L’ambiance politique camerounaise s’alourdit d’un nouveau pavé dans la mare. Dans une missive au vitriol datée du 21 septembre 2026, rédigée depuis la Prison Centrale de Yaoundé (PCY), Olivier Bibou Nissack sort de son mutisme carcéral pour adresser une « lettre ouverte » à l’honorable Cabral Libii, député et président du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN).
L’ancien porte-parole de Maurice Kamto (MRC), incarcéré depuis septembre 2020, réagit violemment à une récente intervention médiatique de l’élu de la Nation sur la chaîne « JAD ». Dans cette sortie, Cabral Libii affirmait notamment avoir remis en 2018 l’intégralité des procès-verbaux (PV) de l’élection présidentielle à Bibou Nissack lors d’une entrevue à huis clos.
Souvenirs d’amitié et fraternité trahie Avant de démonter point par point les déclarations du député, le détenu politique prend soin de rappeler la genèse d’une amitié longue de plus de quinze ans. Des plateaux de Sky One Radio aux locaux du journal La Cité, en passant par les luttes communes contre les dérives administratives et les affaires de harcèlement sexuel à l’École Normale Supérieure de Yaoundé, la lettre égrène les souvenirs d’une « fratrie médiatique » autrefois soudée.
Bibou Nissack va jusqu’à révéler des anecdotes intimes, rappelant son soutien actif lors du mariage religieux de Cabral Libii ou encore une urgence médicale familiale où il s’était précipité pour un don de sang. Une manière de poser le cadre d’une « dette morale » et d’accuser avec d’autant plus d’amertume ce qu’il qualifie d’« estocade » et de « trahison ».
L’affaire des Procès-Verbaux de 2018 : « Un mensonge grossier » Sur le fond, l’auteur conteste radicalement la version de Cabral Libii concernant leur unique tête-à-tête au lendemain de la présidentielle de 2018 au quartier Nkolndongo. Dépeignant son interlocuteur dans une posture « d’ébriété supputée », Bibou Nissack affirme être « entré bras ballants et ressorti bras ballants ».
Selon le cadre du MRC, la rencontre n’avait pour but que d’explorer les voies d’une alliance post-électorale dans le cadre du Plan National de Résistance Pacifique. Il rejette catégoriquement la thèse de la remise de plus de 11 000 ou 13 000 PV, soulignant l’impossibilité matérielle d’un tel transfert à lui seul, sans logistique lourde, tout en rappelant que la stratégie du MRC visait un recomptage des bulletins et non une bataille de PV. Il accuse également le député d’avoir « posé un lapin » lors d’un rendez-vous de suivi à Elig-Essono, puis de l’avoir complètement ignoré jusqu’à son arrestation en 2020.
Le cap de 2025 et le procès en « fausse opposition » Poussant la critique sur le terrain stratégique, l’auteur remet en question l’attitude de Cabral Libii lors de l’échéance présidentielle de 2025. Il l’accuse d’inventer une polémique rétrospective sur 2018 pour masquer son propre refus de publier les PV du PCRN en 2025 et son rejet systématique des coalitions d’opposition.
« Tu étais anti-alliance de l’opposition en 2018, et tu l’es demeuré en 2025 », tranche Bibou Nissack, comparant le positionnement du leader du PCRN à celui d’autres coalitions menées à l’époque par Maurice Kamto ou Issa Tchiroma Bakary.
L’extrait s’achève sur une note particulièrement sombre où le reclus de Kondengui reproche à son ancien compagnon d’armes de ne pas s’être manifesté lors du décès de sa mère ni d’avoir apporté un soutien moral à son épouse, illustrant ce qu’il qualifie d’effondrement éthique d’une figure publique. Pour l’heure, la réaction du camp de Cabral Libii et de la direction du PCRN à ce pamphlet dévastateur reste très attendue.
P I F










