Appel à une intervention urgente des États-Unis pour protéger la démocratie, les droits humains et la stabilité régionale
Une coalition de parlementaires américains a adressé une lettre au Secrétaire d’État Marco Rubio, l’avertissant que l’élection présidentielle contestée du Cameroun et les troubles qui s’ensuivent constituent une menace grave pour la démocratie, les droits humains et la stabilité régionale en Afrique centrale.
Dans une lettre au ton particulièrement ferme, les membres du Congrès — Jonathan L. Jackson, Sydney Kamlager-Dove, Eleanor Holmes Norton, James McGovern, Sheila Cherfilus-McCormick, Eugene Vindman, Yvette D. Clarke, André Carson et Jennifer McClellan décrivent la situation comme une « crise qui s’aggrave, aux implications dangereuses pour les intérêts des États-Unis ».
Un mandat contesté dans un climat de répression
Le président Paul Biya, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982, a été déclaré vainqueur de l’élection du 12 octobre 2025 avec 53,66 % des suffrages, devançant Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 %. Plus de huit millions de Camerounais ont voté, témoignant d’une forte volonté démocratique une volonté que les parlementaires affirment avoir été « systématiquement sapée ». La lettre mentionne les restrictions généralisées des libertés politiques, la disqualification du leader de l’opposition Maurice Kamto, ainsi que les arrestations d’activistes, de journalistes et de responsables de la société civile comme autant de preuves d’« une élection menée sous la peur et le contrôle, non sous le signe de la liberté ».
Les parlementaires évoquent également des signalements d’urnes préremplies, de votes multiples et d’irrégularités lors du dépouillement dans des villes clés comme Douala, Bamenda et Garoua, qui ont encore davantage miné la confiance du public dans le processus électoral.
Vague de violences et disparitions forcées
La lettre du Congrès recense une série d’incidents troublants survenus après le scrutin. Une enseignante, Mme Zouhaira, a été abattue à Garoua le 21 octobre ; Abe Michael, député, a été enlevé et tué le lendemain ; plusieurs figures de l’opposition, dont Anicet Ekane, Florence Titcho et Djeukam Tchameni, ont été arrêtées. Particulièrement inquiétante est la disparition du professeur Jean Calvin Abba Oyono, conseiller principal du candidat de l’opposition Issa Tchiroma, enlevé à son domicile de Yaoundé par les forces de sécurité. Sa localisation reste inconnue, ce qui a conduit les parlementaires à qualifier ce cas d’« enlèvement forcé, un crime au regard du droit international ». L’Ordre des avocats du Cameroun a dénoncé l’escalade des violations des droits humains et l’effondrement de l’État de droit, rejoignant ainsi les inquiétudes croissantes de la communauté internationale.
Instabilité régionale et enjeux stratégiques
Les parlementaires mettent en garde : cette crise menace de déstabiliser les fragiles structures de sécurité régionale. Dans l’Extrême-Nord, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de terroriser les populations, tandis que les troubles dans les régions anglophones du Cameroun risquent de rallumer un conflit à grande échelle qui a déjà déplacé plus de 700 000 personnes et causé 6 000 morts depuis 2017. « La stabilité du Cameroun est au cœur de la stratégie antiterroriste des États-Unis en Afrique », souligne la lettre. Le rôle du pays au sein de la Force multinationale mixte avec le Nigeria et le Tchad, ainsi que le contrôle de routes maritimes essentielles dans le golfe de Guinée, en font un pilier stratégique pour la paix régionale et le commerce mondial. Une descente dans le chaos, préviennent les parlementaires, créerait « un vide propice au terrorisme, au crime organisé et aux influences étrangères ».
Appel à une action et à une responsabilité américaine
Les membres du Congrès exhortent le Secrétaire d’État Marco Rubio à les informer des mesures que le Département d’État compte prendre. Ils réclament une mobilisation diplomatique immédiate pour inciter le gouvernement camerounais à libérer les prisonniers politiques, à mettre fin aux arrestations arbitraires et à respecter les libertés fondamentales ainsi que la volonté du peuple. Ils demandent également que les forces de sécurité impliquées dans des exécutions illégales et des violations des droits humains soient tenues pour responsables, et insistent sur la nécessité d’encourager toutes les parties gouvernement, opposition et société civile à rejeter la violence et à s’engager dans le dialogue. La lettre appelle enfin à une médiation américaine et internationale pour favoriser une transition pacifique et crédible, avertissant que « la poursuite de la répression pourrait précipiter l’effondrement politique du Cameroun et déclencher une crise régionale plus vaste ».
Le Cameroun demeure un partenaire clé des États-Unis en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité maritime, mais sa dérive autoritaire a fragilisé les relations bilatérales. Washington avait déjà suspendu le Cameroun de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) en 2020, en raison de préoccupations liées aux droits humains.










