Reprise congelée à la Sosucam : 8 000 emplois suspendus aux décisions de Yaoundé

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Face à l’impasse sociale, économique et industrielle nées de la suspension du processus de reprise de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam), le gouvernement a choisi la méthode forte. Une délégation gouvernementale de haut niveau a pris d’assaut le bassin sucrier de la Haute-Sanaga ce début de semaine. Entre inquiétudes des ouvriers, colère des planteurs villageois et menaces sur le marché national, plongée dans les coulisses d’une mission de sauvetage à haut risque.

Le calme qui règne cette semaine au-dessus des cheminées des usines de Mbandjock et de Nkoteng est trompeur. Depuis l’annonce brutale du gel du processus de cession des actifs de la Sosucam, filiale du géant français Somdiaa (lui-même contrôlé par le groupe Castel), un sentiment d’incertitude pesante s’est emparé de la région de la Haute-Sanaga. Pour stopper l’effervescence sociale et évaluer l’impact de cette paralysie industrielle, le président de la République a instruit la descente d’urgence d’un comité interministériel sur le terrain. Conduite par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, aux côtés de ses homologues de l’Industrie, des Mines et du Développement technologique, du Commerce, ainsi que de l’Agriculture et du Développement rural, cette mission ministérielle avait pour objectif d’écouter, de rassurer, mais surtout de dresser un état des lieux sans complaisance d’un outil de production au bord du naufrage. Arrivée sur les lieux à la première heure sous un dispositif sécuritaire renforcé, la délégation a entamé une tournée marathon : visite des plantations industrielles, inspection des chaînes de broyage, réunions à huis clos avec le top management, et enfin, concertations très attendues avec les délégués du personnel et les chefs traditionnels locaux.

Une équation économique aux multiples inconnus

Au cœur du problème se trouve le blocage des négociations visant à transférer le contrôle de la Sosucam à de nouveaux investisseurs privés ou à un consortium intégrant des capitaux nationaux. Le gel des discussions laisse l’entreprise dans un flou managérial et financier périlleux. Sans nouvel actionnaire stratégique pour injecter la fraîcheur financière nécessaire à la modernisation des équipements et à l’extension des surfaces cultivables, l’entreprise peine à maintenir son rythme d’antan. Lors de la table ronde organisée à la maison du parti de Nkoteng, les représentants du ministère du Commerce n’ont pas caché leur préoccupation. La Sosucam produit en moyenne plus de 100 000 tonnes de sucre par an, représentant le pôle majeur du marché national. Un ralentissement ou un arrêt prolongé des activités du fleuron sucrier ouvrirait grand la porte aux spéculations de marché et contraindrait l’État à recourir massivement aux importations pour éviter la pénurie sur la table des ménages et dans les industries agroalimentaires. « Le sucre est un produit de première nécessité et un secteur stratégique pour notre souveraineté alimentaire. L’État ne laissera pas la Sosucam s’effondrer sous le poids des désaccords financiers entre actionnaires ou repreneurs potentiels », a fermement martelé le chef de la délégation gouvernementale devant une salle comble.

La détresse des travailleurs et des planteurs partenaires

Sur le terrain, la tension est palpable. Dans les rangs des 8 000 employés (permanents, saisonniers et temporaires) que compte la Sosucam au plus fort de la campagne, la peur du dégraissement et du non-paiement des salaires alimente toutes les conversations. « Nous vivons au jour le jour depuis cette décision de suspension. Si l’usine s’arrête, c’est toute la Haute-Sanaga qui meurt. Nos enfants ne pourront plus aller à l’école, nos foyers seront plongés dans la misère », confie un délégué du personnel, la voix étranglée par l’émotion. Outre le personnel direct, les planteurs villageois et les sous-traitants locaux paient déjà le prix fort de cette crise. Des dizaines d’hectares de canne à sucre risquent d’être perdus si le calendrier de coupe et de broyage subit des perturbations prolongées. Les leaders syndicaux ont remis aux ministres un mémorandum exigeant des garanties écrites quant au maintien des emplois et à la préservation des acquis sociaux, quelle que soit la suite réservée au schéma de cession.

Les exigences d’une sortie de crise par le haut

Pour les observateurs économiques et les acteurs régionaux, la visite de ce comité interministériel ne doit pas se limiter à un simple exercice d’apaisement politique ou de communication d’urgence. Des arbitrages structurels sont désormais attendus au plus haut niveau de l’État à travers la clarification du calendrier de reprise, la fixationdes conditions claires et transparentes pour débloquer les négociations d’actionnariat ou envisager une prise de participation temporaire de l’État, la protection du tissu social. Il est question d’assurerla préservation intégrale des droits et des emplois de la main-d’œuvre locale dans les conventions de cession, de mettre en place un plan de sauvegarde pour garantir le ravitaillement régulier des marchés en sucre homologué et juguler la contrebande aux frontières d’exiger du futur repreneur, des investissements directs dans les usines de Nkoteng et Mbandjock pour accroître le rendement à l’hectare.

L’heure des arbitrages au sommet

Le comité interministériel a bouclé sa mission de terrain tard dans la soirée par une séance de synthèse à huis clos avec les autorités administratives locales. Le rapport confidentiel rédigé à l’issue de cette tournée sera transmis directement à la présidence de la République. Alors que les usines tournent à ralenti et que les populations retiennent leur souffle, Yaoundé se retrouve au pied du mur. Le gel de la cession ne saurait durer éternellement sans condamner un géant industriel de plus de cinquante ans. Le quotidien La Nouvelle Expression suivra de près les décisions qui émaneront du Palais de l’Unité dans les prochains jours. L’avenir économique de toute une région et l’équilibre du marché sucrier national en dépendent.

P I F

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