Du salubre au pathogène : le cruelle dilemme du marché Sandaga

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Le tableau est saisissant, presque insoutenable pour quiconque franchit l’entrée du marché Sandaga, situé dans l’arrondissement de Douala 4ème. Entre les grands et petits amas de détritus, le ballet incessant des mouches et le ruissellement d’eaux souillées, ce haut lieu du commerce de produits frais étouffe sous le poids de ses propres déchets. Une insalubrité chronique qui, depuis plusieurs mois, met en péril la santé des usagers et des commerçants.

Au fil des allées, chaque secteur présente son lot de désolation. Au « camp légumes », le sol est recouvert d’un tapis adhésif de détritus organiques en décomposition. Un peu plus loin, au « camp tomate », des cagots remplis de restes avariés traînent à même le sol, abandonnés dans un coin : « Nous n’avons pas de bac à ordures à l’intérieur du marché. Nous déposons nos déchets de marchandises près de nous avant de les rassembler à la fin de la journée », déplore Adeline, commerçante de légumes.

Une chaîne de collecte informelle et dépassée

Le marché s’articule autour de plusieurs zones spécialisées : patates, condiments verts, maïs ou tomates. Pour pallier l’absence d’infrastructures adéquates, les présidents de chaque camp emploient quotidiennement des manutentionnaires chargés de nettoyer les allées avant la fermeture. « Tous les jours, nous sommes payés pour ramasser les ordures. Nous n’avons pas de camp fixe : aujourd’hui je peux nettoyer le camp tomate et demain le camp légumes », explique un porteur, occupé à entasser des détritus. Ces déchets collectés sont ensuite regroupés en un point central, dans l’attente du service d’enlèvement métropolitain qui n’intervient que deux à trois fois par semaine. Un rythme jugé insuffisant par les vendeurs, alors que les tas s’accumulent dangereusement, poussant certains porteurs à déverser le surplus aux abords extérieurs du marché.

Une amélioration en trompe-l’œil

Du côté des services de collecte, le discours se veut rassurant mais pragmatique. « La quantité d’ordures a baissé par rapport aux années précédentes, ce qui explique notre passage deux à trois fois par semaine », soutient Wilson Takouken, agent de ramassage. « Avant, nous venions tous les jours car le marché croulait sous des montagnes de déchets. La situation est moins grave aujourd’hui grâce aux stratégies de regroupement mises en place par les présidents de camps. »

Pourtant, sur le terrain, le constat reste alarmant. L’exposition permanente à ces foyers infectieux se traduit par une hausse des pathologies de toutes sortes chez les vendeurs, contraints d’engager des dépenses de santé répétées qui grèvent leurs revenus. Face à cette crise sanitaire silencieuse, les initiatives locales montrent leurs limites. Vendeurs et riverains appellent désormais les autorités municipales à une intervention d’urgence pour doter le marché Sandaga d’équipements modernes et restaurer un cadre de travail digne.

Rayan Sofo (Glob’Media)

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