L’audience s’est ouverte à 12h09 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. À la barre, le professeur Georges Bell Bitjoka, témoin et expert judiciaire dans cette affaire, est venu présenter les conclusions de son expertise forensique réalisée dans le cadre de l’enquête.
En introduction, l’expert a rappelé le rôle de l’expertise judiciaire. Selon lui, celle-ci intervient généralement à la suite d’une ordonnance demandant d’apporter des éclairages techniques sur des questions précises liées à une procédure judiciaire. Il a précisé figurer sur la liste des experts agréés près les Cours d’appel du Centre et du Littoral, conformément à un arrêté du ministère de la Justice accessible au public. Le professeur Bell Bitjoka a expliqué que l’objectif de l’expertise forensique est d’établir un lien entre la technologie et le comportement humain. Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, l’être humain laisse continuellement des traces à travers les outils numériques qu’il utilise. L’analyse de ces traces permet de reconstituer certaines interactions et d’apporter des éléments utiles à la manifestation de la vérité.

Les premières réquisitions
L’expert a indiqué avoir été saisi dans un premier temps pour analyser les téléphones attribués à deux suspects : Justin Danwe et Maxime Eko Eko. Cinq téléphones lui avaient alors été remis : deux appartenant à Justin Danwe et trois à Maxime Eko Eko. La mission consistait notamment à analyser les données contenues dans ces appareils afin d’identifier les interactions entre les suspects et leur environnement, d’extraire les journaux d’appels, conversations et autres activités enregistrées depuis le 1er juin 2022 jusqu’à la date de rédaction du rapport, de récupérer les données supprimées (messages, images, vidéos) et de formuler toute observation utile à la manifestation de la vérité. Par la suite, plusieurs autres réquisitions ont été adressées à son équipe concernant notamment Jean-Pierre Amougou Belinga, Bruno Bidjang, Nkili Elanga et M. Étoundi Nsoe. Des ordinateurs, disques durs et divers supports numériques ont alors été mis à leur disposition. Une autre réquisition concernait également Diane M., présentée comme secrétaire de M. Amougou Belinga.

La méthodologie d’investigation
L’expert a expliqué que les investigations forensiques s’appuient généralement sur deux espaces d’exploitation. Le premier concerne les interactions numériques transitant par les réseaux, notamment les données hébergées dans le cloud ou détenues par les opérateurs de télécommunications. Le second porte sur les supports matériels eux-mêmes : téléphones, ordinateurs, disques durs et autres équipements utilisés par les personnes concernées.
L’accès à ces différents espaces est rendu possible grâce aux réquisitions judiciaires et au concours de la police judiciaire. Après la collecte des données, les experts procèdent à leur identification, leur analyse et leur corrélation avant la rédaction du rapport final.
Suspension puis projection des éléments numériques
À 12h57, l’audience a été suspendue afin de permettre l’installation d’un vidéoprojecteur destiné à la présentation des éléments numériques. Les débats ont repris à 13h39.
Les conclusions concernant Justin Danwe
Selon l’expert, les investigations ont révélé que Maxime Eko Eko disposait en réalité de dix téléphones et non de trois. Les sept autres appareils n’auraient jamais été retrouvés. En conséquence, seulement une partie limitée de son environnement numérique a pu être analysée.
Concernant Justin Danwe, l’expertise a permis une exploitation jugée complète des appareils mis à disposition.
D’après les données présentées, Justin Danwe aurait commencé à s’intéresser à Martinez Zogo plusieurs semaines avant les faits. Les analyses montrent des recherches et prises de renseignements sur ce dernier ainsi que la constitution d’un réseau de contacts autour de cette démarche. Le 31 décembre 2022, il aurait échangé avec un certain M. Zao au sujet de la fréquence de la radio de Martinez Zogo. Un individu identifié comme Mamadou lui aurait ensuite transmis une fiche technique relative au numéro de téléphone de la victime couvrant une période de trois mois. Le 6 janvier 2023, Justin Danwe aurait demandé à un certain Bonnay de localiser le domicile de Martinez Zogo. Il aurait également contacté Dina Bell Cocom, alors responsable à Mfou, afin d’obtenir davantage d’informations sur la victime et son lieu de résidence. Le 17 janvier 2023 à 9 heures, il aurait pris contact avec Étienne Engwele pour la location d’un véhicule. Le lendemain, des échanges auraient porté sur l’état endommagé du véhicule. Des photographies extraites du téléphone de Justin Danwe ont été projetées à l’audience.
Le groupe WhatsApp « SOA »
L’expert a également présenté une capture d’écran d’un groupe dénommé « SOA »,
Selon les éléments projetés, Justin Danwe aurait été retiré de ce groupe le 18 janvier à 20h14. Deux administrateurs y apparaissaient : Tongue Nana et Lamfu. Plusieurs autres membres, dont certains identifiés sous les noms de Nzock, Ebo’o et Lenoir, figuraient également dans le groupe. Le 22 janvier 2023, Justin Danwe aurait reçu un message d’un membre du groupe affirmant : « Il était asthmatique, c’est peut-être cela qui lui a coûté la vie. J’ai essayé de calmer les autres. » Le 27 janvier 2023, Justin Danwe aurait répondu : « Par rapport à ce que vous connaissez, il n’y a rien et il n’y aura rien tant que vous gardez le silence. » Un autre message évoquait le non-respect de certaines consignes.
La projection de la vidéo
Moment particulièrement marquant de l’audience : la diffusion d’une vidéo présentée comme ayant été réalisée à la demande de Justin Danwe. Projetée en salle d’audience, cette séquence montre Martinez Zogo dans un état de grande détresse. Selon l’expert, la vidéo aurait été retrouvée à partir du compte de M. Vincent Godje. Un enregistrement audio a également été présenté. Il contiendrait une conversation entre Justin Danwe et l’un de ses collaborateurs.

Les analyses concernant les autres accusés
S’agissant de Maxime Eko Eko, l’expert a déclaré que l’exploitation des appareils récupérés n’avait révélé aucun élément pertinent en lien direct avec l’affaire. Il a toutefois précisé que l’analyse demeurait incomplète : 18 % des données ont pu être exploitées, 9 % l’ont été partiellement et 73 % n’ont pu être analysées en raison de l’absence de plusieurs téléphones.
Concernant Jean-Pierre Amougou Belinga, l’expert a affirmé qu’aucun élément directement lié à l’affaire n’avait été découvert dans les appareils examinés. Il a néanmoins indiqué avoir constaté de nombreuses communications entre Amougou Belinga et Justin Danwe. Selon lui, l’ensemble des conversations retrouvées sur les appareils concernés avait été supprimé. Ce n’est qu’à travers l’exploitation du téléphone de sa secrétaire présumée qu’il a été possible d’identifier certains éléments liés à son compte. L’expert a également indiqué avoir reçu un autre téléphone attribué à Amougou Belinga, mais celui-ci était entièrement formaté et donc inexploitable. Quant à Bruno Bidjang, l’analyse de ses équipements n’aurait révélé aucun élément compromettant selon les conclusions présentées à l’audience.
Renvoi de l’affaire
À la demande des conseils des différentes parties, l’audience a finalement été renvoyée au 2 juin pour la poursuite des débats et l’examen contradictoire des conclusions de l’expert.
Par Sébastien OYEBE










