Procès Martinez Zogo : La partie civile dénonce la « disparition » de pièces clés du dossier

0
3

L’audience du lundi 3 août devant le Tribunal militaire de Yaoundé a été marquée par de vives tensions. Les avocats de la famille du journaliste assassiné accusent l’accusation d’avoir écarté des vidéos cruciales décrivant la torture subie par la victime et les rendez-vous des suspects.

Le marathon judiciaire autour du meurtre de Martinez Zogo réserve encore de lourdes révélations et des incidents de procédure majeurs. Ce lundi 3 août, le Colonel Jean Pierre Otoulou, ancien commandant de la Légion de gendarmerie du Centre et membre de la Commission d’enquête mixte police-gendarmerie, était une nouvelle fois à la barre en tant que 34ᵉ témoin du Ministère public. Mais c’est lors du contre-interrogatoire mené par la partie civile que les débats ont basculé.

Des vidéos d’une extrême violence aux abonnés absents

Interrogé par les conseils de la famille de l’ancien chef de chaîne d’Amplitude FM, le témoin est revenu sur les détails glaçants des sévices subis par le journaliste. Le Colonel Otoulou a notamment fait référence à une séquence vidéo montrant des membres du commando introduisant une barre d’environ 5 cm dans le rectum de la victime.

Une précision qui a immédiatement fait bondir la partie civile. « Où est cette vidéo ? Pourquoi n’a-t-elle pas été produite ? », S’est insurgé Me Calvin Job. La réaction du président de la collégialité, le Colonel Jacques Misse Njone, a été catégorique, coupant court aux interrogations de l’avocat : « La vidéo qui est dans le dossier a été projetée ici trois fois. Vous ne pouvez pas parler de celle qui n’est pas contenue dans le dossier. »

Une autre pièce d’importance manque à l’appel selon la défense de la famille Zogo : l’enregistrement issu des caméras de surveillance de l’immeuble Ekang, propriété de l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga. Cette vidéo devait documenter une rencontre entre ce dernier et le lieutenant-colonel Justin Danwe. « Il existe une vidéo dans laquelle le lieutenant-colonel Justin Danwe se rend à l’immeuble Ekang. Mais étrangement, cette vidéo est inexploitable », a dénoncé Me Calvin Job à la sortie de l’audience.

Le rôle des commanditaires au cœur des débats

Pour les avocats de la partie civile, l’enjeu de cette cross-examination était également de réaffirmer la chaîne de responsabilité dès les premières heures de l’instruction, ciblant directement Jean Pierre Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Justin Danwe.

« Il était important pour nous de faire ressortir le fait que dès le départ de cette enquête, dès l’audition du DG Eko Eko, le commanditaire était totalement identifié. On savait qui avait engagé cette opération, pourquoi et dans quelles conditions (…). Il n’y a vraiment pas de surprise, mais c’était important que ça ressorte aujourd’hui avec un témoin crucial, co-directeur de l’enquête mixte », a martelé Me Calvin Job, appelant le tribunal à éviter les « distractions ».

Fractures et consignes non respectées au sein du commando

L’audience a enfin levé le voile sur des dissensions internes au sein du groupe d’intervenants. D’après les éléments du rapport d’enquête cités par la partie civile, certains membres, notamment Lenoir Dawa et Sylvain Bakaiwe, auraient désapprouvé l’extrême violence déployée.

Après la découverte de la dépouille du journaliste, une conversation révélatrice aurait eu lieu entre Lenoir et Justin Danwe : « On en avait trop fait. Normalement ça ne dure pas comme ça… ils n’ont pas respecté les consignes. » Au moment où nous mettions sous presse, les débats se poursuivaient au Tribunal militaire de Yaoundé avec l’interrogatoire du témoin par les conseils de Léopold Maxime Eko Eko, ancien patron de la DGRE.

La rédaction

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here