Le Nord-Ouest sous le prisme du VIH : entre larmes de prévalence et prouesses thérapeutiques

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Les résultats de l’enquête d’impact CAMPHIA 2024-2025 placent cette région en crise en tête des statistiques de contamination (5,6 %), tout en révélant une efficacité clinique spectaculaire.

Le contraste est saisissant, presque paradoxal. D’un côté, la douleur des chiffres qui grimpent ; de l’autre, la rigueur d’une riposte médicale qui porte ses fruits. Les résultats de la deuxième Enquête d’impact du VIH basée sur la population au Cameroun (CAMPHIA 2024-2025), récemment rendus publics par le ministère de la Santé publique, dressent un portrait à double visage de la région du Nord-Ouest. Avec un taux de prévalence de 5,6 % chez les personnes âgées de 15 ans et plus, cette partie du pays, meurtrie par des années d’insécurité, affiche désormais le triste record du fardeau épidémiologique national.

Villagers from Hhohho wait outside to get their vitals taken before seeing a physician or dentist during the first of a two-day combined medical and dental civil assistance project (MEDCAP and DENCAP) as part of exercise MEDFLAG 09 in Hhohho Village, Swaziland on Aug. 7. Nearly 500 patients were treated during the two-day visit. MEDFLAG is a joint and combined military exercise between the USDF and U.S. Army Africa that supports the U.S. Africa Command (USAFRICOM) commander’s Theater Security Cooperation (TSC) strategy wherein USAFRICOM components send medical capabilities to African countries. (Photo by Air Force Staff Sgt. Lesley Waters)

À l’échelle du pays, la moyenne nationale se stabilise à 3 %, ce qui représente environ 501 000 adultes vivant avec le virus. Mais le Nord-Ouest n’est pas un cas isolé de surchauffe : sept des douze zones d’enquête dépassent cette ligne rouge nationale. C’est le cas de l’Adamaoua, de l’Est, du Sud, du Sud-Ouest, du Littoral (hors Douala) et du Centre (hors Yaoundé). À l’autre extrême du spectre, l’Extrême-Nord respire mieux, fermant la marche avec une prévalence de 1,5 %.

Le miracle de la charge virale indétectable

Pourtant, c’est bien au cœur de ce même Nord-Ouest, là où le quotidien est dicté par les soubresauts de la crise sécuritaire, que la science et la résilience humaine signent leur plus belle victoire. La région enregistre le meilleur score national en matière de suppression de la charge virale : 89,9 % des patients sous traitement antirétroviral (ARV) sont parvenus à rendre le virus presque inoffensif dans leur sang.

Cette prouesse clinique change tout. Pour les patients, c’est la promesse d’une vie quasi normale. Pour la communauté, c’est un bouclier : une charge virale indétectable équivaut à un risque de transmission pratiquement nul. En pleine zone de conflit, le personnel soignant et les réseaux communautaires ont réussi l’exploit de maintenir un suivi thérapeutique d’une efficacité redoutable.

Le talon d’Achille du dépistage

Si le volet médical brille, le Cameroun bute encore sur le premier pas de la riposte. Face aux objectifs mondiaux « 95-95-95 » de l’Onusida, le bilan national est en demi-teinte. Certes, le pays valide les deux dernières étapes avec brio : 96,4 % des personnes diagnostiquées reçoivent leurs ARV (dépassant l’objectif de 95 %) et 95 % de ces dernières ont une charge virale supprimée. Le goulot d’étranglement se situe en amont : seuls 77,1 % des Camerounais vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. Le premier « 95 » reste une forteresse à conquérir. Tant que près d’un quart des personnes infectées s’ignoreront, le virus continuera de circuler silencieusement. Chaque année, le pays enregistre encore environ 21 000 nouvelles infections chez les adultes. Et l’épidémie garde un visage dramatiquement féminin : près de trois nouvelles infections sur quatre surviennent chez les femmes et les adolescentes, confirmant leur extrême vulnérabilité biologique et socio-économique.

L’insécurité, cette autre barrière sanitaire Pour les analystes de la santé publique, l’équation est désormais claire. Il faut d’urgence traquer le virus là où il se cache par des campagnes de dépistage de masse. Une mission herculéenne dans le Nord-Ouest, où l’instabilité sécuritaire continue de transformer l’accès aux soins en parcours du combattant. Routes coupées, structures de santé désertées ou vandalisées, peur des déplacements… L’insécurité demeure le principal allié du VIH. Réalisée entre septembre 2024 et janvier 2025 auprès de plus de 25 000 adultes à travers le triangle national, l’enquête CAMPHIA menée par le Minsanté et l’Institut national de la statistique, avec l’appui financier et technique du Pepfar américain et des CDC tire la sonnette d’alarme. Le Cameroun sait soigner ses malades ; il lui reste maintenant à les trouver.

Franck Régis Kamegne (Glob’Media)

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