Infanticide et féminicides : La vice-présidente du Mrc tance le gouvernement

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Tiriane Noah, la deuxième vive présidente de Kamto, fait remarquer qu’il a aura fallu le viol et le meurtre de Divine Mbarga, 11 ans, dans son propre quartier à Nkoabang, et celui de Nawal Joyce, 3 ans, pour que le gouvernement camerounais daigne, enfin, tenir une conférence de presse interministérielle.

C’était le 1er juin 2026. Sept institutions réunies au Ministère de la Communication : Mincom, Minproff, Minas, Minsante, Minjustice, Dgsn, Sed. Sept institutions. Une seule vérité sur la table. Et cette vérité, elle est insupportable. En moins de quatre ans, le Cameroun a enregistré plus de 200 féminicides documentés : 50 femmes assassinées en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025. Au seul premier trimestre 2026, les organisations de défense des droits des femmes comptent déjà 26 nouvelles victimes. Cela signifie une femme tuée tous les 3,5 jours. Cela signifie que pendant que le gouvernement préparait sa conférence de presse, des femmes mouraient. Ces chiffres, encore, sont des chiffres bas. Le Bureau central des recensements et des études de population (BUCREP) le reconnaît lui-même : le phénomène est insuffisamment documenté, faute de mécanismes de signalement. L’Institut national de la statistique établissait dès 2021 que 45,5 % des femmes camerounaises avaient subi une forme de violence au cours de leur vie. Presque une sur deux. Et nous continuons à parler de faits divers.

L’état des lieux : des chiffres qui accusent

La violence basée sur le genre au Cameroun ne se résume pas aux féminicides. Elle prend trois visages principaux, qui se cumulent et se nourrissent l’un l’autre. Le féminicide : une courbe qui ne s’inverse pas. Les chiffres présentés le 1er juin 2026 par le ministre René Emmanuel Sadi ne laissent aucune place au doute : la tendance est à la hausse. 50 cas en 2023. 67 en 2024. 77 en 2025. 82 au seul semestre 2026. Une femme tuée tous les 4,5 jours en 2024 tous les 3,5 jours en 2025. À ce rythme, 2026 s’annonce comme l’année la plus meurtrière jamais enregistrée. Et ce ne sont là que les cas répertoriés. Selon les experts, quatre féminicides sur dix ne sont pas identifiés comme tels, faute de données, faute d’enquête, faute de volonté.

Le mariage forcé et précoce : un droit confisqué.

Le Cameroun est l’un des pays d’Afrique subsaharienne les plus touchés par le mariage précoce. Selon les données de l’UNICEF, 38 % des filles camerounaises sont mariées avant l’âge de 18 ans. Pire : 13 % le sont avant 15 ans. Dans le Grand Nord, ce taux frôle les 50 %. Une étude de l’ONG Plan Cameroun indique que 43 % des femmes aujourd’hui âgées de 25 à 29 ans ont été mariées avant leur majorité. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’alarmait dès 2017 que plus de 22 % des filles de 15 à 19 ans avaient été victimes de violences sexuelles, notamment dans le cadre de ces unions forcées. Plus de la moitié des filles sans instruction sont mariées de force contre 1 sur 10 pour celles ayant atteint le secondaire. La pauvreté et l’école marchent en sens inverse.

Les mutilations génitales féminines : invisibles mais présentes.

Le taux de prévalence national des mutilations génitales féminines (MGF) est officiellement de 1 % selon le rapport UNICEF 2024 un chiffre moyen qui masque une réalité régionale nettement plus sévère : dans les zones foyers du Grand Nord et du Sud-Ouest, cette prévalence atteint 20 %. Le MINPROFF a mis en place 92 comités locaux de lutte contre les MGF et formé 150 fonctionnaires de police à la prise en charge de ces violences dans les régions concernées. Mais à ce jour, le Cameroun ne dispose d’aucune loi nationale spécifiquement dédiée à l’interdiction de la pratique une lacune que les experts internationaux signalent comme un vide majeur dans notre arsenal législatif.

Ce que le gouvernement a fait et ses limites

Il serait malhonnête de nier que des mesures existent. Elles existent. Il serait plus malhonnête encore de prétendre qu’elles suffisent. Sur le plan normatif et stratégique, le cadre n’est pas vide. Le Cameroun s’est doté d’une Stratégie nationale de lutte contre les VBG (2022–2026). Il dispose d’un Plan d’action national contre les MGF. Il a inscrit dans son Code pénal l’incrimination du mariage d’enfant, punissable de 5 à 10 ans de prison. La ligne d’assistance 116, dédiée aux enfants, est opérationnelle. En novembre 2025, deux premières cohortes d’experts nationaux 21 spécialistes VBG et 13 sages-femmes ont été formées et placées sous l’égide du Minproff et du Minsante, déployables en 48 heures en cas de crise humanitaire. Et en juin 2024, à l’initiative de la coopération française, un premier stage VBG destiné à une trentaine d’officiers et sous-officiers de la Gendarmerie nationale s’est tenu à Yaoundé un premier stage. Le premier. Sur le plan budgétaire, des signaux ont été envoyés. Le MINPROFF dispose d’un budget 2026 de 10,046 milliards FCFA dont seulement 750 millions d’investissement public sur un total de 9,296 milliards de fonctionnement. En parallèle, la loi de finances 2026 a créé un Fonds spécial pour l’autonomisation économique des femmes, doté de 50 milliards FCFA. La budgétisation sensible au genre (BSG) couvre désormais dix administrations pilotes, et la loi de finances 2026 innove en interdisant que les crédits marqués « sensibles au genre » soient détournés vers d’autres dépenses une protection formelle inédite. Sur le plan judiciaire enfin, quelques signaux positifs existent. L’affaire Diane Yangwo, enseignante de 30 ans battue à mort par son mari en novembre 2023, a donné lieu à un premier verdict indigne 5 ans avec sursis, 53 000 FCFA d’amende, prononcé le 1er avril 2025 avant qu’en appel, la Cour d’appel du Littoral ne condamne l’auteur à 20 ans de prison ferme, le 15 octobre 2025. Ce verdict en appel a été salué comme une avancée symbolique. Mais il est resté symbolique. Combien de femmes n’ont pas ce procureur, cet appel, cette Cour ? Car les limites sont structurelles et criantes. Le budget d’investissement du Minproff 750 millions Fcfa représente moins de 0,01 % du budget général de l’État. Le Fonds spécial de 50 milliards est dédié à l’autonomisation économique, pas à la protection physique des victimes. Le projet de loi spécifique contre les VBG, annoncé depuis 2023 et discuté lors d’un atelier de validation à Ebolowa en février 2026, n’a toujours pas été soumis à l’Assemblée nationale. La ligne 116 existe mais sans les services d’accompagnement psychologique, juridique et sécuritaire qui en feraient un outil réel de protection plutôt qu’un simple numéro. Et selon l’analyse situationnelle du MINPROFF d’août 2025, dans les zones de crise du Nord-Ouest et Sud-Ouest, 66 % des survivantes de viol ayant accès aux soins médicaux ne reçoivent pas de prise en charge dans les 72 heures critiques.

Ce que font les autres et ce que nous devrions faire

Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue. Des réponses existent. Elles fonctionnent ailleurs. Il faut regarder et avoir le courage de s’en inspirer.

Le Rwanda : la parité comme bouclier

Avec 61 % de femmes au Parlement, le Rwanda dispose du cadre législatif le plus protecteur du continent pour les femmes et les filles. Ce n’est pas un hasard : une représentation féminine forte produit des lois qui protègent les femmes. Le Rwanda a également criminalisé spécifiquement la violence basée sur le genre et impose aux auteurs des peines minimales incompressibles, sans possibilité de transaction ou de sursis dans les cas graves.

L’Afrique du Sud : un fonds national dédié.

Face à l’une des crises de féminicides les plus documentées du monde plus de 5 500 femmes assassinées par leur partenaire intime en un an, soit près de 10 par jour l’Afrique du Sud a créé le GBVF Response Fund, fonds national de riposte à la violence fondée sur le genre et au féminicide, piloté par le secteur privé, adossé à des réformes législatives profondes sur la violence domestique et les infractions sexuelles. En 2026, des milliers de manifestants continuent d’exiger la déclaration d’un état d’urgence national signe que même ces mesures restent insuffisantes. Mais le fonds, lui, existe.

Le Congo-Brazzaville : la loi la plus avant-gardiste d’Afrique centrale.

La République du Congo a adopté la législation contre les violences faites aux femmes jugée la plus avancée d’Afrique centrale, couvrant explicitement les violences physiques, sexuelles, psychologiques, économiques et numériques, avec des mécanismes de protection d’urgence. Le Cameroun ne dispose pas encore d’un texte équivalent.

Le Maroc : une police formée à l’écoute.

La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) marocaine a fait de la prise en charge des femmes victimes de violence un axe d’intervention prioritaire institutionnel, avec formation systématique des agents de police judiciaire, déploiement de moyens technologiques et protocoles standardisés d’accueil. Le Cameroun, lui, a organisé sa première formation de gendarmes sur les VBG en juin 2024 avec une trentaine de participants, financée par la France.

Le niveau continental : une convention historique, non encore ratifiée

Le 14 février 2025, lors de sa 38e session à Addis-Abeba, l’Union africaine a adopté la Convention sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles (CEVAWG) un cadre juridiquement contraignant, historique. À ce jour, seuls six États membres l’ont signée. Aucun ne l’a encore ratifiée. Le Cameroun n’a pas encore signé. Ce n’est pas un oubli. C’est un choix.

L’engagement de terrain : ce que fait Asfemm

Je ne parle pas des violences faites aux femmes et aux filles depuis un bureau ou depuis une estrade électorale. Je les combat depuis des années, au quotidien, avec les femmes elles-mêmes, dans nos quartiers, dans nos communes. C’est le sens de l’Associatione Femmes Main dans la Main (ASFEMM), que j’anime avec conviction et humilité. Face à des institutions souvent absentes ou débordées, ASFEMM a construit un travail de proximité : accompagner les femmes victimes de violences conjugales dans leurs démarches judiciaires, les orienter vers les structures d’aide, briser l’isolement que les agresseurs entretiennent comme premier outil de domination. Nous avons organisé des sessions de sensibilisation dans les foyers, dans les marchés, dans les associations de quartier. Nous avons formé des femmes à reconnaître les signes avant-coureurs de la violence physique, psychologique, économique et à oser les nommer. Ce travail nous a appris une chose que les statistiques ne disent pas toujours clairement : la violence n’est pas toujours visible. Elle commence par la dépendance économique, par la confiscation du téléphone, par l’interdiction de sortir, par le regard méprisant devant les enfants. Elle se normalise. Et quand elle explose, il est souvent trop tard. C’est pourquoi ASFEMM travaille en amont parce que la prévention est la seule politique qui protège vraiment.

ASFEMM travaille aussi en aval avec les survivantes, pour leur donner une chance de se reconstruire. Pour les enfants, c’est à travers la possibilité de poursuivre leurs études interrompues. Pour les femmes, c’est en leur donnant la possibilité de se lancer dans des activités génératrices de revenus et œuvrer à leur autonomisation progressive. Notre champ école à Nkoteng sert à cela. En attendant de créer des centres d’accueil où ces victimes peuvent d’abord se réfugier avant de bénéficier de divers appuis pour lesquels nous développons actuellement des partenariats. Le chemin est long et ardu, mais nous ne nous décourageons pas. Cette conviction, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) la partage et la structure en vision politique. Le MRC a fait de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes un pilier de son projet de société pas un slogan, un engagement programmatique. Il prône la parité obligatoire dans les institutions élues, l’accès universel des filles à l’éducation, l’autonomisation économique des femmes comme condition de leur sécurité, et une réforme profonde de la justice pour que les auteurs de violences cessent de bénéficier d’une impunité que nos tribunaux organisent parfois eux-mêmes. Le cas Diane Yangwo 5 ans avec sursis en première instance pour coups mortels n’est pas une exception. Le cas des assassins de la petite Divine Mbarga et les autres cas d’agression sur mineures dont les procédures judiciaires traînent pendant plusieurs années ne sont que des révélateurs

Ce que l’assemblée nationale doit faire maintenant

La conférence interministérielle du 1er juin 2026 a dit une chose juste : « ni le gouvernement, ni le pouvoir judiciaire ne sont insensibles à ces drames. » Peut-être. Mais l’insensibilité n’est pas le seul problème. Le problème, c’est l’inaction. Et l’inaction a un visage institutionnel : l’Assemblée nationale. Car c’est là que les lois se font ou ne se font pas. C’est là que les budgets se votent ou s’amputent. C’est là que le peuple doit être représenté y compris les femmes, y compris les filles, y compris celles qui ne votent pas encore alors même et parce qu’elles ont été données en mariage à 15 ans. Dans quelques mois, en espérant que nous ne serons pas à nouveau victimes d’un nouveau dribble de celui qui refuse de fixer le calendrier électoral camerounais dans le marbre, les Camerounaises et les Camerounais voteront. Pas pour renouveler un décor. Pour décider si leur Assemblée sera, enfin, à la hauteur de leurs souffrances.

Ce que nous exigeons du prochain Parlement

Adoption sans délai du projet de loi VBG, en instance depuis 2023 et validé en atelier à Ebolowa en février 2026. Ce texte doit couvrir explicitement les violences physiques, sexuelles, psychologiques, économiques et numériques, avec des peines planchers et une justice spécialisée. Loi spécifique sur l’interdiction des MGF, assortie de sanctions pénales effectives le Cameroun est aujourd’hui l’un des rares pays africains concernés à ne pas disposer d’une telle loi. Ratification immédiate par le Cameroun de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, adoptée à Addis-Abeba le 14 février 2025. Triplement du budget d’investissement du Minproff actuellement à 750 millions FCFA sur un budget total de 10,046 milliards avec fléchage obligatoire vers la protection des victimes, les foyers d’hébergement d’urgence, et la formation des forces de l’ordre. Création d’une commission parlementaire permanente chargée du suivi des VBG, avec pouvoir d’audition des ministres, de contrôle des statistiques judiciaires et de sanction des administrations défaillantes. Obligation de formation VBG pour l’ensemble des officiers de police judiciaire et des magistrats, avec évaluation annuelle des résultats et non une session pilote de 30 personnes tous les cinq ans. Mécanisme de suivi des condamnations : les auteurs de féminicides doivent purger des peines réelles et exemplaires. L’impunité judiciaire est le premier facteur de récidive. Le verdict initial de l’affaire Yangwo 5 ans avec sursis ne doit jamais plus se reproduire.

Nos filles méritent mieux qu’une conférence de presse

Divine Mbarga avait 11 ans. Nawal Joyce en avait 3. Christine Glawdys Mvogo en avait 17, enceinte, décapitée à la machette dans un champ de manioc à Nkolmetet en janvier 2026. Diane Yangwo en avait 30, mère de trois enfants, battue à mort par l’homme qui avait promis de la protéger. Ces cas associés à ceux de Monsieur Marcel Ngameni accusé d’avoir violé sa petite sœur et Monsieur Materne Rameaux Abomo Ngono multivioleur sur 14 élèves à Meyo, ne sont que quelques cas cités, la liste n’étant pas exhaustive… Ce sont des noms. Pas des statistiques. Pas des cas. Des noms. Et derrière chaque nom, une famille dévastée, un avenir confisqué, une société qui a failli. Oui, le gouvernement a tenu sa conférence. Oui, des textes existent. Oui, des fonds ont été créés. Mais en 2023, l’Afrique a enregistré 21 700 féminicides plus que tout autre continent au monde. En 2025, le Cameroun en a compté 77 et depuis le début de l’année 2026 les chiffres parlent de 82 cas. Les courbes ne mentent pas. Les discours peuvent. C’est pour ce Cameroun-là que je me bats. Avec ASFEMM dans les quartiers. Avec le MRC dans les institutions.

Tiriane Noah, 2e Vice-présidente du MRC

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