Dérives sociales & Violence mortifère : Le cri d’alarme de Mgr Paul Lontsie-Keune face à la banalisation du mal

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À trois semaines de la rentrée scolaire, l’Évêque de Bafoussam brise le silence dans une déclaration pastorale choc et interpelle la conscience nationale.

Alors que le Cameroun fait face à une recrudescence alarmante de meurtres, de viols, de kidnappings et de justice populaire, Mgr Paul Lontsie-Keune publie une déclaration pastorale au vitriol. Dénonçant une société où la vie humaine semble avoir perdu sa valeur sacrée, le prélat appelle à une prise de conscience collective et à une remobilisation éthique globale avant la rentrée des classes. À trois semaines du coup d’envoi de la rentrée scolaire 2026-2027, l’Évêque de Bafoussam, Mgr Paul Lontsie-Keune, a choisi de rompre le silence. Dans une déclaration pastorale rendue publique le vendredi 14 août dernier, à l’occasion du pèlerinage diocésain pour la paix, le prélat dresse un constat particulièrement sombre de la situation sociale du pays. La violence, sous toutes ses formes, s’est engluée dans le quotidien des Camerounais jusqu’à devenir « banale ». Profondément affecté par l’escalade des dérives mortifères, l’évêque ne mâche pas ses mots. Il pose une question lancinante qui sonne comme un réquisitoire face à l’engourdissement moral ambiant : « Le démon de la violence mortifère se serait-il déchaîné au Cameroun où il aurait trouvé un terrain fertile ? » Une crise du cœur et de la compassion Pour le prélat, l’impasse actuelle est avant tout d’ordre spirituel et anthropologique. C’est une véritable crise du cœur qui ronge la nation. « Si Dieu est essentiellement amour, c’est en aimant que nous ressemblons à Dieu : c’est donc par son cœur que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu ! Qui dit cœur, dit aussi en même temps compassion ! », Souligne-t-il dans son document.

De cette prémisse fondamentale découle un devoir impérieux de fraternité. Or, constate Mgr Lontsie-Keune, la société camerounaise contemporaine s’enfonce dans une indifférence coupable : « Nous devons donc être compatissants les uns vis-à-vis des autres, et un cœur compatissant est véritablement incapable de se plaire dans l’avilissement de la dignité de son frère ou de sa sœur ou d’en tirer un quelconque profit. Hélas ! »

Ce « Hélas ! » retentissant met en lumière le gouffre béant qui sépare désormais les idéaux humanistes ou religieux et la réalité brute du vécu quotidien. Un quotidien émaillé d’agressions sanglantes, de viols sur mineurs, d’assassinats crapuleux et de scènes barbares de justice populaire où des individus sont lynchés ou brûlés vifs sous les yeux passifs ou complices des badauds. « En s’attaquant à la dignité d’un être humain, quel qu’en soit la façon et le degré, on s’attaque directement à Dieu lui-même ! » Mgr Paul Lontsie-Keune

Un diagnostic sociopolitique sans concession Loin de se cantonner à un discours purement moralisateur, l’Évêque de Bafoussam livre une analyse sociologique poussée des origines du mal. Pour lui, la violence mortifère n’est que le symptôme visible d’une décomposition plus profonde des structures de la société. Le diagnostic pointe clairement la crise de gouvernance et le déficit de confiance criant entre les citoyens et les institutions républicaines. Le texte évoque également la pauvreté endémique, le creusement des inégalités socio-économiques, ainsi que le chômage de masse et le désœuvrement d’une jeunesse en perte de repères.

À cela s’ajoutent le poison de la drogue et des stupéfiants qui ravagent les quartiers, la persistance des conflits armés, l’insécurité chronique, mais aussi la banalisation de la violence dans l’espace public et la prolifération de discours haineux sur les réseaux sociaux. « La liste peut se prolonger », admet l’évêque, tout en appelant à un sursaut d’urgence : « Quoi qu’il en soit, chacun doit barrer la route à ce démon ! » L’ancrage scripturaire et la sacralité de la vie Pour étayer son refus absolu de la violence, Mgr Lontsie-Keune fonde son argumentation sur l’Écriture sainte, la doctrine sociale de l’Église, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, ainsi que la Constitution de la République du Cameroun. Rappelant le commandement divin « Tu ne tueras point » (Ex 20, 13), il rappelle que le corps humain est l’image de Dieu gravée de façon inédite. L’évêque convoque le récit biblique de Caïn et Abel (Gn 4, 9-11) pour marteler que nul ne peut se dérober à la responsabilité du sang versé :

« Quand Dieu demande à Caïn « Où est ton frère Abel ? », il répond qu’il ne sait pas et Dieu insiste : « Qu’as-tu fait ? Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! » ». La règle est simple : chaque citoyen a le devoir divin et républicain d’attention et de protection envers son prochain.

Invoquant l’exemple du personnage biblique Tobie, qui s’en allait enterrer dignement les cadavres abandonnés au bord des routes, le prélat s’élève fermement contre la profanation des morts et la diffusion voyeuriste d’images de cadavres sur les réseaux sociaux.

Les condamnations fermes du prélat : NON à la vindicte populaire et au lynchage.

NON aux viols d’enfants et aux violences sexuelles.

NON aux assassinats, féminicides et infanticides.

NON aux arrestations et détentions arbitraires.

NON aux traitements inhumains et dégradants.

Un plan d’action concret pour la rentrée Fidèle à la tradition de l’engagement chrétien dans la cité, Mgr Paul Lontsie-Keune ne s’arrête pas à la dénonciation. Il formule un appel vibrant à l’action concertée de toutes les composantes de la nation :

Aux parents : Réinvestir l’éducation au respect et à la tolérance au sein du foyer.

Aux enseignants : Former le cœur tout autant que l’intelligence des jeunes apprenants.

Aux médias : Cesser la dramatisation de la violence en spectacle voyeuriste.

Aux jeunes : Refuser la drogue, la facilité et le désœuvrement.

Aux autorités : Œuvrer pour une gouvernance plus juste et une meilleure redistribution des opportunités.

Sur le terrain diocésain, les instructions sont d’ores et déjà données. Les commissions Justice et Paix, Jeunesse et Famille du diocèse de Bafoussam vont déployer dès la rentrée scolaire des campagnes intensives de sensibilisation dans les établissements scolaires et les quartiers.

En concluant par une référence à la communion trinitaire, le prélat rappelle cette vérité essentielle empruntée à Benoît XVI : « Chacun est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ». Un impératif moral que le Cameroun ne saurait ignorer sans courir le risque de s’effondrer.

Johan Adoumou (Glob’Media)

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