Affaire Martinez Zogo : Le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga muté à Maroua en plein procès

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Le départ du Commissaire du gouvernement survient alors qu’il menait l’accusation dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Une mutation sous fond de vives tensions et de controverses de procédure.

Le coup de théâtre est tombé ce lundi 31 août 2026, au journal parlé de 17 heures du Poste national de la CRTV. Par décret du président de la République, le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga a été affecté au tribunal militaire de Maroua. Il y occupera désormais les fonctions de Vice-Président, cumulativement avec celles de juge d’instruction. Une mutation aux allures d’éviction pour celui qui, jusqu’à ce décret, incarnait la voix de l’État et menait l’accusation dans le procès retentissant de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Le magistrat militaire est remplacé à Yaoundé par le Lieutenant-Colonel André Atemengue Omgba, précédemment Commissaire du gouvernement près le tribunal militaire d’Ebolowa un poste qu’il avait déjà occupé au tribunal militaire de Buea.

Une éviction en pleine audience

L’annonce de ce départ est survenue alors même que se poursuivait lundi la cross-examination du Colonel Jean-Pierre Otoulou, témoin clé de l’accusation. En poste au tribunal militaire de Yaoundé depuis 2020, le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga aura été la cheville ouvrière de cette procédure d’envergure, ayant d’abord présidé la commission mixte d’enquête police-gendarmerie avant de prendre en main le réquisitoire final.

Ce dessaisissement brutal intervient dans un climat d’intense friction judiciaire. Ces dernières semaines, la stratégie de conduite de l’accusation par Cerlin Belinga avait suscité de vives incompréhensions, y compris au sein des parties au procès.

Incohérences et volte-face du ministère public

Les observateurs gardent en mémoire l’examination-in-chief de l’expert Georges Bell Bitjoka. Contre toute attente, le Commissaire du gouvernement avait lourdement insisté sur les échanges de messages entre le Lieutenant-Colonel Justin Danwe et l’ancien Directeur général des impôts, Modeste Mopa Fatoing, des éléments qui avaient dérouté l’auditoire dans la mesure où l’ex-DGI ne figure nullement parmi les accusés dans ce dossier.

La tension est montée d’un cran lors de l’audition du Colonel Jean-Pierre Otoulou. Les questions posées par Cerlin Belinga semblaient manifestement destinées à mettre en difficulté son propre témoin. Face aux attaques de la défense ciblant des vices de forme dans la procédure, le Colonel Otoulou s’était rejeté la responsabilité sur le Commissaire du gouvernement lui-même, rappelant que ce dernier dirigeait la commission d’enquête préliminaire.

La fin d’une ère à Yaoundé

Avec ce départ précipité vers l’Extrême-Nord, le tribunal militaire de Yaoundé tourne une page importante. Ces dernières années, le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga s’était imposé comme la figure centrale des grands dossiers judiciaires de la capitale. Sa mutation à Maroua, bien que qualifiée officiellement de redéploiement de service, laisse flotter un parfum indiscutable de désaveu au sommet de la justice militaire.

PIF

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