau. Le directeur du protocole entra et invita les membres du comité central non membres du gouvernement à se retirer et, il demanda à ceux qui étaient membres du gouvernement de rester à leur place.

Plusieurs membres du comité central éclatèrent en sanglots.

C’est alors que Ahmadou Hayatou se leva et dit: « Mais, allons-nous nous séparer ainsi sans rien tenter ? Nous devons former une délégation pour aller voir le Président et le supplier de revenir sur sa décision ».

Une délégation est aussitôt formée sous la conduite du Premier Ministre Biya avec Assale comme porte-parole; j’en fais également partie.

Moi, je savais pertinemment que notre démarche était vouée à l’échec mais, ayant été désigné, je ne pouvais pas refuser. Quant à savoir si tout le monde était sincère, je n’étais pas dans leur cœur pour savoir ce que pensait chacun d’eux.

Après nous avoir annoncés, l’aide de camp nous invita à entrer dans le bureau du Président. Nous nous assîmes et certains d’entre nous restèrent debout par manque de sièges. Assale prit la parole et fit connaître au Président l’objet de notre démarche.

Celui-ci nous remercia et dit que sa santé était très détériorée. Il n’avait plus la force de continuer ; il fallait qu’il se repose. Il nous demanda d’aider son successeur comme nous l’avions fait avec lui. En retournant dans la salle des conseils ministériels, nous trouvâmes les ministres déjà en place. Le Président y entra et le même scénario reprit. Le président annonça sa démission. Les larmes se remirent à couler. Le président, une fois de plus, regagna son bureau, laissant les ministres abasourdis, désemparés, effondrés.

Certains proposèrent qu’une délégation allât le prier de revenir sur sa décision. Éboua et moi-même les dissuadâmes de former une telle délégation car elle ne pouvait aboutir à rien. À ce moment précis, les journalistes convoqués pour enregistrer la déclaration annonçant la démission du Président arrivèrent et commencèrent à installer leurs appareils. »

Extrait du livre « Sadou Daoudou parle de l’armée Camerounaise et … »

Arol KETCH – 07.07.2026 Rat des archives

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