Un brassard lourd d’histoire et de responsabilités
La question du capitanat au sein de l’équipe nationale du Cameroun dépasse largement le simple choix d’un joueur appelé à porter un brassard.
Elle touche à l’identité même des lions indomptables, à leur rapport à l’histoire, au leadership et à la représentation symbolique d’une nation passionnée de football. À l’approche de la Can 2025 au Maroc, ce débat retrouve toute son acuité. Le sélectionneur national, David Pagou, se trouve face à une décision structurante. En présélectionnant Nouhou Tolo, David Epassy et Christian Bassogog, il ne désigne pas seulement des profils techniques, mais interroge, consciemment ou non, le modèle de leadership qu’il souhaite instaurer. Car être capitaine des lions indomptables n’est ni un privilège honorifique ni une récompense de carrière : c’est une fonction politique du vestiaire, un rôle de médiation entre le banc, le terrain et le peuple.
L’histoire du Cameroun est éloquente à cet égard. Samuel Mbappé Leppé, Jean Paul Akono, artisan du sacre de 1984, Théophile Abega, Emmanuel Kundé, puis Rigobert Song, sous lequel le Cameroun a consolidé sa domination continentale au tournant des années 2000, ont incarné un capitanat fondé sur la centralité dans le jeu, la constance dans la sélection et l’autorité naturelle. Le brassard allait à ceux qui étaient à la fois piliers tactiques et repères moraux.
Le cas de Samuel Eto’o fils, figure planétaire et meilleur joueur africain de l’histoire, a introduit une rupture. Son capitanat, aussi puissant que clivant a révélé les limites d’un leadership fondé davantage sur l’aura individuelle que sur l’équilibre collective. Cette séquence a ouvert une réflexion essentielle : le meilleur joueur n’est pas toujours le meilleur capitaine.
Avec Vincent Aboubakar, le Cameroun est revenu à une lecture plus classique du rôle. Capitaine buteur, titulaire régulier, leader par l’exemple, il a porté le brassard avec humilité , responsabilité et efficacité, renouant avec une certaine orthodoxie du capitanat camerounais, faite de sobriété et d’engagement. Dès lors, la question centrale n’est pas de savoir qui mérite le brassard, mais qui peut l’assumer durablement. Le capitaine des lions indomptables doit être un titulaire indiscutable, physiquement fiable, psychologiquement stable, capable de parler au groupe sans fracturer le vestiaire, et de représenter l’équipe sans jouer sa fonction. Le brassard ne se gagne ni par l’ancienneté seule, ni par la popularité, encore moins par l’émotion.
À ce titre, le choix entre Nouhou Tolo, David Epassy et Christian Bassogog engage une vision. Il dira si le sélectionneur privilégie la rigueur défensive, la lecture du jeu depuis l’arrière, ou l’impact offensif. Il dira surtout si le Cameroun entend faire du capitanat un outil de stabilité ou un levier circonstanciel.
Stivin Temdemnou, journaliste (Glob’Media)














