57 passagers du 1er février 1962 pour l’enfer
Ce n’est pas seulement à la France et aux autres pays occidentaux colonialiste s qu’on doit demander de lever le voile sur le secret des archives. Au niveau national, le gouvernement camerounais doit le faire pour restaurer aux citoyens leur vraie histoire afin de les consigner et de l’enseigner aux jeunes générations.
Le 1er février 1962, 57 détenus politiques de l’an prison Centrale de Douala/New-Bell sont parqués dans le wagon n°31 047 en partance de Douala pour Yaoundé. Quel était leur identité ? Quel a été leur sort ? La date du 1 er février 1962, paraît anodine, pour quantité de camerounais, mais est pourtant entrée dans les annales de l’histoire. Il s’agit de la tristement célèbre affaire dénommée « le train de la mort » .C’était en effet le titre de l’éditorial d’un journaliste, et prêtre, d’origine française, rapatrié en France, au lendemain, de la publication de son article, dans l’édition de publication n° 327 de « l’effort camerounais », de Juillet 1962. 57 nationalistes, parmi lesquels 8 femmes, et 1 enfant, détenus à la prison centrale de New-Bell, de Douala, comme prisonniers politiques, sont lancés très tôt, dans à la gare ferroviaire de Bessengue, du quartier éponyme. Lesdits prisonniers sont mis dans le wagon 31.047. Un wagon généralement affecté au transport de marchandises, et hermétiquement fermé, scellé, et plombé dès le départ. Ces voyageurs d’un autre genre, condamnés à parcourir un trajet de 250 kilomètres, pendant plus de 15 heures de route. Il faut le rappeler, et ce n’est pas une superfétation, que ces événements se déroulent, en pleine période coloniale, au lendemain des indépendances fantoches, attribuées par la métropole Française.
C’est alors un vaste mouvement de répression, qui gagne le pays.
Chemin faisant, le pouvoir en place, aidé par l’armée française, qui torture, viole, rase, brûle, et pilonne les populations, sous le fallacieux prétexte, qu’elles dissimulent les indépendantistes. Il était question pour « seigneurs de la démocratie », de ramener les prisonniers de Douala pour la citadelle de la répression à Mokolo pour mieux les contrôler. Notons que, nos malheureux voyageurs sont parqués dès le départ, dans un wagon métallique, plombé, dans des conditions exécrables, une chaleur indicible, des conditions d’insalubrité à nulle pareille ; et de surcroît n’ayant mangé, ni bu, depuis plusieurs jours. Arrivés en début de soirée, du côté de Yaoundé, c’est l’inhumanisme total, parmi nos indépendantistes, sur les 57, 25 détenus politiques sont déjà morts. On enregistre une femme, et un bébé mort d’asphyxie.
C’est par miracle, Divin, que certains ont survécu.
Pendant le gouvernement d’alors, s’empresse d’enterrer les Dépouilles dans une fosse commune, les autres sont conduits Manu militari dans les geôles de la BMM.
Et sur les 32 survivants, au moment de leur transport dans des structures sanitaires, à peine arrivés, 2 succombent encore à leurs blessures.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre.
Le gouvernement ne pouvant plus se murer dans un silence assourdissant. Le chef des services secrets de l’époque, Fochivé, conclura, qu’ils ont été assassinés, par asphyxie par l’armée française. Le 18 février 1962, le père Fertin, Directeur de l’hebdomadaire catholique d’informations (1955-1962), auteur de cette révélation, du train de la mort, est expulsé du Cameroun.
Patrice Elongbil Ngoma, journaliste, éditorialiste, archiviste.










