Un ouvrage de Vincent Honoré Nognong, dédicacé le 18 septembre dernier à Douala, lève le voile sur le vide juridique et les pertes financières subies par les familles lors du décès des titulaires de comptes de Mobile Money.
Que deviennent les économies stockées dans les comptes Orange Money (OM) ou MTN Mobile Money (Momo) lorsqu’un abonné rend son dernier soupir ? Si la monnaie numérique s’est imposée comme un levier majeur de l’inclusion financière au Cameroun et en Afrique subsaharienne, elle cache un drame silencieux mais destructeur pour de nombreux ménages : la perte définitive des fonds après le décès des proches.
Cette problématique cruciale et encore taboue est au cœur de l’ouvrage intitulé « La problématique de la monnaie numérique et la gestion des fonds en cas de décès », écrit par NOGNONG Vincent Honoré. La cérémonie de dédicace s’est tenue le 18 septembre dernier à Douala, attirant l’attention sur l’urgence d’une prise de conscience collective et institutionnelle.
Un piège financier pour les familles
Auteur et lui-même victime de cette situation, Vincent Honoré Nognong pointe du doigt la responsabilité des opérateurs télécoms et le manque d’information des usagers. « J’ai bien voulu me pencher sur la question parce que plusieurs familles m’ont partagé leurs difficultés et moi-même je suis une victime de cette situation. Il était temps qu’on se penche sur la question », a-t-il expliqué à la presse.

Pour l’auteur, le constat est sans appel : les consommateurs sont trop souvent lésés. « Il faut retenir qu’à l’heure actuelle, nous sommes dupés par ces opérateurs et qu’on doit en prendre conscience pour explorer les pistes de solution que j’évoque dans le livre », martèle-t-il, tout en appelant chaque citoyen détenteur d’un téléphone à s’emparer du sujet.
Le livre met en lumière les nombreux obstacles auxquels se heurtent les ayants droit : absence de procédures claires chez les opérateurs, complexité administrative, comptes déclarés inactifs et confiscation arbitraire des fonds non réclamés. Ces failles entraînent l’évaporation d’épargnes familiales vitales et érodent progressivement la confiance du public envers les services financiers mobiles.
Un vide juridique à combler d’urgence
Présent lors de cet événement, Pierre Yves Ngollock, expert en droit privé, a souligné l’incapacité actuelle du cadre réglementaire camerounais à répondre aux réalités du numérique. « La problématique sur la monnaie numérique surtout après le décès du propriétaire ramène la chapelle au centre du village. Nous pensons que dans le milieu juridique camerounais, il existe encore plusieurs chemins qui n’ont pas été battus parce que nous sommes dans une sorte de flou », a-t-il déclaré. En effet, ni le législateur camerounais ni les régulateurs régionaux n’ont véritablement tranché sur les modalités permettant à un successeur ou à un légataire de prendre possession des fonds d’un proche décédé ou devenu incapable. Ce vide juridique laisse le champ libre aux arbitrages unilatéraux des opérateurs.
Quelles solutions pour protéger les héritiers ?
Afin de restaurer la justice successorale sans entraver l’innovation technologique, l’ouvrage de Vincent Honoré Nognong formule plusieurs propositions concrètes : Désignation de bénéficiaires : Intégrer obligatoirement un ou plusieurs bénéficiaires lors de l’ouverture d’un compte Mobile Money.
Simplification administrative : Harmoniser et alléger les démarches de réclamation pour les ayants droit légitimes.

Transparence et gouvernance : Imposer une obligation de transparence aux opérateurs sur le sort des comptes inactifs et créer des fonds publics ou fiduciaires pour recueillir les avoirs non réclamés.
Innovation technologique : Mettre à profit la biométrie et la technologie blockchain pour sécuriser, tracer et faciliter la transmission des actifs numériques. À l’heure où le Mobile Money fait partie intégrante du quotidien de millions de Camerounais, la succession numérique ne peut plus rester un impensé. Il appartient désormais aux autorités, aux banques centrales et aux législateurs d’intervenir pour protéger l’épargne des citoyens et garantir que la monnaie numérique reste un outil de progrès, même au-delà de la vie.
Panisse Istral Fotso














