Soutenue avec une mention très honorable le jeudi 29 octobre 2026 au Campus 1 de l’Université de Douala, la thèse de doctorat de Jourdain Nouwezem Tiendjo ouvre de nouvelles perspectives sur la sauvegarde et la valorisation du patrimoine infrastructurel hérité de la période coloniale allemande.
La salle REOO5 du bâtiment René Essomba, au Campus 1 de l’Université de Douala, a servi de cadre, le jeudi 29 octobre 2026, à une soutenance de thèse qui fait déjà date dans le milieu académique camerounais. Intitulée « Ponts et tunnels de la période allemande au Sud-Cameroun : Histoire et enjeux de patrimonialisation », cette recherche menée par Jourdain Nouwezem Tiendjo s’attaque à un pan crucial mais souvent négligé de l’histoire architecturale et technique du pays : le devenir des ouvrages d’art érigés sous l’administration du Kamerun allemand.
Présidée par le Pr Ernest Messina Mvogo, cette confrontation scientifique s’est soldée par l’obtention d’une mention très honorable, saluant la rigueur méthodologique et la pertinence sociale et politique de la démarche.

De l’indignation à la rigueur scientifique : Genèse d’une recherche
Tout part d’un constat visuel et d’une prise de conscience. En 2020, lors d’un séjour dans la ville d’Edéa, le chercheur est frappé par le spectacle désolant du pont métallique allemand enjambant la Sanaga. Rongé par la rouille, vibrant dangereusement au passage des usagers et présentant des culées fissurées par le temps et la végétation, cet « ancêtre de fer » menaçait de s’effondrer.
Ce cas n’est malheureusement pas isolé. De la destruction du pont métallique de Maloume à Eséka à la dégradation avancée des tunnels de Ndjock, les infrastructures de la période du protectorat subissent de plein fouet les outrages du climat tropical humidité, fortes pluies, salinité marine et l’indifférence des hommes.
En s’appuyant sur une démarche pluridisciplinaire combinant l’histoire, la géographie, la sociologie, la germanistique (pour le décryptage des archives gothiques), les sciences juridiques et l’anthropologie, le nouveau docteur a entrepris de radiographier ces témoins de pierre et de métal.
Une double approche théorique et méthodologique
Pour penser la sauvegarde de ces géants d’acier et de béton, le chercheur a mobilisé deux grands courants théoriques : Le traditionalisme de B. F. Hoslitz, qui invite à repenser le développement à partir de la valeur de l’héritage et des pratiques de conservation ancestrales.
La théorie de la restauration de C. Brandi, qui pose la matérialisation méthodologique de la conservation pour garantir la transmission de l’œuvre d’art et architecturale aux générations futures. Grâce au dépouillement minutieux des archives nationales (ANY), du fonds allemand sur Invenio, ainsi que des fonds du MINRESI, de la Régifercam et de Camrail, couplé à une riche campagne de collectes orales, la thèse met en lumière l’ingéniosité technique déployée à l’époque. Qu’il s’agisse des ponts métalliques préfabriqués en Allemagne (à l’instar de Japoma ou d’Edéa, ce dernier culminant à 160 mètres de long pour 963 tonnes) ou des ouvrages en béton armé et des tunnels creusés dans la roche, ces infrastructures ont révolutionné la circulation des biens et des personnes, supplantant le portage exténuant des débuts.
Le verdict du jury : Un sujet d’actualité brûlante Intervenant à l’issue de la présentation, le président du jury, le Pr Ernest Messina Mvogo, a souligné l’originalité et la portée de ce travail de recherche : « Ce type de soutenance est tout à fait pertinent, car il se penche sur un thème original qui croise plusieurs disciplines des sciences sociales et qui pose un problème contemporain, celui de la patrimonialisation des infrastructures héritées de la colonisation. Si on ajoute à tout ce que le candidat a dit une bonne dose technique en vue de la valorisation de ce patrimoine, je pense que sa thèse ferait une référence en la matière. »

Le jury a également insisté sur la triple dimension de l’étude : Scientifique : Par la solidité de la démonstration interdisciplinaire. Sociale : En plaçant les communautés riveraines et la mémoire collective au cœur du dispositif. Politique : En s’inscrivant dans la grande dynamique actuelle de la décolonisation des mémoires et de la souveraineté culturelle nationale.
Quelles solutions pour sauver l’héritage ? Face aux maux qui minent ces biens (absence de reconnaissance juridique effective, manque d’entretien, démolition, agressions climatiques et anthropiques), Jourdain Nouwezem Tiendjo préconise des actions curatives et préventives urgentes (traitement de la corrosion, des fissures, de l’étanchéité et de la végétalisation envahissante). À long terme, la thèse propose une feuille de route claire pour une patrimonialisation efficace : La réaffirmation de la souveraineté culturelle à travers un cadre réglementaire renforcé. L’inventaire géolocalisé de ces ponts et tunnels à travers le Sud-Cameroun. L’insertion d’une didactique patrimoniale dans les cursus scolaires et universitaires.
La touristification des sites, en créant des circuits thématiques capables de générer des retombées économiques et d’assurer l’autofinancement de leur conservation. En transformant ces vestiges du passé en leviers de développement touristique et mémoriel, le travail du Dr Nouwezem Tiendjo invite le Cameroun à réconcilier son histoire plurielle avec son avenir.
Panisse Istral Fotso















