Du cadre juridique à l’action : faire de la sécurité sanitaire des aliments une réalité pour tous

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Bien que le Cameroun dispose de la loi-cadre n° 2018/020 pour protéger les consommateurs, la faiblesse de son application et le manque de coordination freinent encore la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Garantir une alimentation suffisante ne suffit plus : les aliments doivent également être sûrs, nutritifs et accessibles. Pour transformer les engagements en solutions concrètes, une mobilisation collective « de la ferme à la table » et des politiques strictes fondées sur la science s’imposent d’urgence.

 « La sécurité alimentaire doit être abordée pour parvenir à la nutrition et à la sécurité alimentaire au Cameroun ». La sécurité alimentaire est fondamentale pour parvenir à la nutrition et à la sécurité alimentaire au Cameroun. Si les aliments ne sont pas sûrs, ils ne peuvent pas véritablement contribuer à la sécurité alimentaire. Garantir que les gens ont accès à une alimentation suffisante, diversifiée, nutritive et sûre nécessite une action collective de la part du gouvernement du Cameroun, du secteur privé, des agriculteurs, du monde universitaire, des organisations de la société civile et des individus. Nous avons tous la responsabilité de lutter contre les inégalités et la pauvreté, de promouvoir des choix alimentaires sains, d’augmenter la disponibilité d’aliments sûrs et nutritifs, de réduire le gaspillage alimentaire et de protéger notre environnement. Ces efforts doivent aller de pair, car la sécurité alimentaire ne consiste pas simplement à avoir suffisamment de nourriture ; il s’agit également de garantir que les aliments disponibles sont sûrs, nutritifs et propres à la consommation. La récente célébration de la Journée mondiale de la sécurité alimentaire, sous le thème « Du fardeau aux solutions : des aliments sûrs partout » a fourni une occasion inestimable de rassembler les gouvernements, les entreprises, les agriculteurs, les scientifiques, la société civile et les communautés locales pour promouvoir des solutions pratiques aux défis de la sécurité alimentaire. Il a également souligné l’importance de l’éducation sur la nutrition, les pratiques agricoles durables et la manipulation responsable des aliments. L’insécurité alimentaire et nutritionnelle reste un défi de longue date en Afrique et continue d’entraver le développement durable. Le Cameroun dispose d’un cadre juridique solide, mais sa mise en œuvre reste un défi. Le Pays a franchi une étape importante en adoptant la Loi-cadre relative à la sécurité alimentaire, Loi n° 2018/020 du 11 décembre 2018, qui vise à protéger les consommateurs, à assurer la sécurité alimentaire, à prévenir et contrôler les maladies d’origine alimentaire. La loi constitue une base importante pour la protection de la santé publique. Cependant, avoir une bonne loi n’est qu’un début. Le véritable défi est la mise en œuvre.

La faiblesse des systèmes réglementaires, les capacités d’application limitées, le suivi inadéquat et la coordination insuffisante entre les parties prenantes continuent de saper les efforts en matière de sécurité sanitaire des aliments. La sécurité alimentaire ne peut pas rester un slogan ou une question qui retient l’attention uniquement lors des campagnes et des événements commémoratifs. Cela doit se traduire par des politiques claires, des réglementations efficaces, des ressources adéquates et une application cohérente. Le temps est venu pour le Cameroun d’aller au-delà des campagnes de sensibilisation et d’adopter des politiques plus fortes, fondées sur la science, soutenues par une réglementation et une application efficaces. Les décideurs politiques doivent examiner d’un œil critique ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi, puis apporter les changements nécessaires. Il est urgent de passer de la prise de conscience à des solutions concrètes. La science, les preuves et les données fiables devraient guider les politiques de sécurité alimentaire et les pratiques quotidiennes, de la production et de la transformation au transport, en passant par la commercialisation, la préparation et la consommation. La sécurité alimentaire est une responsabilité collective. Cela nécessite un effort coordonné de la ferme à la table. Plus important encore, la sécurité alimentaire est un droit et non un privilège. L’amélioration de la sécurité alimentaire ne protégera pas seulement la santé publique ; il contribuera également au développement économique et social du Cameroun en réduisant les maladies d’origine alimentaire, en protégeant les moyens de subsistance, en renforçant la confiance des consommateurs et en améliorant la productivité de la population. La sécurité alimentaire ne se limite pas à avoir suffisamment de nourriture. Selon le Rapport 2025 sur l’aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Afrique, l’Afrique est en retard pour atteindre l’objectif de développement durable 2 – Faim zéro – d’ici 2030. En 2024, l’Afrique comptait environ 307 millions de personnes affamées, ce qui représente plus de 45 pour cent du total mondial. Depuis la pandémie de COVID-19, 73 millions de personnes supplémentaires en Afrique sont confrontées à la faim. Au-delà de la faim, plus de 59 pour cent de la population africaine était confrontée à une insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024, ce qui équivaut à environ 893 millions de personnes. Ces chiffres devraient concerner tous les décideurs politiques, praticiens du développement et citoyens. La sécurité alimentaire est traditionnellement comprise à travers trois dimensions interconnectées : la disponibilité alimentaire, l’accès à la nourriture et l’utilisation ou l’adéquation de la nourriture. Disponibilité alimentaire ; La disponibilité alimentaire concerne l’approvisionnement en nourriture. Il doit y avoir une nourriture suffisante en termes de quantité et de qualité, avec une diversité adéquate pour répondre aux besoins nutritionnels de la population. Cependant, produire ou disposer de suffisamment de nourriture ne signifie pas automatiquement que les gens sont en sécurité alimentaire.

Accès à la nourriture ; L’accès à la nourriture concerne la question de savoir si les individus et les ménages peuvent obtenir la nourriture dont ils ont besoin. Les conditions économiques, les revenus des ménages, les infrastructures physiques, les systèmes de marché et les préférences des consommateurs influencent tous l’accès. Par conséquent, la disponibilité alimentaire à elle seule ne garantit pas la sécurité alimentaire. La nourriture doit être physiquement et économiquement accessible aux ménages et aux individus, et elle doit être adéquate non seulement en quantité mais aussi en qualité. Utilisation des aliments et adéquation nutritionnelle ; La sécurité alimentaire doit en fin de compte garantir que les populations ont un accès fiable à un approvisionnement adéquat, constant et fiable en énergie et en nutriments grâce à des aliments abordables, sûrs et socialement et culturellement acceptables.

Le but ultime de la sécurité alimentaire est une vie active et saine pour chaque individu. Pour que cela se produise, les nutriments contenus dans les aliments doivent être utilisés de manière sûre et efficace par l’organisme pour soutenir la croissance, maintenir la santé, renforcer la résistance aux maladies et favoriser la guérison après une maladie, une grossesse, une lactation ou un travail physique. C’est là qu’apparaît l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés les ménages pauvres. La pauvreté et l’insécurité alimentaire sont étroitement liées. L’insécurité alimentaire peut potentiellement influencer ce que les gens mangent et, en fin de compte, la santé et l’état nutritionnel des ménages. Les ménages pauvres peuvent être contraints de donner la priorité aux aliments disponibles les moins chers plutôt qu’aux options les plus sûres ou les plus nutritives. Dans certains cas, les familles peuvent réduire la quantité ou la diversité des aliments qu’elles consomment. D’autres peuvent dépendre de sources alimentaires dangereuses parce qu’ils n’ont pas les moyens économiques de faire de meilleurs choix. Cela montre pourquoi la sécurité sanitaire des aliments, la nutrition et la sécurité alimentaire ne peuvent être abordées séparément. Alors, comment le Cameroun peut-il parvenir à la sécurité alimentaire ? La réponse réside dans l’amélioration de la disponibilité alimentaire, de l’accès à la nourriture, de l’adéquation alimentaire et de la sécurité alimentaire pour tous. L’insécurité alimentaire au Cameroun étant étroitement associée à la pauvreté, lutter contre la faim nécessite plus que simplement augmenter la production alimentaire. Le Cameroun doit également réduire la pauvreté, créer des opportunités d’emploi décent, renforcer les revenus des ménages et créer de la richesse pour les populations vulnérables. Dans le même temps, les agriculteurs doivent avoir accès à des technologies, des financements, des connaissances, des marchés et des infrastructures appropriés. Les transformateurs et les commerçants de produits alimentaires ont besoin de soutien et d’une réglementation efficace pour respecter les normes de sécurité alimentaire. Les consommateurs ont besoin d’informations fiables pour faire des choix sûrs et sains. Les institutions de réglementation ont besoin de ressources et de capacités pour surveiller et faire respecter les normes. Une responsabilité collective de la ferme à la table. Atteindre la nutrition et la sécurité alimentaire au Cameroun nécessite une véritable collaboration entre de multiples parties prenantes. Le gouvernement doit fournir des politiques, une réglementation, des investissements et une application efficaces. Le secteur privé doit assumer la responsabilité de produire et de fournir des aliments sûrs. Les agriculteurs doivent adopter de bonnes pratiques agricoles. Les transformateurs et les manutentionnaires d’aliments doivent maintenir des normes d’hygiène et de sécurité appropriées. Les universités et les institutions de recherche doivent générer des preuves et des solutions innovantes. La société civile doit continuer à demander des comptes aux institutions et à éduquer les communautés. Les consommateurs ont également un rôle à jouer dans la manipulation, la préparation et les décisions d’achat des aliments. Ces acteurs doivent avant tout œuvrer dans un objectif commun : mettre la santé, la dignité et le bien-être de la population au centre des systèmes alimentaires. Le Cameroun ne peut pas parvenir à une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable tant que la sécurité alimentaire reste une réflexion secondaire. Le pays dispose d’un cadre juridique. Ce qu’il faut maintenant, c’est une mise en œuvre plus forte, une meilleure coordination, des investissements adéquats, une élaboration de politiques fondées sur des données probantes et une application efficace. La transition de la prise de conscience à l’action doit commencer dès maintenant. Une alimentation saine partout dans le monde ne devrait pas être une aspiration. Cela devrait être la norme. Pour que le Cameroun parvienne à une véritable sécurité alimentaire et nutritionnelle, chaque personne doit avoir accès non seulement à suffisamment de nourriture, mais aussi à une nourriture disponible, accessible, nutritive, abordable et sûre. La sécurité alimentaire n’est pas un privilège. C’est un droit – et une responsabilité partagée.

Tandong Calistus Jong Chargé de campagne pour la sécurité alimentaire

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