Hier, sur la tombe du Mpodol Ruben Um Nyobé à Éséka, une voix s’est élevée pour arracher à l’oubli une alliance sacrée. Celle de deux géants. Celle d’une fraternité de combat qui a donné naissance à l’éveil politique du Cameroun : l’alliance entre Ruben Um Nyobé et Jean Mbouendé.
Clément W. Mbouendeu a partagé un récit poignant, une page d’histoire pure qui fait vibrer l’âme de notre nation. 1947 : L’incident des « oiseaux » de la prison de Bafang Jean Mbouendé, pionnier du syndicalisme agricole en région Bamiléké (Spp), est jeté au cachot à Bafang par l’administration coloniale. Um Nyobé, à peine propulsé à la tête du syndicat USCC, brave l’interdiction des colons et s’infiltre à Bafang. Dans l’ombre, avec l’aide de Jacques Bidjocka, il compile les preuves de l’injustice.
Le rapport secret de Ruben Um Nyobé traverse les océans. L’affaire éclate en première page du journal français Le Monde. À Yaoundé, c’est la panique. Le Haut-commissaire exige des comptes : Comment la nouvelle a-t-elle fui à Paris ? Dépêché dans la cellule de Mbouendé à Bafang, le chef de région l’interroge. La réponse de Mbouendé est entrée dans la légende :
« Notre cause est si juste que même un oiseau peut véhiculer la nouvelle à Paris. »
Rendu fou de rage par cette insolence patriotique, le colon ordonnera d’abattre désormais tous les oiseaux survolant la cellule… Ils pouvaient tuer les oiseaux, mais ils ne pouvaient plus arrêter le vent de la liberté.

Du syndicalisme à la « Vraie Politique »
Libéré le 15 avril 1948, Jean Mbouendé retrouve Um Nyobé à Douala. Le Mpodol lui remet alors les statuts d’un tout nouveau mouvement né 5 jours plus tôt : l’UPC. En convertissant ses réseaux agricoles en cellules politiques, Mbouendé crée à Banka-Bafang le tout premier comité central de l’UPC du Cameroun et ouvre l’UPC hors de Douala. Le combat nationaliste devenait alors invincible
Le prix du sacrifice (1952)
L’histoire retiendra aussi que lorsque le Mpodol a dû porter la voix du Cameroun pour la première fois à la tribune des Nations Unies en 1952, c’est Jean Mbouendé qui a sorti de sa poche la somme astronomique de 2 000 000 de francs CFA (4 000 000 FF) pour compléter le financement de ce voyage historique. Chaque fois qu’il voyageait en pays Bamiléké, Um Nyobé dormait chez Jean Mbouendé à Banka. Une complicité de sang et d’idéal que les balles assassines du 13 septembre 1958 n’ont jamais pu effacer. 68 ans après le sacrifice du Mpodol, notre devoir est de raconter ces héros à nos enfants. Ne laissons pas les autres écrire notre histoire. Puisse la lumière des devanciers servir de boussole aux générations futures. Honorable mémoire à nos martyrs!
Clément W. Mbouendeu. Gardien de la mémoire de Jean Mbouendé










