1981 : Comment l’administration camerounaise m’a privé d’une carrière à l’Unesco

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Fraîchement diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Strasbourg et recommandé par des figures majeures de la pensée africaine, l’écrivain et historien Enoh Meyomesse semblait promis à un avenir brillant au sein des institutions internationales. Mais en 1981, alors que les portes de la division des Droits de l’Homme de l’Unesco à Paris s’ouvraient à lui, un obstacle administratif majeur est venu briser son élan : le silence du gouvernement de son propre pays. Récit d’un rendez-vous manqué avec l’Histoire.

Nous sommes en 1981. Je viens d’achever mon cycle à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg. Mon mémoire de fin d’études avait pour sujet : « La coopération Internationale pour la Protection des Droits de l’Homme en Afrique : aspect institutionnel ». Mon directeur de mémoire : Hans Peter Führer, un Suisse fonctionnaire du Conseil de l’Europe dont le siège est situé à Strasbourg et prof à l’Institut. (Le jour de ma soutenance, il m’avait déclaré : jeune homme, vous gagneriez à écrire des livres, vous possédez une merveilleuse main d’écriture, votre mémoire est l’un de ceux qui ont été le mieux rédigés parmi tous ceux que j’ai dirigés depuis des années ici, à l’Institut, pourtant, vous êtes un Africain, le français n’est pas votre langue maternelle). Je possède une inscription à l’Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, aux USA, où j’avais été une année auparavant, mais je dois passer mon test de langue anglaise, le TOEFL, à la session qui avait lieu en juillet à travers le monde, donc en France et au Cameroun, pour que l’inscription soit validée, puis payer les frais très élevés, le père Meyomesse désirait faire de moi un grand intellectuel, pas un millionnaire, et il était prêt à les payer. Cependant, cela faisait quatre années que je n’avais plus mis les pieds au Mboa, et je brûlais d’envie de revoir mon merveilleux pays. J’ai de ce fait sollicité la possibilité d’effectuer le TOEFL au Centre Culturel américain à Douala, le lieu où il se déroulait au Cameroun. Au jour-dit, à Douala, malheureusement, pas mon nom. Déception. Début septembre, je suis de retour en France. Double déception. Je trouve une lettre de l’Université de Pennsylvanie m’annonçant que mon admission a été annulée, faute de résultats du TOEFL. Que faire ? Obligé de demeurer en France. Je m’inscris en DEA à l’Université de Paris II. Un soir le téléphone sonne, Abel Eyinga au bout du fil. Passe à la maison demain soir 180 rue de Vaugirard, je reçois des amis, nous dînons ensemble. Je m’y rends. Abel : Étant donné que tu ne pars plus en Amérique, l’UNESCO, ça te dit ? En plus, tu as fait ton mémoire sur les Droits de l’Homme. On peut t’y recruter. J’ai un pote là-bas, Maurice Glélé, un Béninois, agrégé de Droit public, à la division des Droits de l’Homme. Je lui ai parlé de toi … (Juriste et diplomate, Professeur agrégé, enseignant au Département de science politique, Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne (en 1982). – Président de la Haute Cour de justice du Bénin (en 2003). – Vice-président du Comité des droits de l’Homme de l’ONU (en 2004). J’ai la tête qui explose, tout simplement. L’UNESCO. Moi ! Je passe la nuit à la rue de Vaugirard. Le matin, il lui téléphone et me prend rendez-vous pour le lendemain. A l’heure convenue, je me présente au siège de l’UNESCO. Maurice Glélé me reçoit, très amicalement. C’est un personnage qui pétille d’intelligence. Il me confirme l’existence d’un poste vacant. La décision du recrutement lui appartient. J’ai le cœur qui bat tel un tambour géant dans ma poitrine. J’ai les mains moites d’émotion. Il me fait remplir plein de papiers, me demande une attestation certifiée de mon diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg par l’école elle-même (à l’époque, il n’y avait pas encore de photocopieuses. Je suis retourné spécialement à Strasbourg pour cela). Puis, il me dit à la fin : A mon niveau, c’est terminé. Vous êtes recruté sous réserve de l’accord du gouvernement camerounais, car l’UNESCO est une organisation intergouvernementale. Nous sommes obligés d’obtenir l’agrément des gouvernements des personnes que nous recrutons à un certain niveau de responsabilité. Aïe ! C’est un tremblement de terre pour moi. Le sol se dérobe sous mes pieds. J’ai des vertiges immédiatement. « Accord du gouvernement camerounais … aïe ! » Je connais mon pays … Il vient me raccompagner à l’ascenseur. Nous allons attendre un à deux mois. Dès que la réponse à la correspondance que nous allons sans tarder adresser à votre ministère des Affaires Etrangères est de retour, je vous appelle, et vous venez commencer le travail. Entre-temps, apportez-moi l’attestation demandée … Je sors tout effondré de l’immeuble de l’UNESCO. Je ne crois pas du tout à une quelconque réponse de Yaoundé. Je retourne chez Abel. Alors ? Il faut l’accord de Yaoundé  Aïe ! Je n’y ai pas pensé … Lorsque je travaillais au Secrétariat Général des Nations-Unies à New-York, le Ministère des Affaires Etrangères du Cameroun avait refusé de renouveler son agrément pour moi, c’est de cette manière que j’avais perdu mon poste … Jusqu’à ce jour, la fameuse réponse n’est toujours pas arrivée …

Enoh Meyomesse.

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