Dix ans. C’est le temps qu’endurent déjà les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, piégées dans un conflit armé qui s’éternise.
Alors que le pays s’enfonce dans le statu quo, un souvenir revient hanter les esprits : celui du deuxième Forum de Paris sur la paix, en novembre 2019. Devant un panel international et sous la houlette du modérateur Mo Ibrahim, le président Paul Biya avait formulé un aveu inédit, s’apparentant à un mea culpa historique.

Interrogé sur les racines de la crise, le chef de l’État avait publiquement reconnu l’échec des politiques jacobines de Yaoundé : « Nous avons essayé d’assimiler leur système au système majoritaire francophone, mais on n’y est pas parvenu », avait-il déclaré, évoquant la délicate juxtaposition des héritages coloniaux britanniques et français. Pour calmer la frustration et le sentiment de marginalisation qui ont poussé certains à concevoir l’« Ambazonie » cet État virtuel, Paul Biya brandissait alors la promesse d’un « statut spécial » censé préserver la spécificité anglophone au sein de l’intégrité territoriale.

Le leurre du Grand dialogue et l’amalgame sémantique
Pourtant, sept ans après le Grand dialogue national de 2019, force est de constater que la montagne a accouché d’une souris. La plupart des recommandations dorment dans les tiroirs et le conflit s’est durablement enlisé. Selon International Crisis Group, le bilan humain est lourd : plus de 6 000 morts, 800 000 déplacés internes et des dizaines de milliers de réfugiés au Nigeria. Face à ce drame humanitaire, l’exécutif semble s’enferrer dans le déni.

Lors de sa prestation de serment le jeudi 6 novembre 2025, Paul Biya a persisté dans une rhétorique sécuritaire qui efface les nuances politiques du conflit. En mettant dans le même sac les groupes armés séparatistes du Noso et les terroristes de Boko Haram qui endeuillent l’Extrême-Nord, le chef de l’État opère un amalgame sémantique commode : « Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de l’Extrême-Nord, des groupes terroristes […] ont longtemps semé la mort et la destruction », a-t-il martelé. Si le président salue le « retour progressif à la normale » et menace ceux qui s’obstinent dans la violence, la réalité du terrain économique le contredit : ces trois régions demeurent officiellement décrétées zones économiquement sinistrées.

L’impératif d’un dialogue inclusif
Pour la société civile, les partis d’opposition et les partenaires internationaux, la solution ne sera pas militaire. Des pays alliés comme les États-Unis et le Canada qui avait pourtant proposé d’accueillir des pourparlers de paix continuent d’exhorter Yaoundé à ouvrir un véritable dialogue inclusif. Plusieurs factions séparatistes et des organisations internationales comme la Coalition pour le dialogue et les négociations ont maintes fois manifesté leur disponibilité à s’asseoir à la table des négociations. En vain. En refusant de dialoguer avec les acteurs directs et les donneurs d’ordre du conflit, le pouvoir condamne le Cameroun à l’immobilisme. Tant que la main tendue sera remplacée par le fusil, une solution juste et durable pour le Southern Cameroons restera une lointaine hypothèse.

Franck Régis Kamegne (Glob’Media)









