Le mois de juin est la période de l’année où la totalité des 10 régions se retrouve sous l’influence des pluies. Le pays connaissant des variations climatiques majeures du sud au nord, l’intensité et le cycle de ces pluies diffèrent selon les zones géographiques
Le Grand Sud (7 régions) est en pleine saison des pluies et les régions du Littoral et du Sud-Ouest sont les plus arrosées. Les régions forestières du Centre, du Sud et de l’Est traversent la fin de leur première composante humide qui s’étend généralement de mars/avril à fin juin ou début juillet, avant une courte accalmie en août. Les hauts plateaux de l’Ouest et du Nord-Ouest connaissent des pluies marquées associées à des températures plus fraîches dues à l’altitude. Le Grand Nord (3 régions) dispose d’un climat tropical de type soudano-sahélien qui traverse actuellement son unique saison des pluies. Le problème de politique publique qui se pose est que ces pluies sont suivies par de fortes inondations dans nos villes. En 2024, les pluies torrentielles avaient détruit plus de 18 000 maisons et affecté environ 236 000 personnes rien que dans l’Extrême-Nord. Face à cette situation, l’on peut croiser les bras pour attendre le gouvernement, notamment la sécurité civile. Mais, on peut aussi faire preuve d’engagement civique et résoudre une part importante de nos problèmes dans nos quartiers. C’est l’objet de cette présente réflexion.

L’engagement civique en question
On parle d’engagement civique en référence à l’action menée par des citoyens, à titre individuel ou collectif, pour identifier et résoudre des problèmes d’intérêt public autour d’eux. Les objectifs principaux sont d’améliorer la qualité de vie au niveau local, d’influencer les politiques publiques et les décisions des institutions locales ou nationales, et de renforcer le lien social et la solidarité entre les membres d’une société. L’engagement civique consiste à cesser d’être un simple spectateur de sa communauté pour en devenir un acteur responsable et actif. On ne remplace pas le gouvernement ; on passe d’une gestion descendante à une approche participative qui transforme chaque citoyen en acteur de la sécurité et du développement de sa localité. Par exemple, la lutte contre les inondations ne repose pas uniquement sur les grandes infrastructures étatiques ; elle repose aussi sur la mobilisation collective au cœur des quartiers. Lorsque les citoyens ne se voient plus comme de simples victimes potentielles mais, comme des acteurs de leur propre sécurité, l’impact des politiques publiques s’en trouve démultiplié.
La prévention participative
La première action citoyenne consiste pour chaque quartier à faire une cartographie des risques d’inondation sur la base des réalités propres à chaque environnement. Il y aura des risques liés aux facteurs naturels et des risques liés aux facteurs humains. La deuxième action citoyenne consisterait à limiter les risques liés aux facteurs humains. Par exemple, ce sont les citoyens qui créent les ordures qui bouchent les canalisations. Un comité de développement du quartier peut déjà sensibiliser les ménages sur l’abandon des ordures dans les caniveaux et les rivières. Il ne faut pas avoir le sentiment d’impuissance qui est le premier frein à l’engagement. Pour le briser, il faut rendre le risque visible et compréhensible par des actions concrètes. Par exemple, on peut répertorier les informations sur les zones de stagnation des eaux et sur les canalisations obstruées ou digues fragilisées, et les partager en temps réel afin que les citoyens s’approprient la culture du risque et alimentent les systèmes d’alerte précoce. L’investissement dans les solutions fondées sur les moyens disponibles seraient une suite logique. Cela peut déboucher, en fonction des quartiers, sur la création des « brigades de quartier » prêts à intervenir en cas de catastrophe. Cela débouche au moins sur la formalisation de la solidarité de voisinage. Dans chaque action publique de développement, les comités de développement sont un relais efficace entre les populations et l’administration publique. Toutefois, pour que les citoyens s’engagent durablement, les pouvoirs publics doivent œuvrer à les structurer en comités de développement en vue de les responsabiliser et de leur offrir un espace d’expression et de décision participative et de proximité. Mais, si les pouvoirs publics tardent à le faire, alors les différentes communautés nationales devraient prendre leurs responsabilités en main.

Institutionnaliser la participation citoyenne
Les pouvoirs publics (mairies, régions ou gouvernement) n’auront jamais assez d’agents publics pour réagir dans tous les quartiers à la fois. Ils feraient mieux d’institutionnaliser leurs relations avec les comités de développement. En allouant une part du budget municipal ou du budget d’urbanisme et de l’habitat pour financer directement des projets communautaires de gestion des eaux pluviales par exemple, on encouragerait les voisins à se prendre en charge dans leurs quartiers. Mais en attendant, les voisins devraient se prendre en charge pour les interventions de proximité. L’enjeu est d’améliorer leur cadre de vie au niveau local. Le gouvernement ne pourra pas tout faire à la vitesse qui nous convient ; le gouvernement viendra toujours en appui quand nous avons déjà commencé.
C’est au niveau des quartiers que l’on devra se mobiliser pour l’exécution des actions collectives concrètes (chantiers participatifs) de lutte contre les inondations. Cela pourrait concerner le curage des caniveaux, la libération des réseaux d’égouts et de drainage bloqués par des déchets, l’organisation des « investissements humains » et des chantiers de protection (constructions bénévoles des digues de fortune en sacs de sable ou plantation des arbres pour freiner le ruissellement, l’éducation et la formation à la gestion des risques climatiques, etc.).
Nous disons qu’il ne faut pas se résoudre à attendre l’Etat. Le citoyen doit prendre l’initiative de sa sécurité et de son développement. C’est l’engagement civique. Le prétexte des inondations qui s’annoncent dans nos villes me permet de l’illustrer. Disons-nous les vérités : quel que soit le gouvernement qui viendra, il nous faudra mettre la main à la pâte.
Louis-Marie KAKDEU, MPA, PhD & HDR










