Du sacré à l’oubli : Le cri d’alarme pour la sauvegarde de la culture Yambassa

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Entre rites mystiques, anthroponymes sacrés (Assen, Gondio, Moudio…) et danses rituelles, le peuple Yambassa cultive un héritage fascinant où le visible dialogue avec l’invisible. Mais face à l’urbanisation et la modernité, ce patrimoine immatériel unique est-il en train de s’éteindre ? Le Pr Jean-Marcel Essiéné tire la sonnette d’alarme : « Un peuple qui perd sa culture devient un peuple sans âme. »

Identité Yambassa : les rites gémellaires au cœur d’un patrimoine culturel vivant.

Chez les Yambassa du Mbam, dans le Centre du Cameroun, la naissance des jumeaux ne relève pas du simple événement familial. Elle constitue un fait sacré qui mobilise toute la communauté et révèle une profonde vision du monde fondée sur les liens entre spiritualité, identité et ancestralité. Dans une communication scientifique consacrée aux « anthroponymes gémellaires », les chercheurs montrent que les noms attribués aux jumeaux possèdent une forte valeur symbolique. Des appellations comme Assen, Gondio, Moudio, Ambassa ou Kabadiang traduisent des croyances liées à la protection, à la prospérité, au ciel ou encore à la médiation entre le monde visible et invisible. Le terme Ebassa, qui désigne les jumeaux en langue nugunu, renvoie également aux rites et danses exécutés en leur honneur. Dès l’annonce d’une grossesse gémellaire, plusieurs pratiques rituelles sont observées : arrêt symbolique des travaux champêtres, purification, réclusion de la mère, cérémonies de sortie et danses communautaires accompagnées de tambours et de cloches traditionnelles. Les auteurs rappellent que ces rites rapprochent les Yambassa d’autres peuples africains comme les Punu du Congo ou les Bamiléké de l’Ouest-Cameroun, où les jumeaux sont considérés comme des êtres investis d’une puissance mystique particulière.

Cependant, cette tradition subit aujourd’hui de profondes mutations. La colonisation, le christianisme, l’urbanisation et la médecine moderne ont progressivement réduit la place des rites ancestraux. Dans les grandes villes notamment, certains noms sacrés tendent à disparaître au profit d’appellations plus modernes ou étrangères aux traditions locales.

Pour les spécialistes des sciences du langage et de l’ethnostylistique, préserver ces anthroponymes et les rites qui les accompagnent constitue un enjeu majeur de sauvegarde du patrimoine immatériel africain. Car, comme le rappelle une maxime citée dans l’étude : « Un peuple qui perd sa culture devient un peuple sans âme. »

Par Pr Jean-Marcel Essiéné. Ethnostylisticien

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