Faux médicaments à Yaoundé : Le grand nettoyage des marchés de la mort

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Mokolo, Marché central, Avenue Kennedy : la légion de gendarmerie du Centre a mené une vaste opération d’assainissement le jeudi 10 septembre 2026. Des milliers de cartons de produits contrefaits et toxiques ont été saisis.

Le décor avait des airs d’état de siège jeudi 10 septembre 2026  au cœur de la capitale. Véhicules de gendarmerie encerclant les accès stratégiques, ballets incessants de camions venant déverser des montagnes de scellés, badauds médusés : la légion de gendarmerie du Centre a frappé un grand coup dans les réseaux de distribution de la mort à petit feu. L’assaut a été donné simultanément sur trois nœuds névralgiques du commerce informel à Yaoundé : le marché Mokolo, le Marché central et la très fréquentée Avenue Kennedy.

Un arsenal d’empoisonnement massif

À l’ouverture des cartons saisis, le constat donne le tournis. Au-delà des simples contrefaits arborant de faux emballages quasi identiques aux originaux, les forces de l’ordre ont mis la main sur un véritable arsenal de produits à haut risque : substances psychotropes, produits de santé reproductive et infantile, injections, seringues et divers dispositifs médicaux manipulés hors de toute norme sanitaire. « Les camions continuent d’arriver », s’est félicité sur place le colonel Joseph Désiré Nguele, commandant de la légion et meneur de l’enquête, soulignant la lourdeur du dispositif humain et matériel déployé pour neutraliser ces points d’approvisionnement jugés « sensibles et stratégiques ».

L’État hausse le ton : inventaire, incinération et justice

Présent aux côtés des forces de l’ordre sur instruction de l’inspection générale des services pharmaceutiques du ministère de la Santé publique, le Dr Badjé Badjé, pharmacien, n’a pas mâché ses mots face à la presse : « Les médicaments de la rue sont dangereux, ils tuent. Ils sont sous-dosés, d’origine douteuse et manipulés par des personnes inexpertes. »

Le représentant du ministère a décliné le plan d’action des autorités face à cette saisie record :

L’évaluation économique : Dresser un inventaire précis pour quantifier le manque à gagner et l’impact financier que ce secteur informel impose à l’État et au système de santé.

La destruction totale : L’incinération dans les prochains jours de la totalité des stocks interceptés, jugés trop toxiques pour être conservés.

Le volet judiciaire : Transmettre les dossiers à la justice pour que les contrebandiers répondent de leurs actes.

« Le médicament de la rue tue »

Au-delà de l’infraction économique, c’est un véritable drame humain que pointe la gendarmerie. Le colonel Joseph Désiré Nguele a dressé un lien direct entre ce trafic crapuleux et l’explosion de graves pathologies au sein de la population, mentionnant en particulier la hausse alarmante des insuffisances rénales dues à l’ingestion de ces faux remèdes. « Il est inconcevable que des gens éduqués, bien portants et lucides vivent d’une activité qui consiste à tuer d’autres personnes. Et à les tuer à petit feu », a martelé l’officier supérieur, avant de lancer un appel solennel aux Yaoundéens : « Ils doivent aller en pharmacie, c’est là-bas qu’on vend le bon médicament. »

Alors que les suspects interpellés s’apprêtent à être présentés au procureur de la République, cette opération coup de poing rappelle que la guerre contre les marchands de poison ne fait que commencer dans nos villes.

Rayan Sofo (Glob’Media)

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