À compter du 1ᵉʳ décembre 2026, les industriels opérant au Cameroun devront intégrer au moins 30 % de plastique recyclé local (R-PET) dans leurs emballages. Présentée le 20 juillet dernier à Douala lors d’un atelier de la Focaco, cette mesure administrative conjointe MINMIDT/MINEPDED suscite autant d’espoirs environnementaux et économiques que d’interrogations sur les capacités réelles du tissu industriel local.

Le compte à rebours est enclenché. Dans un peu plus de quatre mois, le paysage de l’emballage plastique au Cameroun s’apprête à connaître une mutation majeure. Issu d’un arrêté conjoint signé le 8 décembre 2025 par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT) et celui de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), le texte impose un quota minimal de 30 % de PET recyclé (R-PET) d’origine locale pour la fabrication d’emballages alimentaires et non alimentaires.
Réunis le lundi 20 juillet 2026 au quartier Bali à Douala, à l’initiative de la Fondation camerounaise des consommateurs (Focaco), experts, acteurs de la société civile et journalistes ont disséqué les enjeux d’un texte qui vise à transformer une crise écologique majeure en opportunité économique.

Urgence sanitaire et bombe à retardement
Les chiffres avancés lors des échanges font froid dans le dos. Selon l’expert environnementaliste Didier Yimkoua, le pays produit environ 600 tonnes de déchets plastiques par an, une masse qui asphyxie les drains urbains, bouche les cours d’eau et sature les décharges publiques.
Au-delà de l’impact visuel et environnemental, l’expert tire la sonnette d’alarme sur l’impact sanitaire. Utilisé massivement pour le « packaging », le plastique contient plus de 154 substances chimiques toxiques susceptibles de migrer vers les aliments ou les boissons sous l’effet de la chaleur et du soleil. « Les déchets plastiques sont un véritable poison », avertit-il, pointant des risques majeurs pour le système cardiovasculaire et la fertilité. Pour Alphonse Ayissi Abena, président de la Focaco, la mesure ministérielle relève donc d’un impératif de santé publique où « l’État doit prendre toute sa place ».
En chiffre : 600 tonnes de déchets plastiques sont produites chaque année au Cameroun. L’objectif de la réforme est de diviser par deux les émissions de CO2 associées tout en assainissant les agglomérations urbaines.

Le pactole de l’économie circulaire
Du côté des économistes, l’approche est plus offensive. Le Dr Georges Édimo Mongory y voit la fin progressive d’un modèle linéaire dépassé « extraire, transformer, jeter » au profit d’une économie circulaire où le déchet devient ressource.
La Focaco met en avant trois arguments clés : La création d’emplois verts : Une filière locale de collecte et de tri non délocalisable. La préservation des devises : Une réduction significative des importations de granulés plastiques vierges. L’impact climatique : Une baisse estimée à 50 % des émissions de CO2 liées à l’usage de R-PET. Le défi de la mise en œuvre Reste la question de l’application effective du texte sur le terrain. L’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR) et les deux ministères tutélaires auront la lourde charge de contrôler la conformité de la production et des importations. Les entreprises disposent du délai légal de 12 mois accordé en décembre dernier pour mettre leurs chaînes au niveau.
Le Cameroun prend ainsi une longueur d’avance en Afrique subsaharienne, devançant le géant nigérian qui vise 25 % d’incorporation à l’horizon 2028. Mais pour que ce tournant environnemental ne reste pas un vœu pieux sur le papier, la structuration d’une véritable filière industrielle de recyclage au niveau local demeure le véritable nerf de la guerre.
PIF (Glob’Media)









