Liberté de la presse : le Cameroun s’enfonce dans la « zone rouge » selon RSF

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Le rapport 2026 de Reporters Sans Frontières (RSF), publié le 30 avril dernier, dresse un constat cinglant : le Cameroun recule à la 133e place mondiale.

Entre insécurité galopante, pressions politiques et impunité, l’exercice du journalisme y est désormais qualifié de « dangereux ». Une dégringolade statistique alarmante Le verdict est tombé et il n’est pas tendre pour Yaoundé. Avec un score de 40,88/100, le Cameroun perd deux places par rapport à 2025 (131e). Ce recul n’est pas un simple accident de parcours, mais le reflet d’une dégradation généralisée de tous les indicateurs suivis par l’ONG :

Plan politique : 120e (contre 107e en 2025)

Plan économique : 152e (contre 141e en 2025)

Plan de la sécurité : 157e (contre 153e en 2025)

Seul le curseur social stagne à la 99e place, une maigre consolation dans un océan d’indices au rouge vif.

Un environnement hostile et précaire Si le paysage médiatique camerounais est l’un des plus denses du continent, RSF souligne que cette diversité n’est qu’une façade masquant une réalité brutale. Le rapport est formel : le Cameroun est l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les professionnels de l’information. L’organisation pointe du doigt une centralisation excessive du pouvoir. En nommant par décret les responsables des médias publics et les membres du Conseil National de la Communication (CNC), l’exécutif maintient une chape de plomb qui favorise l’autocensure et l’alignement systématique sur les positions officielles.

Le spectre de l’impunité : de Martinez Zogo à Amadou Vamoulké Pour étayer son analyse, RSF rappelle les dossiers noirs qui ternissent l’image du pays à l’international :

L’ombre de Martinez Zogo : L’enlèvement et l’assassinat barbare du directeur d’Amplitude FM en janvier 2023 restent une plaie ouverte. Malgré le procès ouvert en mars 2024, les lenteurs judiciaires sont vivement critiquées.

Le drame anglophone : L’assassinat d’Anye Nde Nsoh à Bamenda en mai 2023 illustre l’insécurité permanente dans laquelle évoluent les reporters en zones de conflit. L’acharnement judiciaire : Le cas d’Amadou Vamoulké est cité comme un « triste record du monde ». L’ancien DG de la CRTV, condamné à 32 ans de prison après 178 renvois de son procès, symbolise l’usage de tribunaux d’exception pour neutraliser des figures médiatiques.

« La dépénalisation des délits de presse n’est pas encore à l’ordre du jour, et l’accès à l’information, de même que la protection des sources, ne sont pas garantis dans les faits », déplore RSF.

Quel avenir pour l’information au Cameroun ?

Entre procédures-bâillons, arrestations arbitraires et menaces physiques, le journalisme camerounais semble naviguer à vue dans un brouillard législatif et sécuritaire. Pour RSF, tant que le cadre légal ne protégera pas réellement les acteurs de terrain et que l’impunité sur les crimes commis contre les journalistes persistera, la « liberté de la presse » restera, au Cameroun, une simple vue de l’esprit.

Franck Kamegne (Glob’Media)

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