L’ambiance était lourde, presque irrespirable, hier lundi 1er juin 2026 dans la salle d’audience du Tribunal militaire de Yaoundé. Alors que le procès sur l’assassinat du journaliste-animateur Martinez Zogo, survenu en janvier 2023, entre dans sa phase cruciale, la justice a franchi un cap d’une violence symbolique inouïe : la projection publique de l’horreur.
Pour la toute première fois depuis le début des procédures, un extrait de la vidéo documentant les supplices infligés au chef de chaîne d’Amplitude FM a été diffusé devant la cour. Un moment insoutenable qui a plongé l’assistance dans la stupeur et l’effroi. « La salle d’audience en larmes » Les témoignages recueillis à la sortie de l’audience traduisent le traumatisme partagé par les observateurs. « C’est effroyable », a réagi à chaud Serge Aimé Bikoi, journaliste et sociologue, encore sous le coup de l’émotion. Pour Polycarpe Xavier Atangana, spécialiste des droits humains, les images projetées brisent le cœur : « On y voit Martinez Zogo implorant leur secours. Un Martinez Zogo trempé de sang. La salle d’audience était en larmes », confie-t-il. Cette confrontation brutale avec la réalité des faits est venue rappeler à tous la barbarie d’un crime qui avait profondément secoué le Cameroun et la communauté internationale il y a trois ans.

L’expertise technologique au cœur des débats
Au-delà de l’émotion légitime, cette audience du 1er juin marque un tournant méthodologique majeur dans le procès : l’ouverture officielle de la « section technique et technologique ». Pour éclairer le tribunal, le ministère public a appelé à la barre son 32ᵉ témoin, le Professeur Georges Bell-Bichoka.
Universitaire de renom, spécialiste en sécurité et protection des systèmes d’information avec une sous-spécialité en cryptologie, l’expert a été soumis à un feu de questions cruciales. L’enjeu pour l’accusation ? Démêler l’écheveau des télécommunications pour confondre les donneurs d’ordres et les exécutants. Le ministère public lui a ainsi lancé :
« Pr Georges BELL-BITCHOKA, pouvez-vous dire au Tribunal les liens et connexions qui existent avec chaque accusé, de la planification jusqu’à l’assassinat de Martinez ZOGO ? Ou encore les positions que chaque accusé avait dans l’affaire ? »
La thèse de la co-action renforcée Selon les comptes-rendus de Polycarpe Xavier Atangana, les conclusions de l’expert en cryptologie se veulent sans équivoque. Cartographies numériques, données de géolocalisation et historiques de communications à l’appui, le Pr Bell-Bichoka a formellement établi « qu’il y a bel et bien une forte connexité entre certains présumés assassins en détention ».
En démontrant scientifiquement la coordination entre les différents acteurs de ce drame, l’expert apporte de l’eau au moulin de l’accusation, qui soutient la thèse d’un complot orchestré au plus haut niveau. Avec cette entrée fracassante dans la phase technique, les masques continuent de tomber au Tribunal militaire. Le procès Martinez Zogo n’est plus seulement celui des témoignages oraux, il est désormais celui des preuves irréfutables de la science et de la technologie. Les débats se poursuivent, sous le regard lourd d’une nation qui exige que toute la lumière soit faite.
Rayan Sofo (Glob’Media)









