Santé Publique : L’Extrême-Nord du Cameroun face à un cocktail épidémique alarmant

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Déjà meurtrie par l’insécurité liée à Boko Haram et une crise alimentaire aggravée par le changement climatique, la région de l’Extrême-Nord doit désormais combattre sur un nouveau front : celui des épidémies. La coqueluche, maladie que l’on croyait appartenir au passé, fait une réapparition fracassante aux côtés de la fièvre jaune et de la rougeole.

Le retour inattendu de la coqueluche C’est un signal d’alarme que les autorités sanitaires n’avaient pas entendu depuis des décennies. Le 26 mars dernier, un premier cas de coqueluche a été officiellement notifié à Kolofata, dans le département du Mayo-Sava. Cette localité frontalière avec le Nigeria est devenue l’épicentre d’une résurgence rapide : en seulement un mois, une centaine de cas ont été dénombrés, touchant majoritairement les enfants de moins de 5 ans. « Ça fait longtemps que je n’ai pas entendu ça. La coqueluche. Tout ça à cause de nos comportements. Soyons responsables », s’est indigné André Marie Noa Bidzogo, sous-préfet de Maroua 3, lors du récent lancement de la campagne contre la poliomyélite.

Une région sous pression : Fièvre jaune et Rougeole La coqueluche n’est malheureusement pas la seule menace. La région subit une poussée simultanée de plusieurs pathologies :

La Fièvre jaune : Des foyers ont été identifiés à Fotokol, Gazawa, Meri et Kolofata.

La Rougeole : Véritable défi logistique, elle s’est propagée dans 20 districts de santé (notamment Kousseri, Mokolo, Mora et les trois arrondissements de Maroua) avec des notifications remontant à l’année 2025.

La riposte s’organise sur le terrain Face à cette urgence, les structures de santé locales adaptent leur stratégie. Au Centre médical d’arrondissement (CMA) de Kodek, la lutte porte ses fruits. Entre novembre 2025 et février 2026, une vingtaine de cas de rougeole y ont été traités.

Le Dr Miviane Keugha Fokong, Chef du CMA de Kodek, explique la méthode :

Vaccination ciblée : Une campagne intensive pour les enfants de 6 à 59 mois menée en février a permis de stopper l’apparition de nouveaux cas de rougeole dans sa zone.

Surveillance intégrée : Les équipes de vaccination contre la polio sont désormais formées pour détecter les cas de rubéole, de paralysies flasques aiguës et de tétanos néonatal. Vigilance accrue sur la toux : « Pour la coqueluche, nous analysons systématiquement les caractéristiques de la toux chez chaque enfant en consultation pour dépister précocement les symptômes coquelucheux », précise le médecin. Un enjeu de santé transfrontalière Le commandement territorial et les experts de la santé pointent du doigt deux facteurs majeurs : la proximité géographique avec le Nigeria, qui favorise les mouvements de populations, et un relâchement dans les comportements préventifs. Alors que la délégation régionale du Programme Élargi de Vaccination (PEV) assure que des mesures à grande échelle sont en cours de déploiement, l’heure est à la mobilisation générale pour éviter que ces épidémies ne s’enracinent durablement dans une région déjà fragilisée par de multiples crises humanitaires.

Par Franck Kamegne | Glob’Media

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