Incurie publique et spectre de la faim : 4,5 millions de Camerounais abandonnés à l’insécurité alimentaire

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Alors que les discours officiels vantent la résilience économique du pays, un rapport explosif de l’INS et du Minader révèle l’ampleur du désastre : 15 % de la population est menacée de famine aiguë. Plus grave encore, la faim ne frappe plus seulement dans les zones de guerre, mais s’installe désormais au cœur des régions réputées en paix. Plongée dans un scandale d’État sous fond de vie chère et de faillite des politiques agricoles.

Le masque des statistiques officielles vient de se fissurer une fois de plus. Et le visage qu’il dévoile est celui de la détresse nutritionnelle. Selon les données conjointes de l’Institut National de la Statistique (INS) et du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), 4,5 millions de Camerounais risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë au cours de cette année. Cela représente 15 % de la population totale du pays exposée à la précarité alimentaire.

Un chiffre effarant qui vient briser le récit lénifiant d’une autosuffisance alimentaire régulièrement brandi dans les coteries du pouvoir à Yaoundé. Mais au-delà de la froideur des chiffres, c’est la répartition géographique du fléau qui sonne comme un véritable réquisitoire contre la gestion publique.

Une faim qui s’installe en zone de paix

Jusqu’ici, le pouvoir central s’abritait derrière le paravent commode des crises sécuritaires pour justifier les faiblesses de la production vivrière. S’il est vrai que 1,8 million de victimes se trouvent piégées dans les régions meurtries par les conflits armés (Extrême-Nord sous la menace de Boko Haram, Nord-Ouest et Sud-Ouest sous le feu du conflit anglophone), le rapport fait tomber les masques : 2,6 millions de personnes exposées vivent dans des zones parfaitement pacifiées !

Comment expliquer qu’en plein Centre, dans le Littoral ou à l’Ouest, des millions de familles n’arrivent plus à assurer deux repas par jour ? La réponse réside dans l’explosion incontrôlée des prix sur les marchés locaux et l’abandon systématique des petits producteurs agricoles par les pouvoirs publics.

Marchés sous tension et cécité gouvernementale

Au premier trimestre, si les alertes globales semblent montrer une légère décrue (passant de 58 en janvier à 26 en mars), l’indicateur de la volatilité des prix alimentaires est resté au rouge vif avec 7 alertes de risque critique et 57 alertes de risque accentué. Le panier de la ménagère s’est transformé en un véritable casse-tête chinois pour le Camerounais moyen, étranglé par la vie chère.

À cette cherté étouffante s’ajoutent les effets dévastateurs du changement climatique marqués par 31 alertes de sécheresse critique en janvier face auxquels l’État brille par son impréparation. Ni les stocks de sécurité alimentaire, ni les mécanismes de régulation des prix n’ont permis d’endiguer la flambée du gari, du riz, du maïs ou de l’huile de palme.

Quatre ans de dérive continue

Ce drame n’a pourtant rien d’une surprise. Il est la suite logique d’une spirale négative enclenchée depuis plusieurs années. Déjà en 2022, le cadre harmonisé révélait que 23 % de la population était touchée, avec 16 départements formellement identifiés en état de crise (dont le Bui, le Mezam, le Ndian, le Moungo, ou encore le Logone-et-Chari).

À l’époque, le ministre Gabriel Mbairobe égrenait la litanie des causes : exactions armées, mauvaise pluviométrie, ravages des cultures par les éléphants et les oiseaux granivores, conflits interethniques. Quatre ans plus tard, le constat est cinglant : rien ou presque n’a été entrepris pour traiter le mal à la racine.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Cameroun s’enfonce dans une précarité nutritionnelle chronique. Pendant que les budgets de souveraineté s’envolent, la terre camerounaise, pourtant nourricière, ne parvient plus à alimenter ses enfants. Jusqu’à quand le gouvernement continuera-t-il de détourner le regard face à l’urgence de l’assiette ?

Johan Adoumou (Glob’Media)

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