Crise anglophone : Quatre civils exécutés dans un bar en pleine « ville morte »

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Des hommes armés à moto ont ouvert le feu sur des clients réunis dans un débit de boissons au quartier Nkwen. L’attaque, survenue en marge de la rentrée scolaire, illustre le climat de terreur imposé par les séparatistes et le dilemme tragique des populations locales.

Le sang a de nouveau coulé à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest. Lundi dernier, une attaque armée d’une brutalité inouïe a coûté la vie à quatre civils et fait plusieurs blessés graves dans un quartier de la ville. Les victimes, de simples citoyens venus se détendre dans un débit de boissons, ont été prises pour cibles par des assaillants à moto qui ont tiré à bout portant avant de disparaître dans la nature. Selon des témoins de la scène, la fusillade a plongé le voisinage dans une panique totale. Alertés, des riverains et des proches ont transporté en urgence plusieurs blessés vers l’hôpital PMI de Nkwen pour y recevoir des soins critiques.

Une population prise en otage

Cette nouvelle tragédie s’inscrit dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu. Depuis neuf ans, les groupes armés séparatistes imposent par la force des journées dites de « villes mortes » chaque lundi, paralysant l’économie et la vie sociale des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. À l’occasion de la rentrée scolaire 2026, ces factions ont intensifié leurs appels au boycott et multiplié les menaces contre quiconque tenterait de braver leurs consignes.

Pourtant, un vent de ras-le-bol souffle sur la ville. Lassés par des années de privations, de nombreux habitants ont choisi ces derniers jours de défier ouvertement les interdictions. Tout au long du week-end précédent, les commerces ont rouvert et les rues ont retrouvé une animation inhabituelle. C’est dans ce climat de défiance civique que les victimes s’étaient rassemblées lundi. « Les gens sont fatigués de rester enfermés. Ils veulent travailler, nourrir leurs familles et vivre normalement. Mais aujourd’hui, même s’asseoir dans un bar pour boire un verre est devenu une prise de risque mortelle », déplore un habitant de Bamenda sous couvert d’anonymat.

Neuf ans de crise et d’impunité

Bien qu’aucune revendication officielle n’ait été formulée au moment où nous mettions sous presse, les soupçons se portent sur les milices séparatistes qui usent régulièrement de la terreur pour maintenir leur emprise sur les populations. Les autorités locales ont annoncé l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les circonstances exactes de ce drame et identifier les auteurs.

Depuis le déclenchement de la crise anglophone en 2016, devenue un conflit armé dévastateur entre les forces de défense et de sécurité et les insurgés, les civils demeurent les principales victimes de l’engrenage de la violence. Alors que la rentrée scolaire ravive les tensions, la volonté légitime des populations de Bamenda de reprendre le contrôle de leur quotidien se heurte une fois de plus à la loi des armes. Un constat amer qui rappelle que dans le Nord-Ouest, la quête de la normalité se paye encore au prix fort.

Rayan Sofo (Glob’Media)

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