Autoroute Yaoundé – Douala : Les populations Logmbon exigent une délocalisation

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À Pouma, dans la Sanaga-Maritime, les populations du village Logmbon dénoncent le tracé actuel de la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala. Elles exigent une déviation pour préserver habitations, sépultures et sites sacrés, et ont saisi le Président de la République et la Banque mondiale.

Les habitants du village Logmbon, dans l’arrondissement de Pouma, département de la Sanaga-Maritime, vivent dans l’inquiétude depuis l’annonce du passage de la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala sur leur terroir. Si le projet en lui-même n’est pas remis en cause, les riverains dénoncent les méthodes employées : le tracé prévu touche directement des habitations, des tombes et plusieurs lieux sacrés. Après deux déviations dont les motifs restent inexpliqués, l’entreprise Rainbow, chargée de la logistique, insiste pour faire passer l’axe au cœur de la zone habitée. Les populations, elles, proposent une délocalisation de l’emprise de 500 mètres vers des jachères inhabitées. Mardi dernier, réunis en manifestation, pancartes en main, les habitants ont appelé à l’arbitrage des pouvoirs publics. « Mon souci, c’est que l’autoroute veut passer ici. Je ne suis pas contre l’autoroute, mais c’est la troisième déviation. La première était plus basse. On a dit que c’était la chefferie. Après, ils sont partis au milieu, et là, ils ont dit qu’il y avait une agglomération. S’ils évitent l’agglomération, pourquoi venir nous enlever ? Nous n’étions pas programmés », déplore Ngo Massock Claire, native de Logmbon. « Je prie l’État de ramener la route là où elle était prévue initialement. » Les populations plaident pour un décalage de l’emprise vers des terrains libres situés à environ 200 m, voire 1 km des habitations. « Nous sommes contents que l’autoroute passe par notre village, mais il faut consulter les populations. Nos arrière-grands-parents sont ici depuis très longtemps », explique Malelel Albert Nestor, fils de Logmbon. « On a montré un terrain vide à côté de nos maisons pour décaler le tracé. Ça épargnerait tout le monde et éviterait à l’État des dépenses inutiles. Nous avons déposé nos doléances, mais ils ont tracé et mis des croix sur les maisons. » Pour les gardiens de la tradition, toucher aux sépultures est lourd de conséquences. « Les tombes sont d’une délicatesse à nulle autre pareille. Les déterrer, ça laisse des malédictions dans des familles », s’inquiète Mbombock Binyom Joseph, patriarche et tradipraticien. « Si la terre et la forêt sont libres là-bas, pourquoi venir casser les maisons et déterrer les gens ? Les tombes sont sacrées, il y a des sites que nous ne devons pas toucher. »

À la suite d’une descente effectuée à Logmbon le 10 février dernier dans le cadre d’un documentaire sur la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala, les familles Song-Pii et Log Sut ont adressé des pétitions au Président de la République du Cameroun et à la représentation résidente de la Banque mondiale.  Ces familles, qui plaident depuis longtemps pour la protection de leurs sites sacrés et sépultures, demandent une localisation du tracé à 200 mètres au moins des dernières habitations. Elles attendent désormais « l’exercice de la très haute mansuétude du chef de l’État » quant à la prise en compte de leurs doléances.

Stephane Antoine Ayissi, journaliste (Glob’Media)

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