Selon l’ancien membre de la commission d’enquête mixte le Commando et L’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga ne seraient pas responsables au premier chef, de l’assassinat de Martinez Zogo. Il a présenté au tribunal ses indices, hypothèses et preuves.
Au tribunal militaire de Yaoundé, tous étaient suspendus aux lèvres du lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, 36e témoin de la Défense. Le Commandant du Groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi et membre de la Commission d’enquête mixte à l’époque des faits a en effet mis en doute la culpabilité des membres du Commando impliqués dans l’enlèvement et l’assassinat du Chef de Chaîne d’Amplitude FM, Martinez Zogo. « Le 3 février 2023 un groupe de soldats a été présenté au parquet comme ayant assassiné Martinez Zogo par leurs Chefs (Lieutenant-Colonel Bialo et le Colonel Otoulou) alors qu’ils connaissaient qui étaient les véritables assassins » a assuré le témoin.
Pour appuyer son raisonnement ce dernier évoque le rôle et les conclusions du médecin légiste qui a examiné la dépouille. « Ces assassins ont été créés contre l’avis du médecin légiste. C’est lui qui dit quelles sont les causes de la mort et le temps de la mort…Le médecin légiste a conclu que Martinez n’était pas mort sur les lieux où on a découvert son corps. Le corps y a été déposé quelques heures avant sa découverte. Elle aurait précisé que les causes auraient été une strangulation » poursuit l’enquêteur.
Une strangulation suppute t’il que n’auraient pas réalisé les membres du Commando qui selon leur témoignage n’étaient pas retournés à Ebogo 3 après y avoir passe à tabac Martinez Zogo.
Actions du Commando
Pour soutenir cette hypothèse, le Lieutenant-Colonel Parfait Ayissi Nanga présente au tribunal les indices et les preuves dont il dispose et comment il les a obtenus. «Dans la nuit du samedi 3 février 2023 vers 20h, j’ai organisé une descente sur le terrain sur la scène du crime. Qui devait se faire par deux groupes. Le premier groupe était conduit par moi-même avec à bord le Chef du Commando l’adjudant-chef Ebo (ndlr l’un des accusés). Le second groupe devait être conduit par le lieutenant-colonel Bialo et le Caporal Lenoir (l’un des accusés). Il était question pour nous de retracer l’itinéraire et de fixer le cadre horaire de l’opération »raconte le témoin.
Il poursuit ensuite : « Arrivés au niveau de l’université de Soa, l’adjudant de Ebo m’a indiqué un endroit où il avait transféré Martinez ZOGO du Prado vers le pick-up. Parce que ceux qui étaient dans le Prado avaient été grillés par l’incident de la brigade (ndlr l’arrestation de Martinez Zogo alors qu’il frappait à la barrière de la Brigade de Nkolkondi) et le pick-up était plus sûr. A cet instant, puisque la victime avait déjà reçu des tirs de taser elle avait déféqué. L’adjudant-chef Ebo prend la tête jusqu’à Ebogo 3 où ils sont allés torturer la victime ».
Les événements qui suivent sont ceux qui auraient orienté l’enquête sur l’innocence du commando quant à l’assassinat de Martinez ZOGO. « Lors de ces actes de torture, ils l’ont enduit d’huile de moteur et l’ont saupoudré de poudre blanche. Ils sont repartis de là en deux temps. L’adjudant de chef Ebo en éclaireur avec son pick-up pour s’assurer qu’un barrage de la police ou de la gendarmerie n’était pas à la recherche du Prado déjà grillé. L’écart qui devait être au plus d’un kilomètres c’est-à-dire environ 2 minutes a finalement duré entre 15 et 20 minutes. Et quand ils arrivent au Mess des officiers où un rassemblement était prévu, le Prado qui arrive avec une quinzaine de minutes de retard se gare à 20 mètres du reste du groupe » expliquele lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga.
Il ajoute en outre : « il y a un débriefing qui se déroule sans incident et le commando se disloque en deux groupes. Le premier block conduit par l’adjudant de Ebo se dirige à Olezoa (ndlr un Quartier de Yaoundé) pour prendre une bière. Le second groupe prend la direction qui va vers le ministère avec le lieutenant-colonel Danwe suivit par le maréchal de logis chef Godje qui conduisait le Prado. Il se trouve que Lenoir avait oublié son téléphone dans le Prado conduit par Godje. Ce dernier (Godje) revient à bord du Prado et les retrouve à Olezoa mécontent d’avoir été dérangé. Il lui passe le téléphone à travers la portière en lui disant « le colonel m’attend ».
Hypothèse
Un récit qui aurait suscité des interrogations chez l’enquêteur. Notamment après son examen du Prado. « À l’intérieur du véhicule qu’on présentait comme appartenant au lieutenant-colonel Danwe, j’ai fait trois constatation. Forte odeur d’excréments humains. Beaucoup de traces d’huile noire de moteur usager (présente aussi sur le plafond du véhicule) et quelques fines traces de poudre blanche »assure l’enquêteur.
Des interrogations auraient dès lors germé comme des champignons. « Le fait de retrouver dans le Prado une forte odeur d’excréments peut encore s’expliquer parce que c’est dans ce Prado qu’il avait été embarqué toute suite après son enlèvement. Mais une question se pose concernant les traces d’huile et de poudre blanche retrouvées. Comment ces indices se retrouvent ils dans le Prado s’il n’y avait pas été embarqué alors que c’est pendant la torture qu’il été enduit d’huile et de poudre blanche Puisqu’ils sont partis d’Ebogo sans Martinez, on ne devait pas retrouver ces éléments dans le Prado ? » Assure s’être demandé l’ancien Commandant du Groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi.
Ses conclusions sont dès lors les suivantes : « La présence de l’huile noire et de la poudre blanche suppose qu’ils sont retournés chercher Martinez. Le fait que les deux véhicules n’arrivent pas au point du débriefing au même moment et le temps mis pour rejoindre ce point confirment cette idée. Nous avons ensuite le véhicule qui se gare loin du groupe et nous avons enfin Godje qui en remettant le téléphone à Lenoir lui dit : « le Colonel m’attend ».
Pressions présumées
Selon le 36e témoin c’est cet ensemble d’informations qu’on aurait essayé de l’empêcher de livrer à la barre. Alors que ce 26 octobre le Lieutenant-Colonel Parfait Ayissi Nanga avait déjà indexé le Secrétaire d’Etat à la Défense (SED) Galax Landry Etoga et l’accusé et ancien Maire de Bibey, Martin Savom, il a ajouté de nouveaux noms ce 27 octobre. Selon le Commandant en second du Groupement de gendarmerie territoriale d’Ebolowa un groupe d’officiers de gendarmerie serait à ses trousses. « Il y a un groupe d’officiers au sein de la gendarmerie nationale qui se sont coalisés dans le but de me détruire… » a lancé le 36e témoin de l’accusation.
Le Lieutenant-Colonel Parfait Ayissi Nanga va ainsi citer : « Inspecteur général N1 de la gendarmerie ( qui lui aurait servi 4 convocations pour des motifs variés)…le Chef du poste du commandement opérationnel qui émet un avis de recherche à mon endroit et le Commandant de la Légion de gendarmerie du Centre qui très curieusement vient exécuter cet avis. Un lieutenant Colonel signe un avis de recherche et c’est un Colonel qui vient exécuter. C’est curieux »
Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga ne s’arrête pas là. Il assure qu’au sommet de la Gendarmerie un rouleau compresseur aurait été actionné sur sa carrière. « J’ai été muté comme commandant en second à Ebolowa. Quelques temps plus tard, des enquêteurs en mission m’ont impliqué dans l’affaire du Vice-amiral (ndlr Vice-Amiral Fouda). J’ai été interdit de sortir du territoire en 2024. J’ai été privé de mon avancement alors que j’étais 2e au tableau d’avancement en 2025. Sans aucune raison valable » assure le 36e témoin de l’accusation.
Le cas Galax Landry Etoga
Alors que le témoin de l’accusation rejette les responsabilités de certains accusés, il accuse le SED d’avoir eu la mainmise sur l’enquête !et de s’être acharné contre Amougou Belinga. « Je me rends compte que Monsieur le SED est le véritable Directeur de l’enquête assisté par le Lieutenant-Colonel Bialo. Je dispose de toutes les preuves. C’est monsieur le Sed qui dit qui on doit interpeller et qui s’oppose aux libérations » assure le témoin. Pour preuve indique-t-il : « Aussitôt après l’arrestation de Monsieur Amougou Belinga et Cie le Sed m’envoie une liste de personnes à interpeller dans le cadre l’affaire concernant les malversations financières. Nous sommes le 6 février 2023 ». Une liste qui comprendles noms du personnel du Groupe l’Anecdote.
Alors que nous allions sous presse, le 36e témoin de l’accusation poursuivait son témoignage à la barre. Il promettait notamment de donner (selon lui) les noms des véritables assassins du Chef de chaîne d’amplitude FM.
B CM










