Annoncé comme un « record mondial » par les autorités, le taux de transformation locale des fèves dépasse largement les objectifs initiaux. Porté par un soutien fiscal affirmé et une nouvelle vague d’investisseurs locaux et internationaux, le paysage cacaoyer national vit une mutation inédite.

Longtemps cantonné au rang d’exportateur brut de fèves, le Cameroun affiche désormais un taux de transformation locale proche de 80 %, pulvérisant l’objectif historique de 40 % fixé par les autorités. Un bond qualifié de « record mondial » par le gouvernement, qui concrétise l’ambition nationale d’accroître la valeur ajoutée retenue sur le territoire. Cette transition modifie profondément l’équilibre économique d’un secteur historiquement dominé par le négoce international.

L’émergence d’un championnat industriel national
Si les broyeurs historiques à l’instar de SIC Cacaos et de Chococam continuent de constituer l’ossature de la transformation primaire et secondaire, l’impulsion vient aujourd’hui d’une nouvelle génération de capitaines d’industrie camerounais. Des acteurs majeurs comme Neo Industry ont ouvert la voie à des initiatives d’envergure, à l’image de Samen Industry. Porté par l’entrepreneur Patrice Samen, ce groupe construit actuellement une unité industrielle d’une capacité de 32 000 tonnes à Baré-Bakem, au cœur des zones de production.
Le pari du haut de gamme et du « Made in Cameroon »
Parallèlement au broyage de masse, la filière explore des niches à forte valeur ajoutée. À Obala, le chocolatier français Olivier Bordais a inauguré sa fabrique Chocolat Rouge. L’établissement vise le segment haut de gamme en fabriquant un chocolat « Made in Cameroon » destiné aux marchés d’exportation, prouvant que le pays peut maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, jusqu’à la confiserie fine.

Incitations fiscales et défis réglementaires internationaux
Cette dynamique s’appuie largement sur les politiques d’incitations fiscales déployées par l’État pour attirer les capitaux. Cependant, l’essor industriel de la filière fait face à d’importants défis extérieurs, notamment le durcissement des réglementations environnementales et de traçabilité, imposé par l’Union européenne. Les acteurs locaux doivent rapidement aligner leurs chaînes d’approvisionnement sur ces normes strictes pour pérenniser leurs parts de marché à l’export.
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