Accès à la terre : à Bamenda, les acteurs plaident pour mettre fin aux barrières qui freinent les femmes

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Malgré les réformes foncières engagées au Cameroun, les femmes continuent de rencontrer d’importants obstacles pour accéder à la terre et sécuriser leurs droits de propriété. Selon une étude du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) et de LandCam, près de 80 % des terres au Cameroun ne sont pas immatriculées. Il s’agit principalement de terres rurales exploitées par des femmes qui, dans la plupart des cas, ne disposent d’aucun droit de propriété sécurisé.  C’est pour inverser cette tendance que CIVITAS Cameroun a organisé à Bamenda un atelier de deux jours placé sous le thème « Ne laisser aucune femme de côté : garantir l’accès des femmes à la terre et à la justice foncière ». La rencontre a réuni autorités administratives, chefs traditionnels, représentants des ministères, organisations de la société civile, ONG, femmes rurales et femmes leaders autour des enjeux de la gouvernance foncière.  Pour Maître Nsen Abeng, coordinatrice nationale de CIVITAS Cameroun, cet atelier vise avant tout à faire connaître les nouvelles réformes foncières et à renforcer la place des femmes dans la gouvernance des terres.  « Nous avons estimé qu’il était important de réunir des femmes leaders, des organisations de la société civile et, surtout, les autorités traditionnelles afin que chacun s’approprie les nouvelles dispositions relatives à la décentralisation de la délivrance des titres fonciers. Les intérêts des femmes ne doivent pas être oubliés », explique-t-elle. Selon elle, les stéréotypes patriarcaux continuent de limiter les droits des femmes. « L’objectif n’est pas seulement que les femmes utilisent les terres, mais qu’elles puissent obtenir un titre foncier et participer aux instances où sont élaborées les politiques relatives à la gouvernance foncière », souligne la coordinatrice de CIVITAS.  Au-delà de la sensibilisation, l’atelier se veut également un cadre de formation. Les participantes devront ensuite relayer les connaissances acquises dans leurs communautés. « La propriété foncière est un droit humain. Les droits des femmes sont des droits humains. Nous voulons renforcer leurs capacités afin qu’elles puissent défendre leurs droits et contribuer à leur autonomisation économique », ajoute Maître Nsen Abeng.

Le poids des traditions

Pour les organisations de défense des droits des femmes, les barrières culturelles restent l’un des principaux freins à l’accès des femmes à la terre. Siri Cynthia, représentante de Mother of Hope Cameroon, estime que les inégalités trouvent leur origine dans des systèmes sociaux profondément patriarcaux.  « Nous vivons dans des communautés profondément dominées par les hommes. Depuis des décennies, les structures sociales accordent davantage de pouvoir aux hommes tandis que les femmes sont marginalisées et exclues de la propriété foncière », affirme-t-elle.  Elle relève que cette discrimination est devenue, au fil des générations, une norme acceptée par de nombreuses femmes elles-mêmes.  « À travers le mariage, on entend souvent qu’une femme ne peut accéder à la terre qu’à travers son mari. Cette idée s’est transmise de génération en génération et beaucoup de femmes finissent par croire qu’elles n’ont pas le droit de posséder une terre », déplore-t-elle.  À ces obstacles culturels s’ajoutent des difficultés administratives. Selon Siri Cynthia, les procédures d’obtention d’un titre foncier sont longues, coûteuses et souvent peu accessibles aux femmes rurales, qui manquent d’informations, de ressources financières et parfois du niveau d’instruction nécessaire pour accomplir ces démarches.  Elle voit toutefois dans cet atelier une véritable opportunité. « Beaucoup de femmes ne savent même pas où obtenir les bonnes informations. Cette rencontre leur ouvre les yeux, les informe et les met en contact avec des personnes capables de les accompagner. Plusieurs avocats ont déjà proposé leur assistance, ce qui constitue un signal très encourageant », explique-t-elle.  La représentante de Mother of Hope Cameroon souhaite également que les réformes foncières débouchent sur des lois plus protectrices. « Les textes doivent tenir compte des réalités vécues par les femmes et prévoir des dispositions spécifiques pour protéger leurs droits. Les lois ne doivent pas rester de simples textes ; elles doivent transformer la vie des populations », insiste-t-elle.

Les chefs traditionnels appelés à jouer leur rôle

Les autorités traditionnelles, souvent considérées comme des acteurs clés dans la gestion des terres en milieu rural, étaient également représentées à Bamenda.  Sa Majesté, chef supérieur de Bamenda II, a reconnu que les pratiques coutumières ont parfois contribué à exclure les femmes de la propriété foncière.  « Les femmes sont nos mères. Ce sont elles qui cultivent la terre, qui nourrissent les familles et qui assurent une grande partie du travail. Il n’est donc pas normal qu’elles soient défavorisées lorsqu’il est question des droits fonciers », affirme-t-il.  Le chef traditionnel rappelle que les coutumes ne peuvent se substituer aux lois de la République.  « Aucune coutume ne peut être au-dessus de la loi nationale. La loi camerounaise reconnaît les mêmes droits aux hommes et aux femmes. Nous devons l’appliquer », déclare-t-il.  Il appelle également les femmes à se rapprocher davantage des chefferies traditionnelles. « Nous devons sensibiliser les femmes afin qu’elles sachent que les chefs sont là pour les écouter, les accompagner et les aider à faire valoir leurs droits », conclut-il.  À l’issue des travaux, les organisateurs espèrent élaborer une note de plaidoyer destinée à influencer les politiques publiques. L’objectif est de renforcer l’application du principe de non-discrimination et de garantir aux femmes camerounaises un accès équitable à la terre, condition essentielle de leur autonomisation économique et de leur pleine participation au développement du pays.

Frederic Takang

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