Miroir d’un État en déliquescence
La crise qui secoue aujourd’hui le football camerounais n’est pas un simple différend sportif : elle est le reflet fidèle d’une gouvernance nationale malade, menée par des rivalités de clans, la personnalisation du pouvoir et l’effritement de l’autorité de l’État.

Deux institutions censées œuvrer de concert, la fecafoot et le Minsep se livrent à un affrontement ouvert, chacune campée sur sa volonté de domination, s’appuyant sur ses réseaux au sommet de l’appareil gouvernemental. Samuel Eto’o et le ministre Narcisse Mouelle Kombi, tous deux issus du même système politique, incarnent désormais la dérive d’un football pris en otage par des logiques d’influence et des ego irréconciliables. Pourtant, le cadre juridique existe : un décret précise les rôles respectifs ; tandis qu’une convention impose une collaboration étroite, notamment dans la désignation de l’encadrement technique des lions indomptables. Mais ce texte, censé guider l’action est systématiquement foulé au pied. À son arrivée en 2021, Samuel Eto’o a unilatéralement remodelé le staff technique sans concertation avec le Minsep, avec des résultats décevants au mondial quatari puis à la Can ivoirienne. En réaction, le Minsep a nommé Marc Brys Sans la moindre coordination avec la Fecafoot, déclenchant une nouvelle phase de tensions dont le point culminant restera la cacophonie observée lors des éliminatoires combinées. Résultat : le Cameroun est hors course pour le prochain mondial, conséquence sportive d’un chaos institutionnel assumé.

Aujourd’hui, la crise atteint son paroxysme : la fecafoot organise une élection où Eto’o se présente seul candidat en lice, tandis que le ministre des sports l’interdit pour des raisons d’irrégularités et mobilise son homologue de l’administration territoriale pour bloquer l’assemblée. Pourtant, c’est un sous-préfet, bras local de l’État qui se présente et entérine de facto la tenue des travaux. Où est la cohérence gouvernementale ? Où est la solidarité ministérielle ? Comment un État peut-il laisser deux de ses propres démembrements se neutraliser mutuellement sous les yeux du public ? Que fait le premier ministre, garant hiérarchique de l’action gouvernementale face à ce désordre devenu spectacle national? Le pays se retrouve désormais fracturé entre « pro -Eto’o » et « pro – Mouelle Kombi », comme si le destin du football devait se résumer à un duel de personnes. Pourtant, l’enjeu réel est ailleurs : la restauration de l’autorité de l’État, le respect des textes, la fin de l’improvisation permanente et l’exclusion des ambitions individuelles. Tant que cette gouvernance par conflit demeurera, le football camerounais continuera de refléter l’impasse politique du pays, un miroir impitoyable, mais tristement fidèle.
Stivin Temdemnou, journaliste (Glob’Media)















