Infrastructures au Cameroun : La malédiction des avenants

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Au Cameroun, chaque fois, les grands chantiers d’infrastructures voient très fréquemment leur coût final s’envoler dans des proportions spectaculaires par rapport aux estimations initialement présentées aux citoyens. Comme par malédiction ! Quelques clichés qui peuvent donner des vertiges ; le coût du lac municipal de Yaoundé qui passe de 25 à plus de 38 milliards de Fcfa; l’autoroute Yaoundé-Douala sur 60km, de 284 milliards à plus de 370 milliards de Fcfa ; Le complexe d’Olembe de 163 à 218 milliards de Fcfa ; le barrage de Memve’ele, de 400 à 500 milliards de Fcfa. La liste peut donner des vertiges

L’actualité récente offre une parfaite illustration de cette tendance à travers le décret présidentiel autorisant la signature d’un nouvel emprunt pour le projet d’aménagement et de réhabilitation du Lac municipal de Yaoundé. Ce nouveau concours financier fait ainsi passer l’enveloppe globale du projet d’un montant initial de vingt-cinq milliards de francs CFA à plus de trente-huit milliards. Une telle hausse interroge sur la rigueur des études financières préalables et s’inscrit dans une habitude bien ancrée au sein de l’administration publique. Pour mesurer l’ampleur de cette pratique devenue courante sous le régime actuel, il suffit d’examiner le parcours financier de plusieurs chantiers emblématiques disséminés sur le territoire national. La première phase de l’autoroute reliant Yaoundé à Douala sur soixante kilomètres était initialement budgétisée à environ deux cent quatre-vingt-quatre milliards de francs CFA avec le concours d’Eximbank China et des caisses de l’État. Au terme des révisions, le coût final a dépassé trois cent soixante-dix-sept milliards, révélant un surcoût massif supérieur à quatre-vingt-dix milliards de francs CFA, soit une augmentation supérieure à trente pour cent. Du côté du secteur énergétique, le barrage hydroélectrique de Mekin voyait ses prévisions initiales estimées à vingt-cinq milliards de francs CFA, avant de subir une hausse le propulsant à plus de trente-cinq milliards, enregistrant une hausse de près de quarante pour cent. L’analyse d’autres chantiers d’envergure confirme cette spirale inflationniste généralisée. Le complexe sportif d’Olembe et son stade principal, d’abord attribués au prestataire initial pour cent soixante-trois milliards de francs CFA, ont fini par engloutir plus de deux cent dix-huit milliards après la reprise du chantier par Magil et la signature d’avenants successifs, matérialisant un dépassement de plus de cinquante-cinq milliards. Sur le barrage de Memve’ele, l’enveloppe de départ fixée autour de quatre cent vingt milliards de francs CFA a bondi pour franchir la barre des cinq cent quarante milliards, soit une augmentation de près de cent vingt milliards. Enfin, l’autoroute reliant Kribi à Lolabé sur vingt-cinq kilomètres, estimée au départ à deux cent quinze milliards, a finalement été bouclée à plus de deux cent cinquante milliards de francs CFA, soit trente-cinq milliards de coût additionnel. 

Au-delà de la répétition de ces chiffres étourdissants, c’est l’opacité entourant la réalité des réalisations sur le terrain qui interpelle la population. En observant la livraison partielle du projet de réhabilitation du Lac municipal de Yaoundé initié en deux mille vingt-trois, la comparaison entre l’investissement engagé et le résultat visible s’avère particulièrement troublante. Les promesses initiales faisaient état de l’aménagement d’un vaste espace de six hectares comprenant un complexe hôtelier cinq étoiles de trois cents chambres dont quatre-vingts prévues dès la première phase. Or, le résultat présenté au public en deux mille vingt-quatre par le ministère de l’Habitat semble bien loin de ces standards hôteliers de haut standing, laissant sceptiques les usagers qui sillonnent quotidiennement le site et s’interrogent sur l’opportunité d’y réinjecter de nouveaux capitaux. Cette accumulation de dépassements budgétaires participe à une politique d’endettement massif dont le rythme s’est accéléré de manière fulgurante ces derniers mois. Rien que depuis l’investiture présidentielle de novembre deux mille vingt-cinq, une longue série de décrets a autorisé le recours à d’importants crédits internationaux et intérieurs. Qu’il s’agisse des soixante-cinq milliards pour la lutte contre les inondations à Douala et Yaoundé, des neuf milliards pour l’éducation de base, des dix-neuf milliards consacrés à l’employabilité dans l’Extrême-Nord ou des cent trente-cinq milliards destinés à la mobilité urbaine à Douala, le volume de la dette ne cesse d’augmenter. S’y ajoutent soixante milliards pour la fibre optique, plus de quinze milliards pour la formation professionnelle et la gestion des déchets hospitaliers, cent vingt-six milliards pour les approvisionnements pétroliers, ainsi que près de cent milliards alloués aux filets sociaux. En additionnant ces divers engagements financiers contractés en seulement quelques mois, le montant cumulé des nouveaux emprunts franchit la barre impressionnante de cinq cent quarante-trois milliards de francs CFA.

Ce chiffre s’inscrit dans la trajectoire fixée par la loi de finances de l’exercice deux mille vingt-six qui prévoit un plafond d’habilitation globale d’endettement pouvant atteindre mille six cent cinquante milliards de francs CFA d’ici la fin de l’année. Face à une telle accumulation de créances qui pèseront lourdement sur les générations futures, la question de l’efficacité de la dépense publique et de la maîtrise rigoureuse des coûts de chantier s’impose désormais comme un défi urgent pour la gouvernance économique du pays.

Dr Aristide Mono

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