Alors que le FMI accentue sa pression sur Yaoundé pour démanteler les aides aux prix à la pompe, la structure des prix de la CSPH pour ce mois de juillet 2026 révèle une réalité implacable : l’État camerounais taxe lourdement le carburant avant de faire mine de le subventionner.
C’est un véritable dialogue de sourds qui se joue au sommet de l’économie camerounaise, mais dont les chiffres officiels viennent enfin de révéler le véritable vainqueur. D’un côté, le Fonds Monétaire International (FMI) qui, depuis ses bureaux de Washington, accentue sa pression sur Yaoundé pour démanteler d’urgence les subventions aux carburants accusées de creuser le déficit budgétaire et d’asphyxier les finances publiques. De l’autre, des consommateurs asphyxiés à qui l’on répète que l’État se « saigne » pour maintenir les prix à la pompe.

Pourtant, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) vient de publier la structure officielle des prix pour le mois de juillet 2026. Signée par le Directeur Général, Okie Johnson Ndoh, cette grille statistique applicable au dépôt de Douala/Bonabéri met involontairement à nu une réalité implacable : avant d’être subventionné, le carburant au Cameroun est d’abord lourdement chargé par l’État. Décryptage d’un paradoxe fiscal où la pompe sert, avant tout, de tiroir-caisse à l’administration.
L’illusion de la perfusion étatique
Le discours officiel est rodé : sans l’effort héroïque du Trésor public, le super et le gasoil seraient hors de portée pour le Camerounais moyen. Mais en épluchant le document signé par Okie Johnson Ndoh, le logiciel de l’illusionnisme étatique s’effondre.

La structure des prix révèle que le coût d’acquisition réel du produit importé (le prix de revient de base) est systématiquement gonflé par une avalanche de prélèvements fiscaux et douaniers avant même que le calcul de la subvention n’entre en jeu. Entre la Taxe Spéciale sur les Produits Pétroliers (TSPP), les droits de douane, la TVA, et les multiples redevances de passage et de stockage, l’État commence par prélever sa part du lion.
Ce que le FMI qualifie de « subvention » n’est en réalité qu’une restitution partielle de ce que l’administration fiscale a préalablement ponctionné sur le litre de carburant. En clair, l’État crée lui-même la cherté du produit par sa fiscalité agressive, pour ensuite se poser en sauveur en injectant des « subventions » visant à rendre le prix final supportable à la pompe.

La pompe comme tiroir-caisse
Pourquoi ce double jeu ? Tout simplement parce que les hydrocarbures restent la source de revenus la plus liquide, la plus sûre et la plus facile à collecter pour le budget de l’État. Chaque kilomètre parcouru par un taxi à Douala ou par un grumier à l’Est alimente directement les caisses publiques à travers une fiscalité invisible mais implacable.

Pour le FMI, la solution est mathématique : il faut couper les subventions pour équilibrer les comptes. Mais pour Yaoundé, la réalité est hautement politique. Supprimer la subvention sans toucher à la structure fiscale équivaudrait à provoquer une explosion sociale immédiate, dans un contexte socio-économique déjà sous haute tension.

En publiant cette grille de juillet 2026, la CSPH a, sans doute malgré elle, levé le voile sur le grand paradoxe camerounais. Le problème du prix de l’essence au Cameroun n’est pas celui d’un État trop généreux qui s’appauvrit pour ses citoyens, mais celui d’un système fiscal gourmand qui refuse de réduire son train de vie. Avant de traquer la subvention de trop, peut-être serait-il temps de traquer la taxe de trop.
P I F















