L’Interprofession Manioc du Cameroun (IPMAC) a tenu sa première assemblée générale constitutive le 24 juillet à Douala. Entre faibles rendements, pertes post-récolte et marché continental en vue avec la Zlecaf, les producteurs, transformateurs et industriels s’unissent pour transformer cette culture de subsistance en une mine d’or créatrice d’emplois et de revenus.

Placée sous le thème « Ensemble, bâtissons une filière manioc forte, compétitive et prospère », cette rencontre a rassemblé semenciers, producteurs, transformateurs, distributeurs, exportateurs, industriels et partenaires autour d’un même objectif : parler désormais d’une seule voix pour développer une filière créatrice de richesses, d’emplois et de revenus.
Régie par la loi n°2021/023 du 16 décembre 2021, l’IPMAC s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics de mieux organiser la filière. Pour la présidente d’honneur, Yvette Banlog, cette structuration est indispensable pour accompagner la politique d’import-substitution. « On ne peut pas aller à l’interprofession avec le niveau de production qui est le nôtre aujourd’hui », appelant à repenser les méthodes de production afin de répondre à une demande sans cesse croissante.

Le constat est préoccupant
En 2024, le Cameroun a produit près de 19 millions de tonnes de manioc, alors que les besoins sont estimés à 50 millions de tonnes. Les rendements plafonnent à 14 à 15 tonnes par hectare, bien en dessous du potentiel attendu. À cela s’ajoutent les pertes post-récolte, la faible transformation industrielle, l’accès limité aux financements, aux intrants de qualité et aux débouchés commerciaux. Autant de contraintes qui freinent le développement d’une filière pourtant stratégique pour l’économie nationale.

Pour relever ces défis, l’IPMAC entend améliorer la productivité, professionnaliser les métiers de la chaîne de valeur, renforcer la transformation locale et mieux organiser la commercialisation. L’interprofession veut également mutualiser les moyens des acteurs, améliorer la qualité des produits et répondre aux exigences des marchés nationaux et internationaux. Les enjeux sont avant tout économiques. Le manioc est aujourd’hui une matière première utilisée dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, l’industrie de l’amidon, l’alimentation animale et la production de bioéthanol.

Pour l’économiste OUD Stéphane, les recherches ont déjà permis d’identifier 63 sous-produits issus du manioc. « C’est une mine d’or que nous devons mettre en valeur ». L’interprofession arrive aujourd’hui pour répondre à cette problématique, avant de lancer un appel fort : « L’Afrique doit devenir le berceau du manioc ». Avec l’ouverture du marché continental grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les perspectives sont désormais plus larges. En structurant la filière, les acteurs espèrent satisfaire la demande nationale, conquérir de nouveaux marchés africains et faire du manioc un levier de diversification de l’économie camerounaise. L’objectif est désormais clair : transformer une culture de subsistance en une véritable industrie capable de créer durablement de la valeur.
Natacha Mbarga (Glob’Media)















