Affaire Jean Mbouendé : Le rapport de la discorde ? Entre Vérités Occultées et Tentatives de Récupération

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L’Université de Dschang a vibré le 06 mai 2026, au rythme d’un séminaire du Gerco (Groupe d’Étude et de Recherche sur la colonisation et les autres formes de domination en Afrique) portant sur l’histoire des mouvements indépendantistes. Mais derrière les murs de l’école doctorale, la polémique a enflé. En cause : le rapport de la commission mixte franco-camerounaise (1945-1971) et les récentes communications de chercheurs qui, selon la famille du nationaliste Jean Mbouendé, tentent d’édulcorer un itinéraire de lutte pourtant marqué par l’intégrité.

Le Rapport de la Commission : Un Pas en Avant, Deux Pas de Côté ?

Un peu plus d’un an après la remise du rapport de la commission mixte franco-camerounaise sur le rôle de la France dans la répression des mouvements nationalistes, le débat reste vif. Si le président Emmanuel Macron a officiellement reconnu les recommandations des historiens dans une lettre adressée au président Paul Biya le 30 juillet 2025, le contenu même du rapport est aujourd’hui sous le feu des critiques. Clément W. Mbouendeu, gardien de la mémoire de Jean Mbouendé, dénonce une lecture biaisée de l’histoire. Selon lui, si le rapport reconnaît enfin certaines atrocités coloniales, il glisse subtilement vers une thèse contestable : celle d’un Jean Mbouendé ayant pactisé avec le pouvoir colonial. « C’est faux », martèle son descendant, qui y voit une tentative de noircir l’image de celui qui fut le premier président de section de l’UPC à Bafang en 1948.

Escarmouches académiques à Dschang

La tension est montée d’un cran lors du séminaire du 06 mai 2026. Deux intervenants, Gildas Igor Noumbou Tetam et Demonster-Ferdinand Kouekam, ont été accusés par la famille Mbouendé de vouloir « édulcorer » le parcours du nationaliste. En lui imputant des « compagnons incompatibles avec son idéologie » et en critiquant le rôle de ceux qui veillent sur sa mémoire, les chercheurs auraient, selon les proches du défunt, relayé les imprécisions du rapport officiel. N’ayant pu intervenir en direct lors de la conférence (suivie via Zoom), Clément W. Mbouendeu a transmis une mise au point ferme au Dr Ngouné et au Pr Noumbissié Tchouakè. Il y rappelle les faits, archives à l’appui.

Les Faits : Un Nationaliste Inflexible

Le décryptage proposé par la famille rétablit plusieurs vérités historiques essentielles : L’engagement syndical précurseur : Jean Mbouendé a mené seul dès 1934 la lutte pour la culture du caféier, interdite par les colons. Il a cofondé le Syndicat des Petits Planteurs (SPP) en 1946 avant de dissoudre celui-ci au profit de l’UPC.

Le prix de la résistance : Son engagement lui a coûté cher : arrestations arbitraires, perte de sa famille (sa mère et son fils Joseph), confiscation de ses biens et destruction de 11 000 plants de café par l’armée coloniale en 1959. Le mythe du « ralliement » : Sa sortie du maquis en mai 1960 n’était pas une reddition au pouvoir colonial, mais une réponse à l’indépendance proclamée. Il a exigé, dans une lettre historique, le retrait des troupes françaises et le remplacement des administrateurs coloniaux par des Camerounais intègres.

Financement de la Réunification : Une Confusion Entretenue

Le rapport de la commission suggère que Jean Mbouendé aurait « financé » le KNDP (parti de John Ngu Foncha) pour une réunification « conçue par la France ». Une affirmation balayée par les archives privées : Mbouendé a agi comme coordinateur d’une collecte populaire. Ce sont 700 000 FCFA qui ont été levés auprès des populations du Haut-Nkam pour soutenir la cause de la réunification, un idéal porté par l’UPC dès 1948, bien avant que la métropole n’en reprenne le contrôle. L’histoire du Cameroun reste un champ de bataille mémoriel. Alors que la France amorce un processus de reconnaissance, le cas Jean Mbouendé démontre que la vérité ne se trouve pas uniquement dans les archives officielles, souvent sélectives, mais aussi dans les mémoires privées que les familles se battent pour préserver. La « juste réparation » évoquée par l’Élysée ne pourra se faire sans une honnêteté intellectuelle totale sur l’itinéraire de ceux qui ont tout sacrifié pour la patrie.

Par la Rédaction de Glob’Media

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