Il est une réalité que l’on feint d’ignorer par pudeur, mais qu’il faut désormais nommer avec courage : certains parents, ayant abdiqué toute autorité éducative à domicile, envoient désormais dans nos établissements scolaires de véritables bandits de grand chemin déguisés en élèves. Lorsque l’éducation familiale dépasse les parents, ils se déchargent sur l’école, espérant qu’elle accomplira le miracle qu’ils n’ont pas su opérer. Or, l’école n’est pas une maison de redressement, et l’enseignant n’est pas un geôlier.
Qu’est-ce qu’un élève au Cameroun ?
Rappelons une évidence fondamentale que l’on a perdue. Étymologiquement, l’élève vient du latin alumnus, le disciple, celui qui est nourri intellectuellement. Au Cameroun, l’élève n’est pas un client, n’est pas un usager, n’est pas un adulte en miniature doté de droits sans devoirs. L’élève est, par définition, celui qui accepte d’être élevé. C’est celui qui se soumet volontairement à la discipline, qui exécute les consignes au doigt et à l’œil, qui reconnaît l’autorité du maître. Il n’est pas un adulte déguisé en élève, venu négocier, contester, menacer et défier l’institution. Un établissement scolaire ne peut fonctionner avec des individus qui ont l’âge chronologique d’un élève mais la mentalité d’un hors-la-loi. L’uniforme ne fait pas l’élève, la discipline le fait.
Chers parents, la communauté éducative est une trilogie
Il est de notoriété publique que de nombreux parents ont aujourd’hui perdu la main face à leurs propres enfants. Débordés, démissionnaires, parfois complices, ils laissent l’enfant-roi dicter sa loi à la maison, puis s’étonnent qu’il incendie sa salle de classe. L’on parle à juste titre de communauté éducative. Cette communauté repose sur trois piliers indissociables : les parents, les élèves et les enseignants. Chacun doit jouer pleinement son rôle pour que fonctionne la marche vers l’éducation au Cameroun. Aux parents revient l’éducation de base : le respect, la politesse, la propreté, le sens de l’effort et la reconnaissance de l’autorité. Un enfant mal élevé à la maison sera ingérable à l’école. À l’élève revient l’obligation d’apprendre, de respecter le règlement intérieur et de préserver l’outil de travail qui lui est offert. À l’enseignant revient la mission d’instruire et d’encadrer, non de suppléer les parents dans leur rôle de premiers éducateurs. Quand l’un de ces piliers s’effondre, tout l’édifice s’écroule.
Préserver ce qui est déjà bâti
Certes, l’État du Cameroun doit impérativement revoir notre système éducatif. Il doit le moderniser, l’adapter aux défis de l’employabilité, le doter de moyens conséquents et de personnels motivés. Cette critique est légitime et nécessaire. Cependant, en attendant cette refonte, préservons jalousement les édifices qui sont déjà bâtis et ce qui est réservé à notre jeunesse. Que gagnons-nous à saccager un laboratoire informatique à plusieurs dizaines de millions, à brûler un restaurant scolaire, à caillasser les véhicules des enseignants, comme on l’a vu au Lycée Technique Bilingue de Nsam ? On ne punit pas le proviseur, on se punit soi-même. On prive ses propres petits frères de la génération future. Détruire son école au nom d’une rumeur ou d’une coiffure non conforme n’est pas un acte de rébellion, c’est un acte de vandalisme et de suicide collectif. C’est la preuve que ce ne sont pas des élèves qui ont agi, mais des bandits de grand chemin. L’école reste le seul ascenseur social qui demeure. Si nous le brûlons, nous resterons tous au rez-de-chaussée.
Par un observateur de l’éducation















