Ce matin, l’esplanade du camp Bertaut à Douala a vibré au rythme de l’Aïd El-Kébir. Devant des milliers de fidèles rassemblés pour la Tabaski, l’Imam Cheikh Ibrahim Moubarak a transcendé le cadre purement religieux pour livrer un message éminemment politique et citoyen. Un appel fort au respect des institutions, à l’heure où le Cameroun fait face à des défis majeurs.
C’est une véritable marée humaine qui a pris d’assaut l’esplanade du camp Bertaut dans l’arrondissement de Douala 2ème. En ce jour de commémoration du sacrifice du patriarche Abraham (Ibrahim), l’atmosphère était certes à la dévotion et à la spiritualité, mais le message venu de la chaire, lui, était résolument ancré dans les réalités du siècle.

Suivi de près par notre équipe déployée sur le terrain, l’événement a pris une résonance toute particulière grâce au sermon mémorable de l’Imam Cheikh Ibrahim Moubarak.
Le croyant face aux défis de la Nation Pour le guide spirituel, la foi ne saurait être un prétexte à l’isolement ou à l’indifférence face à la marche du pays. « Le religieux est avant tout un être humain, un citoyen appelé à se situer face aux questionnements du monde », a martelé l’Imam avec force. Il intervient dans un contexte national particulièrement dense pour le Cameroun, rythmé par : Les chantiers institutionnels : la période post-présidentielle et la réorganisation des chambres parlementaires (Sénat et Assemblée nationale). Le rayonnement international et local : l’accueil des instances de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’inauguration du nouveau siège de la Fecafoot. La cohésion nationale : la célébration récente de la fête de l’Unité.

Autant de jalons qui, selon l’officiant, rappellent à chaque Camerounais sa responsabilité collective.
« Violer les pactes et les règles que le peuple s’est lui-même librement fixés revient à détruire le tissu social. » L’Imam Cheikh Ibrahim Moubarak
De la soumission divine au respect des lois

Faisant un parallèle audacieux et subtil, l’Imam a lié l’obéissance d’Abraham à Dieu et celle de son fils Ismaël au respect que chaque citoyen doit aux institutions républicaines. Il a notamment rappelé que la Constitution n’est pas une contrainte extérieure, mais le fruit de la volonté de la nation elle-même.

Pour Cheikh Ibrahim Moubarak, le respect des règles communes est le seul rempart contre le chaos, à l’image de la brebis substituée à l’enfant dans le récit biblique et coranique : c’est ce qui préserve l’humain. « Si la soumission est respectée, le sacrifice en vaut la leçon », a-t-il conclu. Alors que les fidèles ont rejoint leurs foyers pour partager le traditionnel repas sacrificiel dans la communion et le partage, les mots de l’Imam continuent de résonner dans les rues de Douala. À l’heure où le Cameroun navigue entre défis économiques et exigences de cohésion sociale, cet appel au civisme apparaît plus que jamais comme une boussole nécessaire.
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