Scandale de l’or : Le gouvernement organise la diversion

0
2

Depuis la publication du rapport ITIE 2023, fait remarquer un expert en la matière, les camerounais ont aussitôt découvert qu’il existait un ministère des mines. Et que le Cameroun produisait plus de 20 tonnes d’or par an qui sortaient du pays. Sans laisser de traces! Révélations.

Secteur minier, exportation illégale de l’or, déchéance des permis de recherche sur l’or ; une autre distraction. Depuis la publication du rapport ITIE 2023 dont un paragraphe de ce rapport n’est pas passé inaperçu comme à l’accoutumé, les Camerounais ont aussitôt découvert qu’il existait un ministère des mines, de l’industrie et du développement technologique;  et que le Cameroun produisait plus de 20 tonnes d’or par an qui sortaient du pays sans laisser les traces.

Face à ce scandale grossier, le MINMIDT dans la précipitation d’étouffer l’affaire, nous a servi une série d’annonces, de communiqués, de décisions; il est même allé jusqu’à mettre sur pied une task force et une commission mixte pour enquêter sur les exportations frauduleuses de l’or du Cameroun. Il y a eu descente du MINMIDT sur le terrain dans la région de l’Est, avec pour objectif le démantèlement  complet et immédiat des unités de productions des sociétés qui ne veulent pas se plier aux mesures de redressement prescrites, notamment : la signature de l’engagement de déclarer un seuil minimal de production qui sera fonction du nombre de bols installés sur le site et constaté par les autorités compétentes, en attendant la mise en place d’un système de lavage à vase clos ; le paiement de la caution de réhabilitation des sites de 63 millions de FCFA (dont 3 millions de FCFA par hectare) afin de s’assurer que l’environnement sera protégé, après chaque fouille; ⁠L’obligation de migrer vers l’exploitation dans un système à vase clos dans un délai de 6 mois; l’obligation de procéder à une étude sommaire (sondage) du site pour les nouveaux exploitants .

A l’issue  de cette visite, on nous a annoncé la fermeture de 200 sites d’exploitation illégales; on nous a servi une liste des sociétés illégales qui exploitent l’or, on nous a annoncé que le Cameroun avait porté plainte contre une centaine de compagnies impliqués dans l’exploitation illégale sur son territoire ; la dernière décision en date, toujours dans le souci de l’assainissement de l’activité aurifère, est le  retrait de 74 permis de recherche sur l’or; comme quoi, nous voulons faire comme les autres pays (Mali, Niger, Burkina Faso, Guinée etc). Depuis Novembre 2025, le ministère des mines s’est transformé en ministère de l’or, comme quoi il n’y a que dans le secteur aurifère que nous avons des problèmes. Ce qui est faux! Car, c’est notre  secteur minier tout entier qui est gravement malade. Aucune des décisions prises à ce jour n’a permis de rendre notre or plus traçable. Nous assistons tout simplement à une fuite en avant du MINMIDT et de la Sonamines où aucune entité ne veut faire son mea culpa. A un moment, au lieu de continuer à prendre des décisions, des mesures,  il faut marquer un temps d’arrêt, évaluer sur le terrain si le Cameroun collecte plus d’or qu’avant.  Mais au regard des déclarations du Dg de la Sonamines, la situation sur le terrain n ‘a pratiquement pas changé. Pire encore, le pillage de nos ressources s’est accentué. La décision de retirer les permis de recherche de l’or à certaines sociétés pose déjà un problème sur la nature même de cette décision qui n’est pas en phase avec l’esprit de notre code minier. Le Code minier camerounais n’est pas à tête chercheuse ; au Cameroun, nous avons un ministère des mines et non un ministère de l’or. Et sur cette base, s’il faut réellement assainir le secteur minier, il ne doit pas y avoir de ségrégation, car il n’y a pas que l’or qui est exploité illégalement. Nous avons aussi le diamant, le fer, les terres rares qui le sont aussi. La décision du MINMIDT de retirer les permis de recherche aux sociétés qui ne respectent pas leur engagement vis-à -vis du code minier ne devait pas être réduite uniquement sur une seule substance. Elle devrait concerner toutes les substances minérales (or, fer, bauxite,  rutile, cuivre, cobalt, manganèse, terres rares etc…).

Pourquoi adopter une posture de deux poids deux mesures ? Quelles sont les réelles motivations cachées du MINMIDT derrière cette décision ? Avons-nous à faire à un coup de communication? Une autre distraction ? Une fuite en avant? Une tentative de brouiller les pistes ? Les terres rares, le diamant, le fer, la bauxite et autres sont pillés de la même manière que l’or, et personne n’en parle. Comment peut-on comprendre que dans la liste des 74 sociétés qui ont vu leur permis retirés, on retrouve des permis expirés depuis plus de 10 ans (environ 25-30 permis)? On retrouve des permis de recherche qui ont déjà été vidés de leur contenu (l’or) et qu’on a laissé juste des cratères. Au finish, une analyse détaillée de la liste montre avec quel niveau de légèreté les permis de recherche étaient distribués aux sociétés « no name ».

Dans un pays normal, aucune de ces sociétés n’aurait obtenu un permis de recherche ; comment peut-on donner un permis de recherche sur l’or à une société qui a pour activité principale la vente des bétails, ou la vente des matériaux de construction ou l’import /export? C’est pour après venir nous faire croire qu’elles n’ont pas respecté le code minier ???… Vous vous attendiez à quoi? Parmi les 74 sociétés, il n’y a aucune qui a un profil de compagnie minière. Ce qui confirme l’information selon laquelle les permis de recherche sur l’or ont été distribués à des prête- noms pour cacher les vrais propriétaires qui sont en majorité issus du régime au pouvoir. Les Camerounais attendent toujours des explications sur la question suivante : où va l’or du Cameroun ? En 25 ans, le Cameroun a perdu 300,000 kg d’or exportés frauduleusement d’une valeur qui donne des vertiges et des insomnies.

Nous voulons : 1- un audit indépendant du cadastre minier 2- un moratoire de 6 mois sur l’exploitation de l’or au Cameroun 3-une révision de toutes les conventions minières 4-une révision totale du code minier 5-une campagne d’évaluation réelle du potentiel  minier  du Cameroun 6- la création d’un ministère des mines uniquement 7- la restructuration de la Sonamines 8-la création d’un fond environnemental et d’un fond minier pour les générations futures 9-la création des véhicules ci-après : Cameroon gold company, Cameroon iron company, Cameroon aluminium company qui porterons nos projets miniers 10- faire de l’ or, des métaux critiques et du diamant des substances stratégiques.

Dr Bareja Youmssi Expert en mines et pétrole Enseignant- chercheur

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here