Camair-CO : L’illusion d’une embellie sous perfusion publique

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Malgré une hausse de 7,9 % de son chiffre d’affaires et une enveloppe de subventions étatiques record portée à 6,85 milliards de FCFA, la compagnie nationale affiche une perte nette de 4,65 milliards de FCFA en 2025. Derrière une réduction comptable du déficit se cache une impasse structurelle alarmante.

L’exercice financier 2025 de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) ravive avec acuité le débat sur la viabilité économique du fleuron des ciels camerounais. Selon les derniers états financiers consultés, la compagnie nationale demeure solidement ancrée dans la zone rouge, affichant une perte nette de 4,65 milliards de FCFA. Certes, les puristes de la comptabilité y verront un motif d’optimisme modéré : le déficit s’est contracté de 15,5 % par rapport aux 5,49 milliards de FCFA essuyés un an plus tôt. Mais l’analyse approfondie des soldes de gestion montre qu’il s’agit d’un redressement en trompe-l’œil.

Ce fléchissement des pertes intervient pourtant dans un contexte de dynamisme commercial apparent. Porté par une reprise des liaisons et une optimisation de l’offre, le chiffre d’affaires global s’est établi à 24,47 milliards de FCFA en 2025, contre 22,67 milliards en 2024, soit une progression notable de 7,9 %. Le cœur de métier, les travaux et services vendus a généré 22,20 milliards de FCFA, complété par une hausse des produits accessoires à 2,27 milliards. Une croissance commerciale qui, dans un modèle équilibré, aurait dû sonner l’heure du redressement.

La perfusion publique en forte hausse

La réalité économique est tout autre. L’analyse détaillée des flux financiers révèle que cette amélioration relative n’est pas le fruit d’une efficacité opérationnelle retrouvée, mais bien la conséquence directe d’un interventionnisme étatique accru. Pour maintenir « l’Étoile du Cameroun » dans les airs, l’État a dû injecter 6,85 milliards de FCFA au titre des subventions d’exploitation. Il s’agit d’une hausse spectaculaire de près de 39 % par rapport aux 4,94 milliards alloués en 2024. Autrement dit, malgré une activité en hausse, chaque kilomètre parcouru par la compagnie nécessite un effort accru du contribuable. Sans ce soutien massif, le modèle économique de Camair-Co se serait effondré sous le poids d’une structure de coûts devenue incontrôlable.

Une fragilité opérationnelle chronique

Au cœur du problème, se trouve l’incapacité systémique de la compagnie à générer de la richesse intrinsèque. La valeur ajoutée demeure négative à hauteur de 760,9 millions de FCFA, bien qu’en progrès par rapport au gouffre de 1,98 milliard enregistré en 2024. Plus inquiétant encore, l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) affiche un solde débiteur chronique de 5,02 milliards de FCFA. Le résultat d’exploitation suit la même trajectoire et s’établit à -2,90 milliards de FCFA. Si la réduction de cette perte opérationnelle (qui culminait à -4,89 milliards en 2024) est technique, elle s’explique principalement par la baisse mécanique des dotations aux amortissements et provisions (passées de 6,25 à 4,77 milliards de FCFA), plutôt que par une réelle rationalisation des dépenses opérationnelles. En effet, la pression des charges d’exploitation reste intenable. Les services extérieurs ont bondi à 19,79 milliards de FCFA (contre 17,34 milliards un an plus tôt), reflétant l’augmentation des coûts de maintenance et d’affrètement de flotte. Parallèlement, la masse salariale continue sa progression pour atteindre 4,26 milliards de FCFA.

Le spectre de l’asphyxie financière

La situation bilancielle de l’entreprise s’avère tout aussi préoccupante. Privée de flexibilité financière par un résultat financier qui s’est dramatiquement effondré à -1,21 milliard de FCFA (plombé par les frais financiers et les dépréciations), Camair-Co accumule une dette fiscale et sociale abyssale. Celle-ci atteint désormais 19,92 milliards de FCFA, en hausse de 26 % en un an. Ce gonflement des arriérés témoigne de tensions de trésorerie extrêmes : la compagnie finance son quotidien en différant ses obligations républicaines. Face à ce diagnostic, l’enjeu pour le top management dépasse désormais la seule quête de parts de marché. Engranger des revenus ou capter de nouvelles subventions ne suffira plus à sauver la compagnie. Sans une restructuration profonde de son modèle industriel, une maîtrise drastique des coûts de fonctionnement et un plan d’apurement négocié de ses dettes, l’embellie observée en 2025 ne restera qu’une vaine perfusion comptable avant le choc de réalité.

PIF

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