« Je suis dans l’eau » : Neuf ans plus tard, le secret de Mgr Balla dort toujours dans la Sanaga

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« Je suis dans l’eau ». Quatre mots griffonnés sur un bout de papier, retrouvés sur le siège avant de sa voiture abandonnée sur le pont d’Ebebda. Quatre mots qui, aujourd’hui encore, résonnent comme l’un des plus grands points d’interrogation de l’histoire contemporaine du Cameroun.

31 mai 2017 – 31 mai 2026. Il y a neuf ans jour pour jour, la dépouille de Monseigneur Jean-Marie Benoît Balla, alors Évêque du diocèse de Bafia, était repêchée dans les eaux du fleuve Sanaga. Neuf années de silence, de spéculations et d’une quête de vérité qui semble s’être enlisée dans les méandres du fleuve. Une disparition, deux thèses irréconciliables L’affaire commence dans la nuit du 30 au 31 mai 2017, lorsque le prélat quitte son évêché pour ne plus jamais y revenir. Très vite, la machine médiatique et judiciaire s’emballe, se cristallisant autour de deux versions radicalement opposées : La thèse officielle du suicide : Après des examens médico-légaux menés par des experts internationaux, la justice camerounaise conclut à une « mort par noyade », suggérant l’absence de traces de violence. Une conclusion qui s’appuyait massivement sur la note d’adieu trouvée dans son véhicule.

La thèse du meurtre défendue par l’Église : Pour la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC), le doute n’a jamais été permis : « Monseigneur Jean-Marie Benoît Balla a été brutalement assassiné », avaient alors clamé les évêques. Pour la communauté catholique, l’état du corps et les circonstances de sa disparition pointaient vers une mise en scène macabre.

Le poids d’un silence d’État Finalement, qu’est-ce qui est réellement arrivé à cet homme de Dieu ?

Neuf ans plus tard, la frustration reste intacte. L’enquête judiciaire, ouverte en grande pompe, semble s’être refermée sans apporter les réponses définitives que le peuple camerounais et les fidèles attendaient. Les zones d’ombre n’ont jamais été dissipées : Quels étaient les dossiers sensibles qui préoccupaient l’évêque les jours précédant sa mort ? Qui aurait pu vouloir faire taire un homme réputé si discret ?

Au fil des ans, le dossier est passé du statut d’urgence nationale à celui de tabou poli. Au Cameroun, le temps efface souvent les vagues, mais pour la mémoire de Mgr Balla, le souvenir reste à vif.

Une mémoire qui refuse de se noyer

Aujourd’hui, alors que le diocèse de Bafia et l’ensemble de l’Église poursuivent leur marche, le pont d’Ebebda demeure ce monument invisible d’un drame non résolu. Pour les proches du prélat et les observateurs de la vie publique, ce neuvième anniversaire n’est pas seulement un moment de recueillement, c’est aussi le rappel douloureux d’une justice restée au milieu du gué.

Le mot de la fin appartiendra peut-être à l’histoire, ou à une confession tardive. Mais en ce 31 mai 2026, la triste réalité s’impose : le secret de la mort de Monseigneur Jean-Marie Balla dort toujours, impénétrable, au fond de la Sanaga.

Franc Régis Kamegne (Glob’Media)

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