Face au contre-interrogatoire incisif des avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga, le Colonel Jean-Pierre Otoulou mis en difficulté sur la régularité des actes d’enquête.
L’audience du 4 août 2026 au Tribunal militaire de Yaoundé a marqué un tournant hautement stratégique dans le procès des présumés assassins et complices du journaliste Martinez Zogo. Les avocats du magnat de l’immobilier et des médias, Jean-Pierre Amougou Belinga, ont résolument choisi de porter le fer sur le terrain de la légalité formelle. Confronté à une batterie de questions directes lors de sa cross-examination, le Colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien membre clé de la commission d’enquête mixte, a dû justifier les conditions de l’interpellation et de la garde à vue du patron du groupe L’Anecdote.
Une interpellation « musclée » contestée
C’est un véritable pilonnage méthodique auquel se sont livrés les conseils de l’homme d’affaires. Au cœur des débats : les circonstances et le déploiement sécuritaire impressionnant déployé le 6 février 2023 pour appréhender le PDG de Vision 4. Selon la Défense, pas moins de 24 véhicules pickup et plus de 200 éléments de la gendarmerie nationale auraient été mobilisés pour assiéger son domicile.
Plus grave encore, les avocats d’Amougou Belinga soutiennent que les troupes avaient reçu des instructions particulièrement intrusives : « casser les portes, ramasser tous les appareils électroniques y compris ceux des enfants, et perquisitionner simultanément les domiciles de ses différentes épouses ».

Des accusations fermement balayées par le 34e témoin à charge du ministère public. À la barre, le Colonel Jean-Pierre Otoulou a nié l’existence de telles consignes destructrices, tout en assumant la dimension du dispositif sécuritaire. Pour l’officier supérieur, ce déploiement exceptionnel se justifiait pleinement par « la sensibilité de l’affaire au regard des éléments recueillis durant l’audition de Léopold Maxime Eko Eko ». « Il y a des missions où l’on va appréhender des gens et on perd des hommes. Il y avait beaucoup d’éléments parce qu’il fallait interpeller plusieurs personnes simultanément. » Colonel Jean-Pierre Otoulou, à la barre.
La bataille des horaires et de la convocation
Outre les moyens déployés, l’heure exacte de l’arrestation fait l’objet d’une querelle d’une grande portée juridique. La Défense reproche formellement au Colonel d’avoir ordonné l’arrestation de leur client à 5h50 du matin, soit en dehors des heures légales prévues par le Code de procédure pénale pour les perquisitions et interpellations à domicile. Une version contestée à dix minutes près par le témoin, qui maintient mordicus que l’homme d’affaires a été appréhendé à 6h00 tapantes. À ce flou horodateur s’ajoute l’absence présumée de titre d’amener ou de convocation formelle. Les avocats ont vivement souligné qu’aucun document de convocation préalable ne figure au dossier de procédure, tant pour Jean-Pierre Amougou Belinga que pour Bruno Bidjang, autre accusé vedette du dossier. « Je l’ai interpellé avec une convocation », a néanmoins réaffirmé le Colonel avec assurance.
Garde à vue : la légalité mise en cause Après l’interpellation, c’est le régime de la garde à vue qui a subi le feu des critiques des avocats de la Défense. Premier accroc relevé : le procès-verbal de garde à vue indique une signature fixée à 00h45 le 6 février, soit plusieurs heures avant l’interpellation effective survenue à 6h00 le même jour.

Face à cette incohérence temporelle flagrante, le témoin s’est dédouané en expliquant qu’à ce stade précis, la procédure était désormais sous la direction directe du Commissaire du gouvernement, le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga.
Le second choc de la journée a porté sur le renouvellement de la garde à vue. Entre le 6 et le 22 février 2023 (date du mandat de dépôt à Kondengui), l’accusé n’aurait reçu au total que trois notifications de prolongation. Pour le collège d’avocats de la défense, la sanction juridique est sans appel : « Les actes établis après l’expiration des délais légaux d’enquête ne sont pas réguliers du point de vue de la loi et entachent de nullité toute la suite de la procédure. »
L’esquive répétée du témoin Poussé dans ses derniers retranchements par une argumentation juridique très serrée sur la forme, le Colonel Jean-Pierre Otoulou a choisi une posture de repli systématique. À de multiples reprises au cours de l’après-midi, face aux failles procédurales pointées du doigt, l’officier de gendarmerie a asséné une formule devenue sa ligne de défense d’audience : « Je n’ai pas d’éléments à apporter à cette question. »
Il convient de rappeler que ces vices de procédure constituent le cœur des exceptions de nullité soulevées il y a plusieurs mois par la défense devant le Tribunal militaire. Bien que rejetées en première instance par la juridiction militaire, ces exceptions font toujours l’objet d’un appel pendant devant la Cour d’appel du Centre. En s’accrochant ainsi aux vices de forme, la défense entend bien démontrer que le bâtiment de l’accusation repose sur des fondations juridiques fêlées. Les débats se poursuivent ce jour.
La rédaction









