Plus de 400 millions d’Africains manquent d’eau. 800 millions n’ont pas accès à un assainissement de base. C’est le constat fait à Dakar, ce jeudi, 8 octobre, par Maximilienne Ngo Mbe, directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) à l’ouverture des travaux du comité de pilotage de cet événement qui réunit des organisations de la société civile venues de plaisirs pays africains.
« Quelle Afrique voulons-nous construire si des millions de personnes, en particulier les femmes, les enfants, les personnes déplacées, les populations rurales et les communautés marginalisées continuent de subir les conséquences de l’insécurité hydrique et sanitaire? C’est la question de fond que se pose Maximilienne Ngo Mbe dès l’entame de ce forum des ONG sa Dakar au Sénégal. La directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) indique, d’emblée, qu’en milieu rural, « seule une personne sur quatre dispose d’une eau potable gérée en toute sécurité. Ces pénuries touchent, particulièrement, les enfants, les femmes et les filles, auxquelles la corvée d’eau vole des heures d’école, de travail et de liberté ».
La défenseure des droits humains fait, par la suite, des projections et estime que l’Afrique aurait besoin d’environ 50 milliards de dollars par an pour atteindre la sécurité hydrique et l’assainissement universel d’ici 2030, mais le déficit annuel d’investissement s’élève à 30 milliards de dollars. « Sans ressources, gouvernance et participation, l’ambition restera une proclamation. Sans eau, il n’y a ni agriculture, ni santé, ni industrialisation, ni paix durable. L’agenda 2063 ne se bâtira pas sur la soif », explique M. Ngo Mbe.
Depuis ces dernières années, le continent noir est affecté par les incidences des mutations climatiques. Le changement climatique n’est plus, à l’état actuel, une hypothèse : en 2025, les phénomènes extrêmes ont touché des millions de personnes en Afrique, causant sécheresse, inondations et milliers de morts. À cette crise, se subordonnent les conflits qui transforment l’eau en enjeu, en cible et, parfois, en arme de guerre. « Lorsque les puits, les stations et les réseaux sont détruits, les populations sont déplacées, les tensions s’intensifient et les plus vulnérables, femmes, enfants et communautés marginalisées paient le prix fort. L’insécurité hydrique est donc autant une question de paix, de justice et de droits humains qu’un défi de développement », illustre la directrice exécutive du Redhac.
Eu égard au fait qu’une Afrique prospère, intégrée et pacifique ne peut être construite sur les inégalités, la peur et l’exclusion, l’agenda 2063 invite à la construction d’un continent noir que les défenseurs des droits humains veulent. « Mais, ajoute cette femme leader de la société civile, cette Afrique ne pourra devenir une réalité que si le développement économique avance de pair avec la démocratie, l’État de droit, la justice sociale, la protection des droits humains et la participation citoyenne ».
L’Afrique continue d’être en butte à des conflits et à des guerres enlisant de nombreuses régions dans la violence et l’instabilité. La preuve, les populations civiles en payent un lourd tribut : familles déplacées ; enfants privés de scolarisation ; infrastructures détruites et accès compromis à des services essentiels comme l’eau et l’assainissement. En dehors des pertes matérielles énormes, cette atmosphère crisogène détériore le tissu social et les perspectives d’avenir alors que la montée de la xénophobie et des discours de haine menacent davantage la dignité humaine. L’appel du Redhac à une approche fondée sur les droits humains pour endiguer les vicissitudes du continent africain. Face à ce diagnostic sans complaisance de la situation socio-économique de l’Afrique, le forum des Ong appelle à une approche fondée sur les droits humains, la participation citoyenne et la responsabilité. « Il est impératif, recommande M. Ngo Mbe, que les politiques publiques, notamment celles relatives à l’eau et à l’assainissement soient élaborées avec la participation effective des communautés, en particulier les plus vulnérables. La protection de l’espace civique, la défense des droits humains, la liberté d’expression et d’association doivent rester au cœur de notre engagement collectif, car seule une Afrique garante de la dignité, des droits et de la participation de tous pourra bâtir durablement la société inscrite dans l’agenda 2063 ». À titre informatif, le thème retenu, cette année, par l’Union africaine est: « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour réaliser les objectifs de l’agenda 2063 ». Ce choix transcende la technique tant il est politique, moral et juridique, l’eau étant essentielle à la dignité humaine. Quand les femmes, les enfants et les communautés sont privés d’eau potable ou d’assainissement sûr, il ne s’agit pas d’un simple manque d’infrastructures, mais d’une atteinte aux droits à la vie, à la santé, à la dignité, à un environnement sain, à l’alimentation, à l’éducation, à des conditions de vie décentes et au développement.
Serge Aimé BIKOI (Glob’Media)










