Alors que les échos de la visite du pape Léon XIV s’estompent à peine, les armes ont repris la parole dans les régions anglophones du Cameroun.
Un raid sanglant mené dimanche à Ndzerem-Nyam, dans le département du Bui, a coûté la vie à au moins 14 personnes. Si l’armée revendique un succès contre les séparatistes, des sources locales dénoncent un massacre de civils sur fond de querelles traditionnelles. Le calme n’aura duré que le temps d’une bénédiction papale. Quelques heures seulement après le départ du souverain pontife, la violence a repris ses droits avec une intensité brutale. Dimanche 26 avril, la localité de Ndzerem-Nyam a été le théâtre d’une opération d’envergure menée par le 3e Bataillon d’intervention rapide (BIR).
La version de l’armée : une « neutralisation » de terroristes Selon les autorités sécuritaires, l’opération était ciblée. Le bilan officiel fait état de 14 « terroristes séparatistes » neutralisés. Sur place, les forces de défense affirment avoir saisi un arsenal important : armes de guerre, munitions, gilets pare-balles et casques. Pour marquer leur territoire, les militaires ont également procédé à la destruction de 38 motocyclettes, décrites comme les vecteurs de mobilité des groupes armés dans cette zone enclavée. Aucune perte n’a été signalée dans les rangs de l’armée. L’ombre d’un nouveau « Ngarbuh » Cependant, sur le terrain, le récit est radicalement différent. Pour de nombreux habitants, le spectre du massacre de Ngarbuh (2020) plane sur Ndzerem-Nyam. Des témoins affirment que les tirs ont éclaté en pleine célébration d’un festival culturel, alors que les villageois étaient réunis pour une collecte de fonds.
« C’était la panique totale. Les gens couraient dans tous les sens pendant que les balles sifflaient », rapporte un rescapé ayant fui vers la brousse. Des sources locales confirment la mort d’au moins cinq civils, dont des participants aux festivités, loin du profil de combattants armés dressé par le ministère de la Défense. Le facteur X : un conflit de chefferies qui vire au drame Une note d’information de l’Association culturelle et de développement de Ndzerem-Nyam (NYAMCUDA), publiée le 26 avril, apporte une couche de complexité supplémentaire. Selon ce document, le drame serait lié à une intrusion forcée de la société secrète Nwerong du palais de Gwan dans celui de Ndzerem-Nyam. Cette tentative d’imposer un rapprochement institutionnel, pourtant rejetée par le Fon (chef traditionnel) local, aurait créé un climat de tension extrême. NYAMCUDA dénonce une posture « agressive » des membres venus de Gwan, qui auraient investi le palais par la force juste avant l’intervention militaire. L’association s’interroge : l’armée a-t-elle été instrumentalisée dans un conflit de pouvoir traditionnel ou a-t-elle confondu une démonstration de force coutumière avec une activité rebelle ? L’escalade : Kumbo sous les bombes La réponse des groupes séparatistes ne s’est pas fait attendre. Ce lundi matin, le département du Bui est entré dans une spirale de représailles. À Kumbo, le quartier de Mbveh a été le théâtre d’affrontements acharnés. L’assaut, visant les forces de sécurité positionnées au marché, a été marqué par l’explosion d’au moins trois engins explosifs improvisés (IED). Les échanges de tirs nourris ont paralysé la ville, plongeant une nouvelle fois les populations civiles dans l’effroi. Une paix introuvable L’espoir suscité par le cessez-le-feu de trois jours décrété lors de la visite du pape semble déjà appartenir à un passé lointain. Avec la reprise des hostilités à Ndop, Bafut et Benakuma, la crise anglophone s’enfonce dans une impasse sanglante où les frontières entre opérations de maintien de l’ordre, crimes de guerre et vendettas locales deviennent de plus en plus poreuses.
À Ndzerem-Nyam, NYAMCUDA a annoncé l’ouverture d’une enquête indépendante. Mais dans un Nord-Ouest meurtri par dix ans de conflit, la vérité est souvent la première victime de la guerre.
Glob’Media continue de suivre l’évolution de la situation dans le Bui.










