C’est un séisme économique qui secoue le Septentrion. Le « Zoa-Zoa », ce carburant de contrebande venu du Nigeria qui alimentait jusqu’ici l’économie locale à bas prix, a vu son tarif doubler.
De Maroua à Ngaoundéré, les transporteurs sont aux abois, tandis que les usagers voient les prix des trajets s’envoler. Paradoxalement, cette crise fait les affaires des stations-service traditionnelles. L’explosion des prix à la pompe artisanale Dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, le litre de Zoa-Zoa, autrefois accessible pour environ 400 à 450 F CFA, s’échange désormais entre 800 et 1000 F CFA. Un choc brutal pour les conducteurs. Abdouraman, taximan sur la ligne Maroua-Salak, témoigne de cette asphyxie financière : « On ne s’en sort pas vraiment. C’est pour cela que j’ai arrêté de faire la ligne Maroua-Garoua ».
Le constat est identique pour Oumarou Bouba, 27 ans, qui dessert l’axe Maroua-Garoua-Ngaoundéré. Le prix du voyage est passé de 3500 F CFA à 7000 F CFA. Résultat : les clients désertent. « Les clients se plaignent. Ils ne parviennent pas à payer. D’autres refusent carrément de voyager », confie-t-il, voyant ses bénéfices journaliers fondre de moitié. Un impact profond sur les zones rurales et urbaines La hausse ne se limite pas aux voitures de transport. Les conducteurs de moto, piliers de la mobilité dans la région, subissent de plein fouet ce changement de donne : Lignes interurbaines : Entre Maroua et Mora, le trajet est devenu un casse-tête. Yaouba Abba Boukar explique que l’approvisionnement, qui ne vient plus de Banki mais de Mobi, a fait grimper le litre à 850 F CFA. Transport urbain : En ville, les « mototaximen » comme Jean de Dieu Gawara tentent de négocier des hausses dérisoires de 25 ou 50 F CFA, souvent refusées par des clients eux-mêmes étranglés par le coût de la vie. « Quand on demande à un client d’augmenter même 50 F, il nous demande si c’est lui qui a augmenté le carburant », déplore Jean de Dieu. Le tableau comparatif des tarifs Trajet Ancien Prix (FCFA) Nouveau Prix (FCFA) Aéroport Salak – Ville 5 000 7 000 à 10 000 Maroua – Garoua 3 500 – 4 000 7 000 Maroua – Mora (Moto) 1 500 2 000 + Les stations-service : les grandes gagnantes ? Si les transporteurs pleurent, les gérants de stations-service retrouvent le sourire. Avec un litre de Super officiel à 868 F CFA, l’écart avec le Zoa-Zoa est devenu quasi inexistant. Adama Ibrahima, gérant d’une station Tradex à Maroua, observe une hausse de 46 % de ses recettes. Il en profite pour vanter les mérites du circuit formel : « Nous avons le meilleur carburant… Ça n’endommage pas les filtres à essence. C’est ce que nous disons aux transporteurs que nous sensibilisons ». Pourquoi cette hausse soudaine ? Selon les acteurs du secteur, plusieurs facteurs expliquent cette pénurie de carburant bon marché : La crise postélectorale et l’instabilité dans certaines zones frontalières. Le changement des routes d’approvisionnement (déplacement des flux de Banki vers Mobi). La multiplication des postes de contrôle entre le Nigeria et le Cameroun, renchérissant le coût du transport illicite. Si le prix du Zoa-Zoa ne redescend pas rapidement, c’est toute la structure sociale et économique du Grand-Nord qui pourrait être durablement redéfinie, au profit d’une transition forcée vers le secteur formel, mais au prix fort pour le consommateur final.
Par Rayan Sofo | Glob’Media










