Alors que se profile la Journée internationale Nelson Mandela ce 18 juillet, l’ONU et l’OMS tirent la sonnette d’alarme face à la recrudescence des violences xénophobes contre les ressortissants africains. Un contraste saisissant avec l’idéal de la nation arc-en-ciel.
Le 18 juillet prochain, l’Afrique du Sud et le monde s’apprêtent à célébrer la Journée internationale Nelson Mandela. Une date hautement symbolique qui invite chacun à consacrer 67 minutes de son temps au bien public, en écho aux 67 années de militantisme de « Madiba ». Pourtant, cette année, l’ambiance est lourde, presque irrespirable. La nation arc-en-ciel, bâtie sur les cendres de l’apartheid, offre une fois de plus le visage hideux de la haine de l’autre. Depuis plusieurs mois, des commerces d’étrangers africains sont pillés, des familles chassées et des vies fauchées dans un climat de fortes tensions.

Face à cette dérive, les Nations Unies sont sorties de leur réserve. Le Haut-commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, exprime son indignation tout en pointant du doigt les racines du mal : la pauvreté et les inégalités structurelles qui exacerbent les tensions. De son côté, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, ne mâche pas ses mots, dénonçant une « trahison tragique » de l’héritage de liberté du pays.
Des blessures jamais refermées
Le bilan humain récent est lourd. À Mossel Bay ou dans les townships de Durban et de Johannesburg, la violence s’est déchaînée. Des Éthiopiens et des Mozambicains ont été tués ; des Nigérians, des Malawites, des Ghanéens ou des Zimbabwéens sont traqués. Ce n’est malheureusement pas une première. L’Afrique du Sud traîne cette plaie ouverte comme un fardeau récurrent : Mai 2008 : Plus de 50 morts et 60 000 déplacés lors de lynchages massifs.
2013 & 2015 : Des vagues de violences au Cap et à Durban, cette dernière attisée par des discours royaux hostiles aux migrants.

2017 & 2019 : Des flambées xénophobes encouragées par des sorties politiques locales irresponsables.
Aujourd’hui, à l’approche des élections municipales de novembre 2026, la tentation populiste bat son plein. Les mouvements nationalistes, surfant sur les réseaux sociaux, désignent les étrangers comme les boucs émissaires parfaits du chômage et de la criminalité. Fin juin 2026, un ultimatum avait même été lancé pour exiger le départ des non-nationaux, contraignant des milliers d’Africains à l’exil ou au rapatriement d’urgence.

Le « pilatisme » des autorités
Face à ce drame, l’attitude du sommet de l’État interroge. Le président Cyril Ramaphosa excelle dans l’art du grand écart. D’un côté, il appelle formellement au calme et au respect des droits humains. De l’autre, il durcit le ton et instrumentalise la lutte contre l’immigration illégale. Un double jeu qualifié de « pilatisme » par de nombreux observateurs. Pas de place pour l’empathie : au lendemain de ses déclarations musclées, le ministère de l’Intérieur affichait fièrement le rapatriement express de 2 745 étrangers.

Cette intransigeance actuelle fait cruellement oublier l’histoire. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a opportunément rappelé la solidarité des pays du continent durant les heures sombres de l’apartheid. En 1962, c’est l’Éthiopie qui délivrait un passeport à Nelson Mandela pour lui permettre de voyager et de structurer la lutte. Une main tendue aujourd’hui coupée par ceux-là mêmes qui en ont bénéficié.
Sauver l’esprit de réconciliation

Le contraste est saisissant avec l’esprit du Prix Mandela, décerné l’an dernier par Antonio Guterres à la travailleuse sociale canadienne Brenda Reynolds et au militant kényan Kennedy Odede, deux figures engagées contre l’exclusion. Dans ses écrits, Madiba rappelait qu’« être libre n’est pas seulement se libérer de ses chaînes, mais vivre de manière à respecter et renforcer la liberté d’autrui ». En refusant de s’accrocher au pouvoir en 1999 après un unique mandat et en dédiant le reste de sa vie à la lutte contre la pauvreté et le VIH, Mandela a tracé un chemin. En cette veille de 18 juillet, l’Afrique du Sud semble pourtant s’être égarée en route, piétinant l’idéal d’humanité commune de son père fondateur.
Franck Régis Kamegne (Glob’Media)










