Le discours que le Cameroun a refusé d’entendre : Quand Daniel Kémajou annonçait l’abîme

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Prenant conscience à ce moment des intentions d’AHIDJO, de la probabilité du glissement vers le despotisme, et pour éviter que l’Etat naissant ne tombe dans la tyrannie, le Président de l’ALCAM prononce le 29 octobre 1959, soit quelques mois avant le 1er janvier 1960, une MOTION DE CENSURE contre le Projet de Loi du Gouvernement AHIDJO sur l’octroi des pleins pouvoirs. La sortie du chef supérieur Bazou est plus actuelle que jamais

Extrait du discours du 29 octobre 1959 du Président de l’ALCAM

«Le projet gouvernemental sur les pleins pouvoirs soulève de notre part plusieurs observations. Les pleins pouvoirs permettraient de lutter contre le terrorisme, sans doute par une répression purement militaire, d’élaborer le projet de Constitution hors de l’Assemblée, de préparer une loi électorale, de résoudre par des échanges de lettres les problèmes d’ordre international, d’élaborer des conventions avec la puissance tutélaire qu’est la France, et, enfin, de concentrer, entre les mains d’une seule et même personne les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaire, c’est-à-dire d’instaurer une dictature, le pouvoir personnel ou, en d’autres termes, le règne du bon plaisir, de l’omnipotence policière, des camps de concentrations, des déportations, des arrestations et emprisonnements arbitraires, des exécutions sommaires, des pendaisons, des licenciements arbitraires et abusifs des fonctionnaires, des persécutions des étudiants dans les lycées et collèges, du chômage, de la misère noire, des injustices sur injustices, de l’exclamer, etc. etc. etc. Voilà ce qui nous attend.

Comme vous le constatez vous-mêmes, messieurs, ces projets sont foncièrement dangereux et, de ce fait, méritent d’être purement et simplement répudiés. En effet, le bilan de la situation actuelle montre que le gouvernement Ahidjo a eu les moyens de rétablir le calme dans le pays, de résoudre le problème du terrorisme, et ne l’a pas résolu, n’en ayant pas étudié les causes d’une façon suffisamment intéressée, approfondie et objective. Pour nous, l’amnistie totale et inconditionnelle dans l’ensemble du pays, la Table Ronde, où seraient conviées toutes les forces politiques du Cameroun, et la formation d’un gouvernement d’union nationale peuvent seules résoudre le drame camerounais.

Quant à M. Ahidjo, la répression militaire seule suffit, et le projet de Table Ronde aboutirait, selon lui, à une assemblée de bavards. Pourtant, l’Assemblée n’a jamais gêné le gouvernement dans son action, et l’a toujours secondé quand il a été fermé aussi bien que lorsqu’il a été clément. Par ailleurs, la représentation effective des populations du pays Bassa a beaucoup contribué au calme qui règne dans cette région. En outre, la rapidité et l’efficacité d’une action gouvernementale menée sans avoir à rendre des comptes à l’Assemblée souveraine n’est pas prouvée. Jusqu’à présent, l’Assemblée a toujours su légiférer rapidement et efficacement lorsque la situation l’exigeait. Par conséquent, l’activité de notre Assemblée ne saurait être considérée comme entravant la marche du pays vers l’indépendance, mais bien au contraire, comme l’y guidant.

Enfin, l’Assemblée, représentant seule le peuple, ne saurait être écartée de la discussion et de l’alabastron des projets de Constitution et de loi électorale. En fait, les conséquences réelles des pouvoirs spéciaux seraient les suivantes : 1/- le gouvernement aurait les mains libres pour résoudre le problème du terrorisme par la répression pure et simple, risquant de pourrir définitivement la situation, et ceci dans d’autres régions que les pays Bamiléké et le Mungo. 

2/- le gouvernement pourrait également procéder à sa guise au sectionnement électoral, à la répartition des sièges et à l’aménagement, au seul profit du parti de l’Union Camerounais, UC, de toutes les dispositions de la loi électorale. M. Ahidjo préparerait ainsi en paix l’élimination des gêneurs sur la route du pouvoir. Je m’explique. Si les pleins pouvoirs étaient accordés à M. Ahidjo, une nouvelle catégorie de régime politique serait née au Cameroun, consacrant une façade démocratique officielle, derrière laquelle se dissimulait une autocratie plus rigoureuse que la monarchie de Louis XIV ou l’empire de Pierre le Grand.

Le système électoral et de savants découpages permettraient de maintenir une fiction démocratique qui ne tromperait personne, par une série de moyens simples en même temps que ingénieux, qui sont des entraves apportées à la propagande électorale de l’opposition jusqu’au trucage des urnes et du dépouillement, en passant par l’arrestation des candidats défavorables au gouvernement et de leurs sympathisants, les pressions directes ou indirectes sur les électeurs, les violations du secret des votes, etc., il sera appuyé par une infime minorité de citoyens, d’obtenir de confortables majorités électorales. A la limite, le système tend au régime du parti unique.

Quand on sait déjà comment se déroulent les opérations électorales dans certaines régions du Cameroun, et plus particulièrement dans le Nord, il faut s’attendre au pire. On sait, par exemple, que le Lamido qui essaie de tenir tête à M. Ahidjo est menacé de destitution ou d’emprisonnement. On sait que le père d’un député qui n’obéit pas servilement aux ordres du Premier ministre …recevra immédiatement une inspection administrative…ou des gendarmes.

Je reprends. On sait que le père d’un député qui n’obéit pas servilement aux ordres du Premier ministre recevra, immédiatement, une inspection administrative ou des gendarmes qui le menacent de poursuites judiciaires ou d’emprisonnement. Vous pouvez, messieurs, à partir du présent, juger de l’avenir lorsque, le 1er novembre 1959, M. le Haut-commissaire Xavier Torre viendra, ici, au nom de la France, nous mettre à la porte pour sacrer M. Ahidjo « empereur du Cameroun ».

M. Ahidjo engagerait, pendant au moins six mois, notre pays devenu indépendant, le 1er janvier 1960, dans des accords qu’il serait seul à examiner, et seul à signer, sans contrôle possible des élus du peuple, et risquant d’obérer l’avenir du pays sur tous les plans. Politiquement, l’indépendance, la vraie indépendance que le peuple camerounais attend, ne sera qu’un leurre, la liberté, ce bien précieux pour lequel nombre de nos meilleurs fils sont morts et continueront à mourir, la liberté pour la quelle tant d’hommes, de femmes, d’enfants souffrent en exil, au maquis, dans les prisons et camps de concentration, ne sera plus que la continuation de l’oppression coloniale, l’asservissement à jamais, l’esclavage à jamais. Économiquement, ce sera la continuation de la récession, la baisse des exportations et, par là même, des recettes fiscales, réduisant le pays à la dépendance totale vis-à-vis de l’étranger auprès de qui il faudra mendier.

Du point de vue social, maintien des étrangers dans de hauts postes de commandement, et plus particulièrement dans le Nord, mauvaise camerounisation des cadres, mauvaise utilisation de nos diplômés rentrés de la métropole et réduits à occuper de petits postes subalternes, travail de sape ou destruction avouée et systématique des structures traditionnelles sans rien de valable pour les remplacer, aggravation du chômage dans le pays, préparation d’un marasme durable sans critique possible des élus du peuple écartés pour six mois, multiplication des faillites de nombreuses entreprises et commerçants : mauvais départ, n’est-ce pas ? Célébration des fêtes de l’indépendance, le 1er janvier 1960, sous une dictature sans dynamisme et dans le trouble des esprits. Le peuple perd ses illusions et son enthousiasme, l’inquiétude sera confirmée, risque de préparation d’un 18 Brumaire par l’abandon du régime démocratique, qui sera suivi d’un césarisme pur et simple.

La démocratie est le régime suivi au Cameroun et il lui convient parfaitement. Or, le fonctionnement normal d’une assemblée législative est la seule véritable garantie de cette démocratie. Cette démocratie permettra l’unification réelle des deux Cameroun, alors que la dictature préparerait une scission fatale du pays.

Messieurs les députés, je crois vous avoir fait toucher du doigt le danger que représente l’octroi des pleins pouvoirs. M. le Premier ministre Ahidjo veut ressembler au général de Gaulle, mais, je pense, quant à moi, que M. Ahidjo ressemble davantage au maréchal Pétain. En effet, pendant la dernière guerre mondiale, le maréchal Pétain n’avait obtenu les pleins pouvoirs que pour livrer la France à l’occupation allemande, donc à l’ennemi. M. Ahidjo veut, lui, nous livrer aux horreurs du colonialisme. Et quand le général de Gaulle demandait les pleins pouvoirs, il était, lui, soutenu dans son action par 80% des Français, par l’enthousiasme populaire. M. Ahidjo qui est essentiellement impopulaire, demande les pouvoirs spéciaux, uniquement pour faire la guerre à ses frères camerounais et surtout compromettre à jamais l’avenir de tout un peuple. N’oubliez pas que toute concentration du pouvoir entraîne un accroissement de pouvoir. N’oubliez pas que l’autorité corrompt ceux qui l’exercent et les campe contre les citoyens. Une fois que M. Ahidjo sera proclamé tout puissant, rien ne pourra plus l’arrêter sur le chemin du despotisme. Il fera la pluie et le beau temps.

Vous savez que lorsque les médiocres sont au pouvoir, ils sont toujours tentés d’en abuser. C’est une pente inéluctable, ils sont obligés de « jouer au dur », pour prouver à eux-mêmes et aux autres une supériorité qu’ils ne possèdent pas. Le pouvoir qui n’est pas sûr de lui est forcément tyrannique. Le 1er janvier 1960, le gouvernement Franco-Ahidjo nous promet une situation politique des plus troubles, une économie savamment désorganisée, une situation sociale dramatique, des dettes partout. On peut d’ores et déjà juger de ce que sera la reddition des comptes entre le tuteur et le Cameroun devenu majeur. Messieurs, ce triste tableau renforce davantage notre inquiétude dans l’avenir de notre pays. Les intentions de la France ne sont pas pures. Pourtant le ministre Jacquinot déclarait à la tribune des Nations Unies que l’indépendance, c’est l’indépendance. Nous nous apercevons aujourd’hui que ce n’est pas vrai. C’est un piège à cons qu’il nous a tendu.».

L’impuissance face aux collabos

Daniel Kemajou poursuit son allocution ce jour, en s’adressant à des membres du Gouvernement venus défendre ledit projet : « M. AKASSOU, savez-vous  ce que les pleins pouvoirs signifient ? Ils veulent dire suppression de la liberté, ils signifient dictature ! … Si demain le Premier Ministre n’est pas d’accord avec vous, il peut voter une loi spécifiquement dirigée contre vous, il peut parler d’inconsistance, il peut retracer les circonscriptions électorales comme il lui plaît, il peut supprimer n’importe quoi à son gré par décret. Et vous Arouna, vous qui avez souffert pour ce pays, allez-vous approuver la souffrance continue des camerounais ? Est-il possible que vous Arouna, ayez participé au Conseil des ministres qui adopta cette loi criminelle, cette loi méprisable ? ». La rupture entre les deux hommes est ainsi consommée. Mais, face à la machine coloniale pilotée par le pré carré français, Daniel Kemajou n’y put rien. Parce qu’il ne voulut pas participer à vendre son pays comme son adversaire le fit. L’analyse à suivre, des accords conclus par Ahidjo le prouve. A ce moment, l’on est pour ou contre, sans demi-mesure. L’une des erreurs du Président Kemajou fut de mésestimer le degré de cynisme et de totalitarisme d’Ahidjo dont les ambitions démesurées n’avaient d’égal que son propre égo, d’autant qu’il avait là, l’occasion d’écarter définitivement un rival potentiel au trône. Il paya le prix fort pour sa position :

Roi des Bazou, le palais de Daniel Kemajou fut bombardé sauvagement par des avions du régime d’Ahidjo qui y fut reçu quelques temps auparavant.

Maire de Nkongsamba, la 3ème plus grande ville du Cameroun à l’époque, élu avec une majorité inégalée, il est débarqué pour être remplacé par un homonyme.

Il fut grossièrement accusé d’avoir fait de la rétention d’informations inhérentes à l’assassinat du Sous-préfet de Bazou et détenu. Sa Majesté Daniel Kemajou qui échappa de justesse à l’exécution par Ahidjo, mourut en 1984 dans son pays, juste cinq ans avant Ahidjio qui succomba en 1989 en exil au Sénégal, des rumeurs faisant état de ce qu’il avait des crises d’hystéries.

Pour le reste, l’histoire nous l’a démontré ensuite avec tous les crimes, assassinats de masse ou individuels, abus de pouvoir commis par Ahidjo dans ce pays avec ou sans l’aide de la France entre 1958 et 1982  (respectivement date de son accession à la tête de l’Exécutif et date de son départ).

 En effet, beaucoup d’ouvrages, de reportages et produits de recherches portent sur les milliers de citoyens assassinés par le régime Ahmadou Ahidjo, véritable suppôt du colon. cf. le livre « Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948 – 1971 », coécrit par Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa et Thomas Deltombe), etc.

Au regard de l’histoire, des faits sociopolitiques et économiques, il nous semble pouvoir affirmer raisonnablement que le discours de cet homme fut visionnaire et reste d’actualité. La situation de marasme y décriée a-t-elle mué ou empiré?

Il a aimé son pays et l’a servi à sa manière. De même, il a cru en la liberté réelle des peuples d’Afrique, en l’instauration d’une société juste et de démocratie où le peuple avec toutes ses composantes en est véritablement le souverain. Pour cela, il n’eut de cesse de rappeler à l’administration coloniale avant même la notoriété d’Ahmadou Ahidjo dans le landerneau politique que, ses concitoyens de l’UPC entrés sous maquis devaient être ramenés à la table des négociations pour une paix durable. Cette conviction est traduite par le discours qu’il prononça quelque temps plus tôt à l’encontre du pouvoir central colonial, suite à la démission le 16 février 1958 du Premier Ministre André Marie Mbida : « (…) Adresse à la métropole : il n’y a pas eu de manœuvres politiciennes. Le Gouvernement formé le 15 mai 1957 était un gouvernement mort né faute de majorité parlementaire et d’adhésion de la masse populaire. On ne peut prétendre que c’est l’arrivée au Cameroun du Haut-Commissaire Jean Ramadier qui a précipité la crise ministérielle. Les camerounais n’étaient pas satisfaits du Gouvernement (…) Puisque la France a voulu voir instaurer la démocratie, elle doit admettre que les Camerounais se prononcent en toute liberté pour choisir ses responsables gouvernementaux ».

A titre de rappel, Jean Paul Ramadier fût cet administrateur français des colonies, militant pour l’indépendance immédiate des colonies françaises en Afrique, ce qui lui valait des inimitiés dans le cercle du pouvoir central français dirigé par De Gaulle.

Parti de la Guinée où l’on lui attribue la forte montée de Sékou Toure, il fût envoyé au Cameroun pour remplacer Pierre Messmer ayant lui-même succédé au boucher Roland PRE et dont toutes les stratégies empreintes de tuerie de masse pour juguler la rébellion après l’assassinat du charismatique leader de l’UPC n’avaient point abouti. La vision de Ramadier pour l’avenir tranche nettement avec celle d’André Marie Mbida qui pense que son peuple n’est pas encore assez mûr pour rompre totalement avec la métropole française. D’où l’on voulut attribuer la défection de Mbida à Ramadier trois semaines seulement après son arrivée en terre camerounaise. Idée que ne partageait pas le Président de l’Assemblée Législative Daniel Kemajou, et qui ajouta ce jour « Si le Haut-Commissaire Jean Ramadier devait être révoqué, ce serait pour avoir dit la vérité et suivi la population camerounaise. L’envoi d’un nouveau Haut-Commissaire serait celui d’un homme approuvant les injustices et les manœuvres qui ont perdu en partie l’empire Français (…) ».

Les déclarations de ce haut commis de l’Etat n’ont rien d’hasardeuses : Débarqué du Cameroun pour retourner en métropole, Jean Paul Ramadier sera effectivement révoqué pour avoir aidé les peuples africains à s’émanciper.

CI-JOINTE EN ANNEXE, UNE ANALYSE DE QUELQUES CLAUSES DES ACCORDS SIGNÉS PAR AHIDJO ET LA FRANCE AU NOM DU CAMEROUN« 26 DÉCEMBRE 1959 : PACTE COLONIAL ENTRE LA FRANCE ET LE CAMEROUN

la France devra déterminer nos choix politiques, économiques et socioculturels ; la France devra battre, c’est-à-dire fabriquer une monnaie à gérer pour le Cameroun, le FCFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) ; la France devra orienter la détermination des programmes scolaires du Cameroun à tous les niveaux ; la France devra disposer dans son trésor public d’un portefeuille appelé Compte des Opérations, de 100% des réserves en devises sur le commerce extérieur du Cameroun ((Notons que sur ce point précis ces avoirs ont évolué de 100% aux environs de 1960 à 65% respectivement à Dakar pour l’UMOA, et à Brazzaville pour la BEAC en 1972 et 1973. Aujourd’hui on se situe à 50%. Le reste est transféré dans les banques centrales (BEAC, CDEAO, BCC), toujours étroitement contrôlées par la France à travers le Conseil d’Administration de ces banques)) ;

Matières premières stratégiques : le sous-sol camerounais appartient à la France. Chaque fois qu’il voudra exploiter un minerai, il s’adressera prioritairement à la France. Si celle-ci n’est pas intéressée, il cherchera un autre partenaire ou l’exploiter lui-même ;

Défense : chaque fois que le président camerounais va être débordé par une rébellion interne ou externe, il pourra faire appel à l’aide militaire de la France. S’il n’est plus dans la capacité de le faire par téléphone, télex fax, etc. l’ambassadeur de France au Cameroun pourra le faire à la place de l’autorité camerounaise… plus ».

L’écrivain THOMAS TCHATCHOUA révèle que tous les conseillers chargés de négocier ces accords avec la France étaient des français. Ainsi, selon cette source, lesdits accords de défense entre le Cameroun et la France ont été négociés, côté camerounais, par deux français : Jacques Rousseau et Georges Becqueyn c’est-à-dire que le pays France a négocié avec 2 français, représentant le Cameroun. Ils stipulent qu’en échange de la protection militaire de la France, il est imposé au Cameroun de suivre les quelques indications suivantes : Informer la France de la politique que les politiciens camerounais entendent suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, ainsi que des « mesures qu’ils se proposent de prendre pour l’exécution de cette politique » ;

Faciliter, au profit des forces armées françaises, le stockage des matières premières et produits stratégiques, et lorsque les intérêts de la défense l’exigent, « limiter ou interdire leur exportation à destination d’autres pays »;

« Le Cameroun doit réserver en priorité, la vente de ses matières premières et produits stratégiques à la République française, après satisfaction des besoins de sa consommation intérieure, et s’approvisionner par priorité auprès de la France » ;

Liste de matières premières dites stratégiques qui appartiendront de fait à la France s’ils seront découverts sur le sol camerounais : les hydrocarbures liquides et gazeux, l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, l’hélium etc.

De peur que dans l’avenir, la science n’identifie certains minerais qui ne figuraient pas sur la liste, la France a pris le soin de signifier que cette liste pourrait encore s’allonger sans trop de complication, en ces termes : « les modifications à cette liste feront l’objet d’échanges de lettres entre les parties contractantes ». L’auteur de cette analyse poursuit en affirmant qu’en des mots plus simples, « avec ces accords signés par 2 français sous la présidence d’Ahmadou AHIDJO en 1960 et renouvelés en 1974, le sous-sol du Cameroun appartient à la France. On comprendra seulement après que même ce qui était au-dessus du sol appartenait aussi à la France, comme les plantations de café et de cacao. D’où le risque de prison pour toute personne qui tenterait de couper ces plantes pour les remplacer par quelque chose de plus rentable. Et ce n’est qu’en 2009, après la signature des nouveaux accords que les Camerounais ne risquent plus la prison lorsqu’ils se débarrassent de ces plantations ingrates et inutiles de café, de cacao et de coton ».

Les grands oubliés de l’histoire du Cameroun. Sa majesté Daniel Kemajou, Premier présidente de l’Assemblée législative du Cameroun : discours d’un visionnaire qui enfreint les lois de la temporalité

Le sort du Cameroun aurait pu être différent…

Le 29 octobre 1959 fait date dans l’histoire du Cameroun, à l’orée des indépendances en Afrique. Période empreinte des guerres de libertés conquises de haute lutte par des patriotes dont le sang de la plupart entache nos sols.

Pour ausculter les faits et mieux comprendre cet épisode occulté de l’histoire du Cameroun que nous allons évoquer, nous avons classé la population de cette période en quatre catégories : les Radicaux, les pacifistes, les collabos et les passifs.

Les radicaux.

Cette catégorie désigne les indépendantistes extrémistes qui voulaient rompre sans condition avec le colon, c’est-à-dire acquérir une autonomie totale et permettre à leur peuple de s’autogérer. Nous pouvons citer dans cette catégorie des patriotes tels Um Nyobe, Roland Félix Moumie, Ernest Ouandié, Lumumba au Congo, etc.

Les pacifistes

Ce sont ces patriotes modérés qui croyaient en la transition pacifique, au transfert progressif du pouvoir administratif sur leur territoire, de l’administration coloniale vers les nationaux et au départ réel du colon de ces pays. En réalité, ceux-ci avaient juste reçu mandat de l’ONU au lendemain de la deuxième guerre mondiale, pour «administrer le territoire et conduire les populations jusqu’à leur émancipation». De nombreux africains ont contribué, fatalement mais avec efficience, à la libération de la France envahie et meurtrie par l’Allemagne nazie quelques années plus tôt. De plus, les colonies d’Afrique comptent dorénavant au sein de leur population, de nombreux jeunes intellectuels et cadres qui occupent déjà certaines hautes fonctions dans l’administration coloniale ou dans d’autres secteurs d’activités, capables de tenir les rênes de la gouvernance après avoir été à l’école occidentale.

Les collabos ou nègres de services

Constituent cette catégorie d’africains qui, consciemment ou non, étaient totalement dévoués au colon, au « blanc ». Il s’agit d’individus hostiles à leur propre cause, celle du désir de la liberté. Ceux-ci n’étaient mus que par les quelques prérogatives éphémères qu’ils recevaient magnanimement du « maître». Lequel maître pouvait assassiner tout leur village avec leur famille qu’ils n’en avaient cure dès lors qu’ils demeuraient dans les bonnes grâces du colon. Par déduction, nous pouvons y classer tous ces sombres aventuriers sur lesquels les impérialistes occidentaux se sont appuyés pour substituer à la liberté ardemment revendiquée par les populations africaines, une pseudo autonomie politique de façade qui a décelé la continuité de l’esclavage sous les traits d’une économie fondamentalement contrôlée par le colon : MOBUTU, BOKASSA, EYADEMA, COMPAORE le sanguinaire assassin du héros SANKARA en ont fait partie.

La population passive

suscitant moins notre intérêt est celle constituée de ces indigènes paysans, cultivateurs, petits commerçants et autres petits agents de services publics ou privés, complètement ignorants ou indifférents face à l’actualité et aux tractations des enjeux du futur qui se tramait sous leur nez, peut-être du fait de leur inculture, de leur analphabétisme ou simplement par peur des représailles, par crainte de perte de leur vie, tenant compte de la barbarie répressive avec laquelle l’administration coloniale s’illustrait.

En ce temps, Ahmadou AHIDJO est le Premier Ministre du Cameroun Oriental depuis 1958 sous l’Administration coloniale (le Cameroun était encore divisé en deux territoires dont la partie Occidentale était anglo-saxonne et la tutelle, confiée par l’ONU à l’Angleterre). Le dépositaire du pouvoir Législatif dans la partie Orientale, véritable contrepoids de l’Exécutif en cette époque, c’est l’ALCAM (Assemblée Législative du Cameroun) dont le Président n’est autre que le charismatique Daniel KEMAJOU, Roi des Bazou, Maire de Nkongsamba, la troisième plus grande ville du Cameroun à l’époque.

Le Cameroun est secoué de l’intérieur par les revendications d’indépendance ardues de la part de ces nationalistes, indépendantistes extrémistes très rustiques que l’Administration coloniale française a taxé de « maquisards ». Parallèlement, la nouvelle classe des populations autochtones émancipée, constituée de ces intellectuels et jeunes fonctionnaires qui ont été à l’école occidentale, mène un autre type de combat dans le landerneau politico-diplomatique jusqu’aux dédales de l’Organisation des Nations Unies (ONU), de laquelle ils sollicitent la levée de la « Tutelle » confiée à la France sur leur pays.

Face à ce combat rude mené par les africains désireux de retrouver leur liberté et à la pression que met le Président américain Franklin Delano ROOSVELT sur De Gaulle, le pré carré français trouve en AHIDJO une marionnette avec toutes les qualités sur lesquelles il pourrait s’appuyer pour substituer au résultat des pressions, une pseudo indépendance qui fait leurs affaires. Ainsi, pour manœuvrer librement et mater les mouvements d’humeur qui s’intensifient de plus en plus à travers tout le pays, AHIDJO introduisit à l’ALCAM un projet de Loi portant sur les pleins pouvoirs. « A situation exceptionnelle, solutions exceptionnelles. Seul un gouvernement entièrement responsable et investi des pleins pouvoirs sera capable de résoudre les problèmes de l’heure.» affirmait-il.

AHIDJO et KEMAJOU sont des anciens camarades de classe et cumulent biens  d’années de collaboration dans les hautes sphères du pouvoir. Etant du nombre rare d’intellectuels africains de l’époque, maitrisant les rouages de l’administration et du cercle du pouvoir, Daniel KEMAJOU qui croyait qu’AHIDJO et lui appartenaient à la catégorie 2 de notre classification, celle des Pacifistes, découvre brutalement que ce dernier a rejoint fermement la 3ème catégorie comme vont nous le démontrer la suite de l’histoire, avec comme un des éléments tangibles, ces accords insensés signés par AHIDJO tout seul au nom de tout le peuple avec la France (voir infra), et qui impactent négativement jusqu’à nos jours la vie des camerounais avec des clauses extraordinairement absurdes. En d’autres termes, aucune Assemblée n’a jamais légiféré sur ces accords qui demeurent curieusement en vigueur.

(e) Menmaveun NGANKO NOUBA Nazaire

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