La démocratie se veut universelle sur le plan axiologique. Dans son application praxiolgique , elle est colorée par les réalités historiques, sociales et culturelles qui font que chaque pays en a une version.
Ainsi en va- t- il de la démocratie camerounaise ou pour mieux dire, de la démocratie à la camerounaise. Elle se caractérise par ce que les croyances communautaires priment les opinions personnelles dans les comportements electoraux. Au moment du vote, ce qui commande le choix du camerounais dans l’isoloir, ce n’ est pas tant son opinion personnelle que les convictions véhiculées au sein de sa communauté. Le Beti résidant à Maroua votera comme le paysan de Ngomedzap. Le Bamiléké de Fondjomokwet votera comme l’autre de New Bell à Douala.
Les élections au Cameroun sont de ce fait une compétition des croyances des communautés où un programme n’ a guère de place, même si l’influence exercée par certaines élites appartenant à l’ appareil de l’ État peut atténuer très légèrement ce constat. Le constat dominant reste que le comportement électoral des individus est, dans la plupart des esprits, encapsulé dans les convictions politiques de sa communauté, quel que soit son lieu de résidence.
De ce fait, une tension politique se manifeste de manière de plus en plus aigüe dans les régions du Littoral et du Centre sur la représentation des différentes composantes de la population au niveau des Conseils Municipaux et et de l’ Assemblée Nationale. La crainte d’un grand nombre de personnes est de voir les convictions politiques véhiculées par une communauté venue d’ ailleurs venir submerger l’ expression électorale des populations du terroir au point de prendre le contrôle de sa représentation.
Le déséquilibre démographique créé dans les capitales régionales dont principalement Yaoundé et Douala a tendance à dénaturer ou à fausser la représentation des communautés de souche locale au sein de ces assemblées du fait d’ une captation de sièges de représentation de la région par des membres d’ autres communautés n’ ayant pas de souche locale.
La responsabilité de la République en la matiere est édictée au préambule de la Constitution dans les termes ci- après : “L’État assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi.”
Il importe dès lors que des disposifs légaux et réglementaires soient mis en oeuvre pour prévenir ce qui pourrait provoquer une grave négation de la représentation démocratique de certaines composantes de la population au profit de communautés qui tireraient avantages de leur dispersion sur le territoire national pour s’ assurer une surreprésentantion dans les institutions électives nationales et locales.
La solution pour limiter ce risque est la création de « collèges électoraux » .
Cette nécessité conduit à une réforme en profondeur de l’ architecture électorale qui verra la création d’une part d’un collège A où sont inscrits des populations de souche de la région, d’ autre part le collège R composé de personnes dont la souche est originaire d’autres régions.
La répartition des sièges se fera telle que:
- aux élections législatives, le collège A aura un quota d’une majorité qualifiée de 90% de sièges arrondi à l’ entier inférieur tandis que le collège R aura un quota de 10 % de sieges arrondi à l’ entier supérieur.
- aux élections municipales, le collège A aura un quota d’une majorité qualifiée de 80% de sièges arrondi à l’ entier supérieur tandis que le collège R aura un quota de 20 % de sieges arrondi à l’ entier inférieur.
Dans chaque région, les populations de souche auront une représentation à une majorité qualifiée assurée en même temps que les populations de résidents bénéficieront d’ une représentation y attestent de leur présence.
Il est utile de souligner que le recours aux collèges électoraux est d’ usage courant. Le cas le plus en vue est actuellement l’ élection des Conseillers Régionaux qui est opérée par deux collèges distincts: le collège des Conseillers Municipaux et le collège des Autorités Traditionnelles.
De même, il convient de relever que la conscience nationale camerounaise étant consacrée et intangible, la préservation des identités communautaires se doit d’être garantie et se refléter dans une représentation équitable et légitime de toutes les composantes de la nation. Le plus grand des périls serait de voir certaines communautés être submergées démographiquement et politiquement, leur representation étant diluée voire effacée. Les frustrations qui en naîtraient pourrait être à l’ origine de revoltes pouvant conduire à une guerre civile et à une destruction totale du lien social qui maintient la cohésion de la nation camerounaise.
Le temps n’ est plus à l’ hypocrisie ou à la crainte du bruits et du vacarme que feront certains factieux qui nourrissent en secret des intentions hégémoniques et suprémacistes. Voici venu l’ heure du réalisme et du courage républicain pour engager des réformes qui assurent que la démocratie apportent la paix des coeurs et non des frustrations et les colères. Ainsi sera cautérisée la blessure naissantes des inquiétudes des populations menacées de voir leur représentation être submergée sur leur terroir par des résidents bénéficiant par ailleurs d’ une représentation dans leur région de souche, toute chose qui aboutirait à une surreprésentation de certaines composantes de la population au détriment d’autres comme déjà signalée plus haut..
La transformation structurelle qui est ici envisagée implique une réforme électorale avec un nouveau code. Elle requiert également un accompagnement énergique et vigilant de l »adminitration notamment dans la phase de l’ inscription sur les listes des collèges électoraux.
8 Février 2026
Célestin Bedzigui
Chef traditionnel
Élu local
Président du Parti de l’ Alliance Libérale.










